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Le Corps du Christ (Dé)voilé, déchiré, glorifié, Alberto Fabio Ambrosio (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres le 11.05.26 dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Le Corps du Christ (Dé)voilé, déchiré, glorifié, Alberto Fabio Ambrosio, éd. Hermann, 2026, 186 p., 15€

Le Corps du Christ (Dé)voilé, déchiré, glorifié, Alberto Fabio Ambrosio (par Didier Ayres)


Nudité

Ce petit livre, en volume, consacré à la nudité du Christ en Croix, propose des entrées multiples. Alberto Fabio Ambrosio examine un système théologique, partant du cœur catholique de l’auteur, en abordant plusieurs thèmes contemporains. Du reste il questionne beaucoup et ne ressasse pas d’évidences. Il sonde chaque lecteur personnellement et c’est en palpitant à chaque page que j’ai retrouvé de grandes interrogations et une certaine clairvoyance dans une langue très nette et nullement amphigourique.  Ce Corps du Christ questionne la Croix, se glisse dans le for intérieur du liseur éclairant le croyant, le laissant pénétré de lumière. Car le Christ mort en Croix est le point de non-retour du christianisme. Avec cette mort, Dieu nous découvre sa puissance de consolation, de la passion de son fils - un modèle de vérité et de compassion.

Alberto Fabio Ambrosio utilise très vite dans sa dissertation, la métaphore du corps et du linge. Le corps sacralisé. Le corps vêtu simplement du périzonium. Un corps nu qui parle la langue de la révélation.

Tout au long de l’histoire des doctrines chrétiennes, le corps du Christ fait l’objet de nombreuses interprétations, avec des distinctions entre le corps, la chair du Christ et même le corps de Dieu, qui animent encore la théologie et la morale chrétiennes.

Cette lecture met en haleine, suscite l’attention soutenue d’une découverte intellectuelle plurivoque, tout autant par l’effet de narration que par l’impatience de connaître le déroulement de la pensée du théologien. Car le sujet est crucial. Et l’écriture fluide et transparente, habite tout le livre.

Ce corps sacré ne se conçoit que par ce qu’il fut protection devenue parure, devenue symbole. Le corps de Jésus, fils de l’homme, est le véhicule terrestre qui ressemble le plus à notre propre destinée, juste composé d’un peu de terre, poussière promise au sacré. Le vêtement en étant la forme civile.

Rien de plus simple que les tissus qui ont recouvert le corps de Jésus, pour témoigner de la fragilité humaine des apparences.

Ou

Car la chair est bien plus que le corps, c’est la « matière » dont est faite l’humanité et, si l’on approfondit un peu plus la définition, c’est la matière qui relie tout le vivant créé, car il s’agit de la substance de la terre et du Verbe lui-même qui s’est fait chair.

Ces citations prises dans le continuum du texte, décrivent, en creux, l’importance de nommer, de la parole écrite, d’une langue qui contient la réalité spirituelle, qui nous conduit, nus, devant le Verbe. De là, cette lecture reste toujours expressive, nous parle de la sainteté du Christ avec simplicité, comme l’ascétique fils de Dieu mis nu sur la Croix. Puis, ressuscité depuis son cénotaphe vide. Nous, nous sommes la catégorie des humbles, nous avons pour modèle la pauvreté du vêtement du Christ sur la Croix. Notre croyance est spirituelle justement parce les termes de la pauvreté sont des termes divins (le Christ habillé d’un économe, d’un pauvre périzonium).

Mais le livre réfléchit aussi sur des thèmes d’aujourd’hui : l’ordination des femmes, le scandale des abus sexuels dans l’église, la bioéthique, l’euthanasie. Cela prouve que le corps religieux pense des sujets brûlants, tout autant que s’informant de l’édification des croyants.

La vie du Christ semble se dérouler sur la pente descendante du dépouillement. L’Incarnation est la première descente, jusque dans la salle commune de Bethléem, même si c’est improprement que l’on dit que Dieu est descendu sur Terre. La formulation théologique correcte serait que Dieu, dépouillé de son rang divin, a revêtu l’humanité ; Il a donc assumé la nature humaine.

Le plus frappant, avant de conclure, c’est la modestie de l’écriture D’Ambrosio. Le moine dominicain sonde le mystère de Dieu tel un mystique, tout en captant dans une élasticité conceptuelle la croyance de chacune et de chacun. Nous avons affaire à une christologie non dogmatique, qui se méfie de la courte interprétation de la pure lettre, mais au contraire valorise son texte par une attitude souple face au cours historique de la pensée chrétienne. N’hésitons donc pas hésiter à faire du livre une lecture incertaine, tâtonnante, insécure, mais émerveillant par sa lucidité.

Finissons avec cette citation :

Mais la méditation chrétienne a contribué à développer une réflexion autour d’un objet, et de là se met en place la fides quaerens intellectum, la foi qui cherche à comprendre, la théologie comme tentative de rationnaliser, de montrer la non-absurdité, voire le caractère évident de la non-contradiction de la foi.


Didier Ayres


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A propos du rédacteur

Didier Ayres

 

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Rédacteur

domaines : littérature française et étrangère

genres : poésie, théâtre, arts

période : XXème, XXIème

 

Didier Ayres est né le 31 octobre 1963 à Paris et est diplômé d'une thèse de troisième cycle sur B. M. Koltès. Il a voyagé dans sa jeunesse dans des pays lointains, où il a commencé d'écrire. Après des années de recherches tant du point de vue moral qu'esthétique, il a trouvé une assiette dans l'activité de poète. Il a publié essentiellement chez Arfuyen.  Il écrit aussi pour le théâtre. L'auteur vit actuellement en Limousin. Il dirige la revue L'Hôte avec sa compagne. Il chronique sur le web magazine La Cause Littéraire.