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Mirlitontaines et chansons oubliées, Marcel Amont (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) 02.02.21 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

Mirlitontaines et chansons oubliées, Marcel Amont, Les éditions du Mont-Ailé, janvier 2021, 80 pages, 15 €

Mirlitontaines et chansons oubliées, Marcel Amont (par Murielle Compère-Demarcy)

 

La première de couverture précise que cet ouvrage de la Collection « Poésie et chanson (presque) en poche », dirigée par Matthias Vincenot, nous offre ici des « Raretés et inédits illustrés par des dessins de l’auteur ». L’objectif du communiqué de presse s’exprime avec vigueur en quelques mots clairs : « Les temps que nous traversons nous pressent à accueillir cette fantaisie qui colore le cœur ! ». Cet ouvrage – orchestré par « un amuseur, un fantaisiste » comme il se définit lui-même : Marcel Amont – familier de Boris Vian, Charles Aznavour, Georges Brassens, apprécié d’auteurs-compositeurs comme Alain Souchon, Francis Cabrel, Maxime Le Forestier – réussit à réveiller le merveilleux, parvient à laisser monter l’enchantement au cœur de l’anodin, comme ce voyage à Babylone en plein cœur d’ici :

« Sésame ouvre-toi, que la Terre ouvre son ventre,

Que l’Île au Trésor ressuscite du désert !

Babel oubliée, renais enfin de tes cendres,

Comme une Atlantide émergeant du fond des mers ».

(À Babylone)

L’humour et l’autodérision (politesse de ne pas se prendre au sérieux) s’affichent dès le titre avec ce mot de « mirlitontaines » pour qualifier les textes poétiques que l’auteur nous propose dans ce livre. Sont-ce là vraiment des vers de mirliton ? « J’ai fouillé dans le fatras de mes succès populaires et mes laissés-pour-compte pour retenir ce qui me permet de mériter le joli nom de poésie. J’ai fait un tri en parfaite et sereine incompétence », prévient Marcel Amont qui réconcilie sans ambiguïté la chanson et la poésie « séparées par des points communs », que Matthias Vincenot s’était attaché à réunir également dans son livre Poésie et chanson, stop aux a priori, paru en 2017 aux éditions Fortuna. Si le second remettait les pendules à l’heure, à l’écart des raccourcis commodes, des jugements de valeur tendant à minorer la chanson pour encenser la poésie, le premier nous met devant le fait accompli qu’un flirt fertile entre chanson et poème peut générer l’émotion et le plaisir attendus par le lecteur/auditeur.

Une époque entière ressurgit ici et là, au détour d’une page, clin d’œil nostalgique réveillé en chanson :

 

« Ces années-là, on parlera de Cassius Clay d’Amin Dada

De Pinochet, des barricad’à la Sorbonne,

De la bande à Baader, des œillets de Lisbonne,

De Martin Luther King et de Che Guevara

(…)

Et moi et moi et moi

Moi j’aurai quarante ans…

 

Ces années-là, on parlera de Soraya et de Mao,

Y’aura l’new-look, le roi Farouk et l’Indochine,

Salut Kroutchev adieu Staline

Papa, la bonne et moi on attendra Godot

(…)

Et moi j’aurai vingt-cinq ans »

 

… âge de nos tranches de vie que le poète Marcel Amont chante au « Futur antérieur », de ses quinze à quarante ans ; âge de nos tranches de vie que le poète Matthias Vincenot célébrera, lui, en 2018, en leur dédiant un opus de poésies intitulé J’ai vingt-ans (éd. Fortuna), en bousculant la chronologie et « nous offrant par le poème-étendard le sang toujours réactivé des chansons de demain. “Quand je serai jeune” »… (Cf. recension sur le site de La Cause Littéraire, J’ai vingt ans, par Murielle Compère-Demarcy, 10-04-2018 :

https://www.lacauselitteraire.fr/j-ai-vingt-ans-matthias-vincenot)

