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La longue vie, Valentin Retz (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché 22.01.26 dans La Une Livres, En Vitrine, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

La longue vie – Valentin Retz – Gallimard – Collection Aventures – 208 p. – 20,50 euros – 12/01/26

Ecrivain(s): Valentin Retz Edition: Gallimard

La longue vie, Valentin Retz (par Philippe Chauché)

 

« Puisque les vraisemblances valent simplement pour ce que l’homme connaît déjà, alors que nous devons compter avec tout le réel – le lourd, inaccessible et prodigieux réel. Ce qui implique de changer à l’écoute du mystère, de se laisser pétrir, de faire confiance à son étoile, comme je vais à présent le raconter dans le détail. »

La longue vie – Valentin Retz

« Le caractère le plus inattendu de l’éternité est donc la vivacité. C’est d’un vif mouvement que la mer se mêle au soleil. »

La Deuxième Vie – Philippe Sollers (1)

Philippe Sollers fut l’éditeur, dès 2008 de Valentin Retz, qu’il publia à quatre reprises, dans sa collection L’Infini des éditions Gallimard. La longue vie porte la trace de cette fidélité de l’auteur à son éditeur, à son ami ; Les écrivains sont des voix qui résistent à la mort, note-t-il, dans une vibrante inspiration. Ce roman est cette voix qui résiste à la mort, non pour prolonger indéfiniment la vie, c’est l’un des objectifs de Nikopol, l’un des personnages du roman, mais pour porter par les mots les vibrations d’une vie passée, ici, celle de Philippe Sollers. Valentin Retz inscrit l’instant où avec d’autres écrivains il entoure et accompagne la dépouille de Philippe Sollers, en un décalage existentiel. C’est ce décalage existentiel qui occupe le cœur du roman, le temps où les hommes, ici les personnages n’évoluent pas à l’intérieur du temps, mais par un retournement très théologique, c’est le temps qui évolue à l’intérieur des hommes et des personnages, comme s’ils étaient de tous les temps, présent, passé et futur. Ce rapport au temps est  bien le moteur des personnages de La longue vie, le narrateur, écrivain, aumônier à la prison de la Santé, Nikopol, chercheur, scientifique de grande renommée, porté par le projet d’allonger, allonger, allonger la vie des hommes dans le Projet Éternité, et dont la vie va basculer après qu’il eut percuté en voiture un inconnu, qui le conduira sur ses traces en Grèce, et enfin Apollos disciple de Jean le Baptiste, et donc de Jésus, les trois se liant par des connections romanesques intemporelles que dévoilera Valentin Retz, comme si le temps extérieur n’avait pas de prise sur l’Histoire et les histoires humaines et romanesques. Comme si les personnages de La longue vie étaient habités de ce vif mouvement du temps intérieur, cette vivacité qui est, pour citer Sollers, le caractère de l’éternité, et donc de la deuxième vie inspirée, qui aura ici la Grèce comme destinée.

« Les sonorités araméennes avaient vibré dans le vide et, lui qui ne connaissait que le grec pris conscience que durant tout le jour il avait écouté discourir Jean, alors qu’il n’entendait rien à sa langue. »

Si les écrivains sont des voix qui résistent à la mort, Valentin Retz prouve dans ce roman que le style rend incandescent, et fait des miracles. Une certitude, qui n’est certes pas nouvelle, mais qui ici est à l’œuvre de la plus belle et la plus aventureuse des manières, le style met en accord la concordance des temps des trois personnages du roman. La force de La longue vie c’est la mise en œuvre de la synchronicité dans l’histoire de ses personnages, même si l’un d’eux l’auteur, est comme l’on dit dans la langue de la mer à la manœuvre, les deux autres personnages, le chercheur qui croit à l’immortalité du corps, le témoin du passage sur la terre du Nazôréen et de ses miracles, ils cheminent tous les trois sur les sentiers qui conduisent aux murs priants du sommet du mont Athos. Loin, loin, très loin de l’écrivain, et de ses personnages, la nature s’enflamme, la guerre fait rage à deux pas de l’Europe, le monde galope, comme un cheval fou vers sa perte, le roman ne cache rien, il concentre en son ventre une vibration, la même ressentie depuis que l’homme écrit des livres que le temps n’a pas effacé, une vibration qui illumine le narrateur, Nikopol, Apollos et en sa demeure d’Ars-en-Ré, Philippe Sollers, le plus grec des romanciers français.


Philippe Chauché


Valentin Retz est l’auteur de Grand Art, Double, Noir Parfait, Une Sorcellerie (2) (L’Infini – Gallimard) et Tout est accompli en collaboration avec Yannick Haenel et François Meyronnis (Editions Grasset)


(1)         https://www.lacauselitteraire.fr/la-deuxieme-vie-philippe-sollers-par-philippe-chauche

https://www.lacauselitteraire.fr/une-sorcellerie-valentin-retz-par-philippe-chauche



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A propos de l'écrivain

Valentin Retz

 

Noir parfait est le troisième roman de Valentin Retz, publié par Gallimard dans la collection L’Infini que dirige Philippe Sollers, après Grand Art et Double. Valentin Retz collabore également à la revue Ligne de Risque.

 

A propos du rédacteur

Philippe Chauché

 

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Rédacteur

Domaines de prédilection : littérature française, espagnole, du Liban et d'Israël

Genres : romans, romans noirs, cahiers dessinés, revues littéraires, essais

Maisons d’édition les plus fréquentes : Gallimard, Minuit, Seuil, Grasset, Louise Bottu, Quidam, L'Atelier contemporain, Tinbad, Rivages

 

Philippe Chauché est né en Gascogne, il vit et écrit à St-Saturnin-les-Avignon. Journaliste à Radio France durant 32 ans. Il a collaboré à « Pourquoi ils vont voir des corridas » (Editions Atlantica), et récemment " En avant la chronique " (Editions Louise Bottu) reprenant des chroniques parues dans La Cause Littéraire.

Il publie également quelques petites choses sur son blog : http://chauchecrit.blogspot.com