Les amours de George – Stéphane Guégan (par Philippe Chauché)
Les amours de George – Stéphane Guégan – Gallimard – 176 p. – 19 euros – 07/05/26.
Edition: Gallimard
« L’enfance s’en était allée. Ne restait qu’un trésor de souvenirs, et une poignée de fantômes. Revenue à Nohant, aux grands arbres du parc, aux chiens, aux chevaux et à ses anciens compagnons de jeu, autorisée à brader l’uniforme du couvent contre de pimpantes petites robes à la mode de la Restauration. Aurore s’étonnait de jouir autant des choses et des êtres dont le couvent l’avait coupée. »
Il y a 150 ans, le 8 juin 1876, disparaissait George Sand, à l’âge de 71 ans après avoir traversé le XIX° siècle avec passion, force et style. La passion, la force et le style fondent Les amours de George. Le corps est une affaire de langue, celui de George Sand se livre à ses amours, comme elle livre sa langue à ses romans, cette langue qui porte en son sein toute l’aventure du classicisme littéraire, voir et écrire, ne croire qu’en la justesse, la musique intérieure de la phrase, tout autant qu’en la force de l’étreinte, et ne jamais oublier l’attraction des fleurs.
Les amours de George est une heureuse immersion romanesque dans la vie et la langue de l’écrivain, celle de George regorge de saveurs et d’odeur, qu’il s’agisse des parfums de ces romans et ceux de ses aventures galantes. Les désirs de George ont un nom et une histoire qui souvent se nourrit de littérature, de musique et d’art pictural, Les amours de George les met en lumière avec une grande et belle finesse : Jules Sandeau – Aurore, sitôt descendue de la diligence de Châteauroux, sent bondir sa faim de Sandeau, qui a vite appris à se rendre désirable. -, Musset – Pour plaire à Alfred, friand lui aussi des majas de Goya, elle durcit le noir de ses yeux et le rouge de sa bouche. – Chopin, Mérimée, la chair parle, la plume bondit, le roman fidèle à ces principes est un précipité de joie et de liberté.
« Après d’être couchée à 6 heures du matin et levée à midi, George attaque d’un bon pied ce dimanche prometteur. Sa connaissance des étoiles ne l’a pas trompée, le ciel est radieux et la nature en profite pour avancer les aiguilles du printemps. »
Le talent de Stéphane Guégan est de nous faire découvrir, de nous faire imaginer ce qui revient au même, les situations amoureuses de George Sand, ses passions, et sa passion pour les histoires, qu’elle tresse la nuit quand la maison, les enfants, les amants dorment. George a un œil sur la nature, sa nature, dans les Pyrénées qu’elle découvre au début du roman, mais aussi tout autour de la maison de Nohant et ses jardins qui la comblent de bonheur. Ce roman léger de soyeux, est une œuvre de passion et d’admiration pour George Sand, des éclats de pierres précieuses assemblées par un agile et inspiré lapidaire.
« Les chapeaux de paille pullulent à Nohant, George les adore et en coiffe ses invités religieusement. Une sorte de rite initiatique, en somme. »
Philippe Chauché
Stéphan Guégan est notamment l’auteur de Bonnard et ses chiens (Norma), Matisse sans frontières, Edouard Manet et de l’Album Charles Baudelaire de la Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard).
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