Le tour de magie le plus incroyable du monde, Beatriz Martín Vidal (par Yasmina Mahdi)
Le tour de magie le plus incroyable du monde, Beatriz Martín Vidal, éd. Grasset Jeunesse, 48 p., avril 2026, 19,90 €
Edition: Grasset
Prestidigitation
Beatriz Martín Vidal a étudié à l'université de Salamanque avant de se spécialiser dans l'illustration à l'école d'art de Valladolid. Auteure d'albums illustrés, elle exerce depuis dix ans, principalement en illustration éditoriale. Son nouvel album jeunesse au format portrait (36,7 x 23,6 cm) est un beau livre de collection.
Le gibus est l’élément distinctif de la narration, qui annonce le tour de magie. Et nous voilà entraînés à assister à un mystérieux spectacle ! Le décor alentour se met alors à changer, comme au théâtre, des personnages fabuleux surdimensionnés apparaissent comme par un coup de baguette magique. Et c’est un univers imaginaire qui supplante l’environnement des rues, du jardin public, traversant l’espace. Le haut-de-forme possède des vertus fantastiques, surnaturelles, d’où jaillit un monde onirique.
Mais c’est par l’intermédiaire d’une jeune personne, une fillette, que se déroule le tour de magie le plus incroyable du monde… Cette énigmatique prestidigitatrice est campée en plusieurs plans, soit rapprochés en plan américain, soit en gros plans, en cadrage intime, à la valeur esthétisante maximale. Au sein de l’album, le fondu au noir va marquer le commencement du spectacle. Ce carton écrit va permettre le déroulement de l’illusionnisme.
Le noir profond combiné au rouge vif se détache sur du jaune-vert acidulé. Les arrière-plans sont traités en sfumato, en contours imprécis, formant une atmosphère vaporeuse. Les immeubles lointains, la végétation sont appliqués en coups de brosse délicats sur fond blanc. Le jouet de la fillette prend vie, s’anime, tel le lapin des Aventures d’Alice au Pays des Merveilles, se démultiplie, de face et de profil, de près et de loin. Puis surgit un dragon tatoué, doré, ésotérique. Comme au jardin des Hespérides, des branches se parent de pommes d’or. La chatoyante gamme chromatique brille sous les feux de l’or, des tons fauves, du rouge sang apposé sur la froidure du vert de la végétation cultivée.
La typographie est particulièrement intéressante, déchiffrable, non conventionnelle pour de jeunes yeux. Ainsi, le court texte n’empiète jamais sur l’image peinte. Les petits lecteurs et lectrices pourront identifier dans les tableaux successifs quelques lieux de la grande ville moderne. En voyant la couverture, l’on peut penser à Dickens. Le vêtement de la fillette s’apparente à celui des punks, notamment la jupe écossaise. Le dragon peut également symboliser le tapis d’Orient ou le voyage de Faust. Et l’arbre-araignée, l’œuvre de Louise Bourgeois.
Ce précieux album artistique, pictural, à la facture de représentation contemporaine, aborde des thèmes universaux : l’invitation au voyage, le rêve, le partage, l’amitié mais aussi le problème de la solitude. Les animaux ont une place importante, compagnons d’évasion, amis fidèles.
Dès 4 ans.
Yasmina Mahdi
- Vu : 137