… époque conjuguée au temps de ce laps éternel où Breton voyait « l’adorable temps du futur toujours antérieur », pour un pays, une aube, toujours à recommencer : la vie, l’amour (parce que « l’amour est (toujours) au bout du voyage », chanson Tu pars), chantonnés à l’air libre, au gré d’un air de « mirlitontaines »…

 

Murielle Compère-Demarcy


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A propos du rédacteur

MCDEM (Murielle Compère-Demarcy)

 

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Murielle Compère-Demarcy est tombée dans la poésie addictive (ou l'addiction de la poésie), accidentellement. Ne tente plus d'en sortir, depuis. Est tombée dans l'envie sérieuse de publier, seulement à partir de 2014.

A publié, de là jusqu'ici :

Je marche--- poème marché/compté à lire à voix haute et dédié à Jacques DARRAS, éd. Encres Vives, 2014

L'Eau-Vive des falaises, éd. Encres Vives, 2014

Coupure d'électricité, éd. du Port d'Attache, 2015

La Falaise effritée du Dire, éd. du Petit Véhicule, Cahier d'art et de littératures n°78 Chiendents, 2015

Trash fragilité (faux soleils & drones d'existence), éd. du Citron Gare, 2015

Un cri dans le ciel, éd. La Porte, 2015

Je Tu mon AlterÉgoïste, éd. de l'Ecole Polytechnique, Paris, 5e, 2016

Signaux d'existence suivi deLa Petite Fille et la Pluie, éd. du Petit Véhicule, coll. de La Galerie de l'Or du Temps ; 2016

Co-écriture du Chiendents n°109 Il n'y a pas d'écriture heureuse, avec le poète-essayiste Alain MARC, éd. du Petit Véhicule ; 2016

Le Poème en marche suivi par Le Poème en résistance, éd. du Port d’Attache ; 2016

Dans la course, hors circuit, éd. Tarmac, coll. Carnets de Route ; 2017 ; réédition augmentée en 2018

Poème-Passeport pour l’Exil, avec le poète et photographe ("Poétographie") Khaled YOUSSEF éd. Corps Puce, coll. Liberté sur Parole ; mai 2017

Nantes-Napoli, français-italiano traductions de Nunzia Amoroso, éd. du Petit Véhicule, Cahier d’art et de littératures n°121, vol.2, Chiendents, 2017

dans la danse de Hurle-Lyre & de Hurlevent…, éd. Encres Vives, coll. Encres Blanches n°718, 2018

L’Oiseau invisible du Temps, éd. Henry, coll. La Main aux poètes ; 2018

 

Publications en revues : Phoenix, La Passe, FPM-Festival Permanent des Mots, Traction-Brabant, Les Cahiers de Tinbad, Poésie/première, Verso, Décharge, Traversées, Mille et Un poètes (avec "Lignes d’écriture" des éditions Corps Puce), Nouveaux Délits, Microbes, Comme en poésie, Poésie/Seine, Cabaret, Concerto pour marées et silence, … ; sur espaces numériques Terre à ciel, Le Capital des Mots, Recours au Poème, … Publications en 2018 dans Nunc, la Revue Europe et Galerie Première Ligne, …

 

Anthologies : "Sans abri", éd. Janus, 2016 ; "Au Festival de Concèze", éd. Comme en Poésie, 2017 ; Poésie en liberté (anthologie numérique progressive) en 2017 et 2018 ; citée dans Poésie et chanson, stop aux a priori ! de Matthias Vincenot, aux éditions Fortuna (2017), …

 

Rédactrice à La Cause Littéraire, écrit des notes de lecture pour La Revue Littéraire (éd. Léo Scheer), Les Cahiers de Tinbad, Poezibao, Traversées, Sitaudis.fr, Revues en ligne Texture, Zone Critique, Levure Littéraire, Recours au Poème en tant que contributrice régulière.