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L’enfant thérapeute, Samuel Dock (par Marjorie Rafécas-Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge 30.01.24 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais, Plon

L’enfant thérapeute, Samuel Dock, janvier 2023, éditions Plon, 334 pages, 20,90 €

Ecrivain(s): Samuel Dock Edition: Plon

L’enfant thérapeute, Samuel Dock (par Marjorie Rafécas-Poeydomenge)

 

On connaît Samuel Dock pour ses essais vifs et érudits comme Le Nouveau choc des générations (co-écrit avec Marie-France Castarède, Editions Plon, 2015), pour son talent de vulgarisateur dans Eloge indocile de la psychanalyse (Editions Philippe Rey, 2019), parfois même pour son impertinence et son humour improbable… Mais dans ce dernier livre, L’enfant thérapeute, c’est une tout autre histoire qui se dévoile, bien plus personnelle, celle de son enfance, ou plutôt celle de sa maman. Il y raconte son « état fantôme », les infâmes maltraitances de l’innocence de l’enfance. Il se livre et se délivre en tant qu’enfant thérapeute. Dans cette histoire très personnelle, Samuel dévoile un non-dit familial, douloureux, un choc invisible mais tenace. Cette histoire profondément émouvante et sincère éclaire sur l’effet « prison » des violences intrafamiliales. Y survivre crée une liberté incommensurable. Et une énergie de vie instinctive et créative.

Avec une écriture ciselée, Samuel Dock explique comment petit, il s’est toujours senti claquemuré dans un état fantôme, peuplé d’ombres. Il ne savait pas encore que sa mère eût vécu l’innommable. Pour oublier cette pesanteur, il lisait Lovecraft, Stephen King, des livres d’ésotérisme pensant que les démons et les monstres le sauveraient de cet univers. Mais la laideur ne sauve de rien. C’est dans la lecture qu’il pétrit les non-dits familiaux, ce huis clos familial qui l’a poussé inconsciemment à devenir psychologue pour sauver des enfants de la détresse et de la maltraitance. Sa maman, Béatrice, a mis en effet du temps pour évoquer « son » innommable, cette enfance perdue et cauchemardesque. Maltraitée par un père cruel et monstrueux, meurtrie par une sœur malade qui la mordait, Béatrice a survécu avec trois caramels en poche, des épluchures de clémentines, la douce image du jardin de sa grand-mère, l’histoire de Blanche Neige et la main maternelle. C’étaient ses seuls réconforts, avec le chien de la maisonnée. C’est une « dame au chapeau vert », assistante sociale qui l’arracha à 6 ans à cet univers sordide et criminel. « Combien de temps une fillette peut-elle servir de bouclier avant de se briser » ? Le chiffre 29 sera son numéro de pensionnaire chez des religieuses. Endroit paisible où ce fut la première fois qu’elle entendit le mot « salle de bains », un espace où l’on prend soin de soi.

Elle pleurait souvent, elle ne savait pas si elle manquait autant à sa mère qu’elle lui manquait. L’abandon la rendait encore plus triste que la cruauté. Même si Sœur Thérèse l’a sauvée, on ne guérit pas facilement de certaines blessures. « L’hémoglobine de la monstruosité » a détruit plusieurs générations. Mais le pouvoir des livres peut parfois arrêter le mauvais courant.

A Paris, Samuel respire enfin un territoire illimité : « toutes ses rues, tous ses musées, tous ces portraits, tous ces exilés, autant de fenêtres ouvertes sur un ailleurs, que tu m’avais toujours refusé ». Mais, il sent toujours cette étrange culpabilité pour sa sœur : que va-t-elle devenir ? Cette sœur, qui n’a pas pu s’extraire de la malédiction familiale. Anorexique et malade, difficile de grandir sur des épluchures.

Après la popularité du concept de résilience, ce roman très personnel nous apprend celui de la « ductilité ». Le roseau plie, courbe le dos mais ne rompt pas.

Le récit se termine par un périple en Alsace, des souvenirs d’une tendre enfance, d’un bonheur intact. Et par une impression fine et indélébile que les jardins d’enfance sont la douce métaphore d’un jardin secret, d’un paradis perdu, mais puissant.

Oui, le jardin de son arrière-grand-mère restera cet « océan de mousse et de racines qui étouffent les plus dangereux déchets familiaux ».

 

Marjorie Rafécas-Poeydomenge

 

Samuel Dock, docteur en psychopathologie, psychologue clinicien et écrivain est l’auteur de plusieurs ouvrages parus entre autres chez Flammarion, Plon et Philippe Rey. Il a co-écrit avec Marie-France Castarède, Le Nouveau choc des générations (2015) et Le Nouveau malaise dans la civilisation (2017).



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A propos de l'écrivain

Samuel Dock

 

Samuel Dock est psychologue clinicien. Il a publié, en 2012, L’Apocalypse de Jonathan (roman) et est l’auteur, avec Marie-France Castarède, du Nouveau choc des générations (2015) et du Nouveau malaise dans la civilisation (2017).

 

A propos du rédacteur

Marjorie Rafécas-Poeydomenge

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Passionnée de philosophie et des sciences humaines, l'auteur publie régulièrement des articles sur son blog Philing Good, l'anti-burnout des idées (http://www.wmaker.net/philobalade). Quelques années auparavant, elle a également participé à l'aventure des cafés philo, de Socrate & co, le magazine (hélas disparu) de l'actualité vue par les philosophes et du Vilain petit canard. Elle est l'auteur de l'ouvrage "Descartes n'était pas Vierge".