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Le rire de la méduse Manifeste de 1975, Hélène Cixous (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera 04.05.26 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Gallimard

Le rire de la méduse Manifeste de 1975, Hélène Cixous éd nrf Gallimard, 53pp, 11€90

Edition: Gallimard

Le rire de la méduse Manifeste de 1975, Hélène Cixous (par Gilles Cervera)


Quel homme (mâle !) se prétend-on pour oser écrire sur Hélène Cixous ?

Et pire, risque insensé, pour tenter de s’appareiller à Le rire de la Méduse, Manifeste de 1975, publié en 2024 à la NRF ?

Ce pourrait être un tract dont Gallimard a pris l’habitude, son format court et vif correspondrait, mais Le rire de la méduse mérite mieux, la collection ivoire, dite blanche est à bonne hauteur – pour ne pas dire auteure.

Tout le système phallogocentré en prend pour son grade, et à juste titre ! Y compris l’éditorial !

Écris, que nul ne te retienne, que rien ne t’arrête ; ni imbécile machine capitaliste où les maisons d’éditions sont les rusés et obséquieux relais des impératifs d’une économie qui fonctionne contre nous et sur notre dos ; ni toi-même.

Cixous écrit après Beauvoir et bien après Freud ! Salutaire ! De salubrité publique. Elle annonce ce qui est en cours, cette révolution profonde, anthropologique, inexorable et dont les meilleures preuves seraient les contrattaques délétères des masculinistes furax. Elle n’en a cure. Elle appelle au corps des femmes en se foutant pas mal, poétiquement et politiquement, des fameuses noirceurs du continent ou des terreurs du vide de la castration.

Rigolade !

Contes de petit poucet !!

On le savait que Sigmund avait eu de bonnes intuitions, des trouvailles qui mettent au travail mais que beaucoup pivotaient et gravitaient autour du pénis. Ah la bite à Freud ou celle plus longue encore, biblico-capitaliste, de Jacques, idole aux couilles d’argile !

Ici, nous rencontrons l’inévitable homme-au-roc, dressé tout raide dans son vieux champ freudien, tel qu’à le reporter où la linguistique le conceptualise « à neuf », Lacan le conserve dans le sanctuaire du Phallus, « à l’abri » du manque de castration (ital) ! Leur symbolique, il existe, il a le pouvoir, nous les désordonnantes, nous le savons trop bien.

Cixous désordonne ! Beau programme.

Elle dézingue et surtout remet d’aplomb le monde, à l’endroit les femmes.

La lisant on a relu en pensée Emma Santos, les sœurs Groult, Christiane Rochefort ou Jeanne Hyvrard, on a revu une époque en la retrouvant plus nette, moins jargonneuse, révolutionnaire et au scalpel. Surtout actuelle !

Surtout radicale.

Elle subvertit, désaxe et ouf, le féminin l’emporte, désindexé des syntaxes normatives et phatigantes ! Les nouvelles arrivantes, si elles osent créer à l’écart du théorique, sont interpellées par les flics du Signifiant, fichées, rappelées à l’ordre qu’elles sont supposées savoir ;

Cixous enflamme, crame le vieux monde qu’incarnaient les barbons barbants. Elle débusque la chair dans le désordre et ne plie devant rien, surtout pas les donneurs d’ordre besogneux !

Et la libido alors ? est-ce que je n’ai pas lu « La Signification du Phallus » ? Et la séparation, le bout de soi dont pour naître tu subis, racontent-ils, une ablation qu’à jamais ton désir commémore ?

Blabla, foutaise ! Cixous dégomme mais avec subtilité, cisaille dans le vif du sujet et on lit la poétique de sa colère, le sérieux de l’attaque éthique, son étayage et sa culture. Élargissons son champ jusqu’à l’anthropologie car anthropos ce sont les deux, les trois ou les cent qui transfusent et transmutent les genres. Peut-être que le mot n’est pas prononcé, le genre !

Elle poursuit : La castration, à d’autres. Qu’est-ce qu’un désir s’originant d’un manque ? Un bien petit désir. La femme qui se laisse encore menacer par la grande phalle, impressionnée par le cirque de l’instance phallique, mener tambour battant par un Monsieur Loyal, c’est la femme d’hier.

Hélène Cixous est d’aujourd’hui en rognant à juste titre hier.

Elle plaide pour le maintenant et pour demain qui tant résiste à advenir, voire les cent-vingt féminicides français ou les milliers de viols dont l’issue judiciaire est à quatre-vingt-quinze pour cent un non-lieu et le psychisme de la femme violée un champ de ruines.

Elle ne dit pas tout ça ! C’est nous qui l’interprétons. Nous qui sous-titrons. Nous qui faisons les rabat-joie car l’auteure exalte, c’est le sens du manifeste, la sortie des bordures, l’extraction des poncifs et le sens des femmes dont l’essence est d’écrire.

Non plus d’être écrites.

Là est le politique !

Il faut que la femme s’écrive ; que la femme écrive de la femme et fasse venir les femmes à l’écriture, dont elles ont été éloignées aussi violemment qu’elles l’ont été de leurs corps ; pour les mêmes raisons, par la même loi, dans le même but mortel.

Cixous rêve, revendique, imagine et préconise le sextre.

La professeure Cixous dont l’œuvre est si immense, trois pages en fin d’ouvrage, retient trois auteurs dans cette langue du sextre : Duras, Colette et Jean Genet !

Plaidoyer pour l’érogénéité de l’hétérogénéité !

Merci Madame !

Pardon d’être une sorte d’homme heureux d’être en plein à-corps ! Voilà qui est suspect, non ?

D’autres sociétés se constitueront avec d’autres langues et d’autres hiérarchies. Pas forcément inversées ! Brouillées, révélées, égalitaires et profondément démocratiques. Le compte n’y est pas mais Hélène Cixous a sonné depuis longtemps le sifflet départ :

Le féminin (les poètes le soupçonnèrent) affirme : « (…) and yes I said yes I will Yes. (ital) » Et oui, dit Molly en emportant Ulysse (ital) au-delà de tout livre vers la nouvelle écriture, j’ai dit oui, je veux Oui.

Ô majuscule !


Gilles Cervera



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A propos du rédacteur

Gilles Cervera

 

Gilles Cervera vit entre Bretagne et Languedoc.

Instituteur, psychanalyste,

Auteur de :

L'enfant du monde et Deux frères aux éditions Vagamundo

Les Mourettes, Pension(s) aux éditions Un ange passe

Pour les enfants aux éditions Un ange passe