Identification

Le choix de la folie, poème à dire et à crier, Alain Marc (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) 26.05.26 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Poésie, Editions Douro

Le choix de la folie, poème à dire et à crier, Alain Marc, Z4 Editions - Éditions Douro

Ecrivain(s): Alain Marc Edition: Editions Douro

Le choix de la folie, poème à dire et à crier, Alain Marc (par Murielle Compère-Demarcy)

Dans son intitulé même, Le choix de la folie engage une position décisive : la folie n’y est pas subie, mais assumée, presque revendiquée comme un acte de libre arbitre. Deuxième mouvement du vaste ensemble Le Grand Cycle de la vie ou l’odyssée humaine, ce poème s’inscrit dans une architecture monumentale — quatorze sections déployées sur des milliers de pages — où l’écriture excède largement le livre pour devenir expérience totale. Pensé pour la voix, accompagné d’enregistrements sonores et prolongé sur scène par un dispositif visuel (notamment avec les œuvres du peintre Lawrence), le texte affirme d’emblée sa dimension performative : il est fait pour être dit, crié, murmuré, traversé.

Au cœur de cette entreprise, il y a une nécessité : arracher la parole à l’étouffement. Le poème déploie une existence prise dans « l’aire d’une cage », métaphore d’un enfermement psychique et existentiel dont l’écriture tenterait de briser les barreaux. Le souffle y est menacé, entravé par les débris du deuil, de l’échec ou de la dépression — états qui surgissent parfois « sans aucune cause apparente », comme des effondrements sans origine assignable.

Mais Alain Marc suggère que la dépression n’est peut-être rien d’autre que l’épuisement des possibles, le moment où les solutions cessent d’apparaître.

Dès lors, le poème devient un geste de survie. Lorsque « l’idée fixe » s’emballe et que la rumination s’impose comme un réflexe, il s’agit de rompre le cercle, de trouver une issue. Cette issue passe ici par le cri. Un cri pris « à pleine gorge », qui ne relève pas de l’expression spontanée mais d’une élaboration poétique, d’une montée en puissance du langage jusqu’à son point de rupture. À cet égard, l’écriture d’Alain Marc rejoint, par son intensité et sa radicalité, l’héritage d’Antonin Artaud : même volonté de faire du verbe une force agissante, capable de traverser le corps et de mettre en jeu les limites de la conscience.

Ce cri n’est pas sans horizon. Il s’inscrit dans une dynamique de franchissement, figurée par l’image d’une odyssée toujours possible « au-delà de Charybde et Scylla ». Le texte convoque ainsi une mythologie du passage : il faut avancer, tenir la barre, s’arracher aux pesanteurs pour gagner le large. La poésie devient alors navigation, tentative de relier des îles — autrement dit des êtres — au sein d’un archipel fragile mais persistant. Écrire, c’est se purger, certes, mais aussi transmettre : faire de sa propre expérience une ressource pour autrui, affirmer une forme d’utilité existentielle au cœur même de la vulnérabilité.

Car le poème n’ignore rien de la blessure. « Blessé(e) à vie » : la formule revient comme un constat sans appel, marquant une condition partagée. Pourtant, cette blessure n’est pas seulement lieu de chute ; elle peut devenir matière de transformation. Les larmes accumulées, les silences traversés, nourrissent un imaginaire de fertilité — comme si le sel du chagrin pouvait engendrer de nouveaux paysages, à la fois rêvés et ancrés dans le réel.

Reste la question de la peur. Peur de soi, peur de la violence, peur surtout de cette folie que la société rejette et stigmatise. Alain Marc ne l’élude pas : il en fait au contraire un point de tension majeur. Mais loin d’enfermer le sujet dans une marginalité définitive, il ouvre la possibilité d’une guérison entendue non comme retour à la norme, mais comme reconquête d’une voix. Faire entendre cette voix — fût-elle brisée, excessive ou dérangeante — devient un impératif.

Ainsi, Le choix de la folie apparaît comme un espace extrême, où l’écriture et l’existence se confondent dans une même épreuve. Poésie de la limite, de l’exposition et du vertige, le texte ne promet aucun apaisement durable. On n’en sort pas indemne, pas plus qu’on ne « sort » véritablement de la folie. Mais dans ce mouvement de retour incessant, quelque chose persiste : la possibilité de dire, encore, et de transformer le cri en forme.


© Murielle COMPÈRE-DEMARCY (MCDem.)


