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Le fil et la trame suivi de Par quels secrets passages, Danièle Corre (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) le 10.12.20 dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Poésie

Le fil et la trame suivi de Par quels secrets passages, Danièle Corre, éditions Aspect, 2020, 110 pages, 17 €

Le fil et la trame suivi de Par quels secrets passages, Danièle Corre (par Murielle Compère-Demarcy)

« Tenir le fil de nos trames / qui parfois nous lâche », écrit la poète Danièle Corre, qui nous rappelle que le poème peut être ce recours existentiel pour « calmer la blessure ». Si le temps peut ravauder les carences, le manque, les « trous » qui forment les cahots de notre cheminement (« Les doigts courent / vers le fil de leur folie /ils connaissent / leur néfaste puissance »), seul le poème évite l’effondrement au bord du « vertige » sur le fil duquel nous (re-)tenir pour avancer « le cœur criblé ». La navette des mots tisse le patchwork de nos fragments d’existence, que le Langage poétique recoud, tisserand d’une « toile de résistance » à portée de nos voix quand elles entreprennent – à l’instar de la fleur rimbaldienne dans Aube – de dire le nom du Vivre vrillé au sens d’une quête initiatique. Encore faut-il amorcer notre avancée existentielle sur le bon chemin, celui qui impulse l’élan et soutient la dynamique de nos marches où « chaque pas te donnera vigueur / chaque geste nommera la joie », loin des « chemins des douaniers / où la mer rôde / dérobant sa puissance au vent, / redoublant l’immensité », loin des sentes trompeuses « posant sur la bouche / un bâillon d’ombre (la « bouche d’ombre », écrivait Rimbaud) / qu’il te faudra arracher ».

Quel bel hommage rendu ici au for intérieur et prismatique, vivante forteresse peuplée au cœur du monde entier, du poème. Et la poète Danièle Corre en a certainement expérimenté la force indestructible, elle qui a beaucoup voyagé avec, toujours, au bout infini de l’horizon, la destination sans cesse reconduite de l’écriture poétique.

La résistance, le refus de la résignation, de la compromission, tisonnent la flamme du poème : « Je ne suis pas du clandes morts consenties » ; à une lettre près, nous pourrions lire aussi « Je ne suis pas du clandes mots consenties », sans trahir la posture de la poète au cœur du monde.

 

On a brassé

bien des douleurs

mais jamais renoncé,

chaque matin,

à lever le rideau

sur les vitrines du vivre.

Le fil de la trame du parchemin ne se rompt pas, puisque le poète par la force résistante de ses mots les tisse opiniâtrement et sans courber l’échine sur le dur métier de vivre. Ce fil relie dans l’espace mémoriel du temps ses fragments d’êtres et de faits, « nos morts nous accompagnentavec leurs gestesqui nous mirentdeboutprès des fenêtres » ; nous rassemblons « dans l’ordre de la nuit » (cf. Debout dans la mémoire, et La nuit ne se tait pas, de Danièle Corre) les visages de nos vies qui s’émiettent mais résistent à l’extinction.

 

Nous sommes d’un même tissu,

brûlé à un feu ancien

qui a laissé

doublure étincelante

 

Le poème exauce cette promesse de l’aube de ne pas laisser s’éteindre le « friselis d’étincelles » émis par ce même tissu qui nous enveloppe et nous porte au-delà des artifices, des trahisons, des mensonges, pour veiller la flamme bienveillante de nos « biens précieux ». Le fil et la trame est l’Écrire du poème étincelant, vibrant sur la page pour renouer les bribes de nos vies raccordées par les mots de la poète qui en fait surgir le sens, éblouissant en ses résurgences, et redonne aux « nappes blanches » du passé « leur royauté ». Nous avançons avec Le fil et la trame sur les sentiers d’une forêt dont l’accès nous est offert, pour notre bonheur qui nous impulse en retour l’envie de continuer la traversée, d’accéder en répits provisoires à des clairières salvatrices (cf. le vibrant poème dédié à Georges-Emmanuel Clancier).

