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J’ai dit Velours, Martine Roffinella (par Claire Fourier)

Ecrit par Claire Fourier 06.07.26 dans La Une Livres, Les Livres, Tarmac Editions

J’ai dit Velours, Martine Roffinella, Tarmac éditions, 2026 (10 euros)

Edition: Tarmac Editions

J’ai dit Velours, Martine Roffinella (par Claire Fourier)

 

J'ai dit Velours. Je viens de terminer la lecture de cette courte, très courte pièce de théâtre en quatre actes. Velours, la bien-nommée, mélange d'insolence, d'indulgence, de bon sens et d'extrême amour, m’est apparue comme la Folle de Chaillot d'aujourd'hui. Dieu sait si j'aime La Folle de Chaillot.

Précisons le titre : J'ai dit velours. Autrement dit : Je te l'ai dit, Velours ! Je te le redis, Velours ! Écoute-moi ! C'est l'Église qui parle, mais c'est peut-être Dieu qui nomme Velours la petite mécréante insoumise.

La plume de Martine Roffinella est une griffe, sous-tendue par les griffures de la vie. Une griffe qui exhale l'amour, celui qu'on donne, celui qu'on appelle, qui ne vient pas et qui afflige.

Aucun chiqué. Le chiqué, on le voit souvent chez des auteurs qui se piquent d'écrire à la Céline. Ici rien ne sonne faux.  Rien de fabriqué. Une langue forte, issue des entrailles et qui, en cela, aurait intéressé Céline et Jehan-Rictus, l’auteur des Soliloques des pauvres.

Une langue ensemble en combustion et en larmes dans la bouche de la p’tite paumée assise, à moitié nue, sous le porche de l’église d’où elle lance, comme les miettes aux pigeons, son appel inconsolé à l’amour et son refus de l’enfer : « J’veux pas ! J’veux pas être condamnée à faire des bêtises pour toujours et à être jamais pardonnée !.. J’en avais des tonnes, d’l’amour ! Une avalanche ! Une éruption ! À tapisser tout l’ciel et à l’embraser ! »

Une langue rocailleuse, cependant pure comme de l’eau de roche, qui court en éclats le long des pierres, des gargouilles, les mouille, bientôt les effrite, de sorte que la « clocharde céleste » finit par faire s’écrouler l’édifice… et ouvre directement l’Église, vaincue, sur le ciel.

Le lecteur se prend d'amour pour la petite réprouvée qu'est Velours (le double de l’auteur ?), hyper sensible, grondée par l’Église et qui ose gronder l’Église. Las ! Si l'Église se laisse un moment toucher par cette drôle de petite sainte minée par la peine et qui lui tient tête, impétueuse, la gorge en feu, s’offrant dans sa nudité, bientôt elle se sent outragée et voue aux gémonies la « p’tite foutue » qui l’offense…

Mais le lecteur, ému, se dit que Dieu, Lui, a vu le velours que l’Église n’a pas su voir dans le cri de rage et les anathèmes proférés « entre foi et effroi » (comme il est dit dans Éclatilles, du même auteur), et qu’Il a perçu la beauté dévoyée de cette petite mendiante d’amour qui laisse affleurer, sans honte, sans fausse monnaie, dans le tressage de violence anarchique et de « crissante mélancolie », un moi profond qui est le moi universel.

Et l’on se dit que le Très-Haut se penche, attendri, sur l’égarée qui rêve du droit chemin en implorant la grâce. On se dit que Velours est le larron auprès du Crucifié.

On peut même, au long de ce dialogue entre Velours et l'Église, penser au dialogue (dans Les Frères Karamazov) du Christ avec le Grand Inquisiteur. Il y a une véritable spiritualité dans ce petit livre païen et de haut vol.

Un tout petit livre qui va vers tout.

Je souhaite beaucoup de lecteurs à cette minuscule, or majuscule pièce de théâtre, inspirée, touchante, ô combien ! qui est à lire plus qu'à jouer. (Et qui ridiculise les grosses fictions commerciales à succès.)

En un mot, Velours s’appelle Amour. (Qui dit mieux ?)

Velours n’est qu’Amour.


(Claire Fourier, 16 juin 2026)


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A propos du rédacteur

Claire Fourier

Rédactrice