  • Vu : 105

Réseaux Sociaux

A propos de l'écrivain

Alain Marc

 

Alain Marc est un poète, écrivain et essayiste français né en 1959 à Beauvais. Il effectue également des lectures publiques. Œuvres principales : Écrire le cri (l’Écarlate, 2000) ; Regards hallucinés (Lanore, 2005) ; La Poitrine étranglée (Le Temps des cerises, 2005) ; Méta / mor / phose ? (Première impression, 2006) ; En regard, sur Bertrand Créac’h (Bernard Dumerchez, 2007/2008) ; Le Monde la vie (Les Éditions du Zaporogue, 2010) ; Chroniques pour une poésie publique précédé de Mais où est la poésie ? (Les Éditions du Zaporogue, 2014). Compléments : CD Alain Marc, Laurent Maza, Le Grand cycle de la vie ou l’odyssée humaine (Première impression / Artis Facta, 2014)

 

A propos du rédacteur

MCDEM (Murielle Compère-Demarcy)


Lire toutes les publications de Murielle Compère-Demarcy dans la Cause Littéraire


Murielle Compère-Demarcy (pseudo MCDem.) après des études à Paris-IV Sorbonne en Philosophie et Lettres et au lycée Fénelon (Paris, 5e) en École préparatoire Littéraire, vit aujourd'hui à proximité de Chantilly et de Senlis dans l’Oise où elle se consacre à l'écriture.

Elle dirige la collection "Présences d'écriture" des éditions Douro.

 

Bibliographie

Poésie

  • Atout-cœur, éditions Flammes vives, 2009
  • Eau-vive des falaises éditions Encres vives, collection "Encres blanches", 2014
  • Je marche..., poème marché/compté à lire à voix haute, dédié à Jacques Darras, éditions Encres vives, collection "Encres blanches", 2014
  • Coupure d'électricité, éditions du Port d'Attache, 2015
  • La Falaise effritée du Dire, éditions du Petit Véhicule, Cahier d'art et de littérature Chiendents, no 78, 2015
  • Trash fragilité, éditions Le Citron gare, 2015
  • Un cri dans le ciel, éditions La Porte, 2015
  • Je tu mon AlterÈgoïste, préface d'Alain Marc, 2016
  • Signaux d'existence suivi de La Petite Fille et la Pluie, éditions du Petit Véhicule, 2016
  • Le Poème en marche, suivi de Le Poème en résistance, éditions du Port d'Attache, 2016
  • Dans la course, hors circuit, éd. du Tarmac, 2017
  • Poème-Passeport pour l'Exil, co-écrit avec le photographe-poète Khaled Youssef, éd. Corps Puce, coll. « Parole en liberté », 2017
  • Réédition Dans la course, hors circuit, éd. Tarmac, 2018
  • ... dans la danse de Hurle-Lyre & de Hurlevent..., éd. Encres Vives, collection "Encres blanches" , n°718, 2018
  • L'Oiseau invisible du Temps, éd. Henry, coll. « La Main aux poètes », 2018
  • Alchimiste du soleil pulvérisé, Z4 Éditions, 2019
  • Fenêtre ouverte sur la poésie de Luc Vidal, éditions du Petit Véhicule, coll. « L'Or du Temps », 2019
  • Dans les landes de Hurle-Lyre, Z4 Éditions, 2019
  • L'écorce rouge suivi de Prière pour Notre-Dame de Paris & Hurlement, préface de Jacques Darras, Z4 Editions, coll. « Les 4 saisons », 2020
  • Voyage Grand-Tournesol, avec Khaled Youssef et la participation de Basia Miller, Z4 Éditions, Préface de Chiara de Luca, 2020
  • Werner Lambersy, Editions les Vanneaux ; 2020
  • Confinés dans le noir, Éditions du Port d'Attache, illustr. de couverture Jacques Cauda; 2021
  • Le soleil n'est pas terminé, Editions Douro, 2021 avec photographies de Laurent Boisselier. Préface de Jean-Louis Rambour. Notes sur la poésie de MCDem. de Jean-Yves Guigot. Illustr. de couverture Laurent Boisselier.
  • l'ange du mascaret, Editions Henry, Coll. Les Ecrits du Nord ; 2022. Prélude et Avant-Propos Laurent Boisselier.
  • La deuxième bouche, avec le psychanalyste-écrivain Philippe Bouret, Sinope Editions ; 2022. Préface de Sylvestre Clancier (Président de l'Académie Mallarmé).
  • L'appel de la louve, Editions du Cygne, Collection Le chant du cygne ; 2023.
  • Louve, y es-tu ? , Editions Douro, Coll. Poésies au Présent ; 2023.