Par quels secrets passages nous porte « droit deboutdans le temps », gardant nos yeux ouverts pour maintenir l’élan. Cousant le présent « au tissu d’enfance constellé », la poète nous donne par la trame flamboyante en nuances de ses mots qui amortissent les aspérités du Vivre en laissant sauve leur résonance, de retrouver « fil à fil » « le premier sentier » qui chante encore sous nos pas et trace ses sillons dans nos « émeutes de silence » cognant les écueils, « au croisement des voies ». Pour cela, la poète demande et porte la voix du poème « afin que se cicatrisela béance en soi ». « L’être, dans ces forces vives ravivées, se reconnaîtd’emblée ».

 

Murielle Compère-Demarcy

 

Danièle Corre, née en 1946 à Villeneuve-sur-Yonne, est professeur de Lettres et poète. Elle a travaillé sur l’œuvre de Georges-Emmanuel Clancier, mis en place des ateliers d’écriture poétique pour la jeunesse, initiant ses élèves à la poésie contemporaine. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, elle a reçu de nombreux prix dont les Prix Jean Follain (1998), Troubadours (2004), Max Jacob (2007). Passionnée d’arts plastiques, elle collabore avec peintres et graveurs pour la réalisation de livres d’artistes. Elle a beaucoup voyagé : États-Unis, Canada, Mexique, Europe, Vietnam. Élue à l’Académie Mallarmé en 2015, elle est membre du cercle Aliénor qu’elle a présidé.

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A propos du rédacteur

MCDEM (Murielle Compère-Demarcy)


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Murielle Compère-Demarcy - publiant aussi sous le nom de MCDem. - est une poétesse, nouvelliste et auteure de chroniques littéraires et d'articles critiques.

Poésie

Atout-cœur, éditions Flammes vives, 2009

Eau-vive des falaises éditions Encres vives, collection Encres Blanches, 2014

Je marche..., poème marché/compté à lire à voix haute, dédié à Jacques Darras, éditions Encres vives, collection encres Blanches, 2014

Coupure d'électricité, éditions du Port d'Attache, 2015

La Falaise effritée du Dire, éditions du Petit Véhicule, Cahier d'art et de littérature, Chiendants, n°78, 2015

Trash fragilité, illustrations de Didier Mélique, éditions Le Citron gare, 2015

Un cri dans le ciel, éditions La Porte, 2015

Je tu mon alterégoïste, couverture de Didier Mélique, préface d'Alain Marc, 2016

Signaux d'existence suivi de La Petite Fille et la Pluie, éditions du Petit Véhicule, 2016

Le Poème en marche, suivi de Le Poème en résistance, éditions du Port d'Attache, 2016

Dans la course, hors circuit, éd. du Tarmac, 2017

Poème-Passeport pour l'Exil, co-écrit avec le photographe-poète Khaled Youssef, éd. Corps Puce, coll. Parole en liberté, 2017

Réédition Dans la course, hors circuit, éd. Tarmac, 2018

... dans la danse de Hurle-Lyre & de Hurlevent..., éd. Encres Vives, coll. Encres Blanches, n°718, 2018

L'Oiseau invisible du Temps, éd. Henry, coll. La Main aux poètes, 2018

Alchimiste du soleil pulvérisé, Z4 Éditions, 2019

Fenêtre ouverte sur la poésie de Luc Vidal, éditions du Petit Véhicule, coll. L'Or du Temps, 2019

Dans les landes de Hurle-Lyre, Z4 Éditions, 2019

L'écorce rouge suivi de Prière pour Notre-Dame de Paris & Hurlement, préface de Jacques Darras, Z4 Editions, coll. Les 4 saisons, 2020

Voyage Grand-Tournesol, avec Khaled Youssef et la participation de Basia Miller, Z4 Éditions, Préface de Chiara de Luca, 2020 [262 p.]

Werner Lambersy, Editions les Vanneaux, 2020

Confinés dans le noir, Éditions du Port d'Attache, illustr. de couverture Jacques Cauda ; 2021

Le soleil n'est pas terminé, Editions Douro, avec photographies de Laurent Boisselier. Préface de Jean-Louis Rambour. Notes sur la poésie de MCDem. de Jean-Yves Guigot. Illustr. de couverture Laurent Boisselier, 2021