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Comment va la douleur ?, Pascal Garnier

Ecrit par Guy Donikian 15.10.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Zulma

Comment va la douleur, octobre 2015, 188 pages, 8,95 €

Ecrivain(s): Pascal Garnier Edition: Zulma

Comment va la douleur ?, Pascal Garnier

Les éditions Zulma éditèrent pour la première fois Comment va la douleur de Pascal Garnier en 2006. Et en 2015 le même éditeur publie à nouveau ce petit roman qu’on pourrait classer et dans la littérature française et dans les romans policiers. Cet auteur qui choisit l’Ardèche pour écrire disparaît en 2010 et laisse derrière lui un œuvre relativement abondante et diverse puisqu’il aura écrit des polars, des textes littéraires et des livres pour la jeunesse. On se souvient du bonheur de lecture que fut Cartons, écrit dans cette maison ardéchoise où il s’installa pour écrire.

C’est à ce même plaisir que nous convie Comment va la douleur, un plaisir de lecture dont on ne perçoit les raisons qu’a posteriori. Il y a comme une délicatesse dans l’écriture, non pas pour le choix des mots mais pour leur emploi ; Pascal Garnier avait cette aisance qui fait que tout semble aller de soi dans ses textes, et particulièrement dans celui-ci. Et cette écriture « facile » n’est pas au service de grandes idées mais sert les descriptions les plus banales, descriptions de lieux et de personnages dans lesquelles l’auteur a le don de la critique de nos sociétés en quelques mots. Exit les grandes déclarations, un mot ici ou là suffit à nous faire saisir l’absurdité d’un monde. « Tous les abords de ville se ressemblent, partout dans le monde. Zones aléatoires, industrielles et commerciales, des non lieux, terra incognita de sigles lumineux promettant le bonheur éternel et absolu à tout acheteur de ceci ou de cela. Tant que l’on peut consommer on est en vie ».

Ce roman qui tient du polar révèle un univers où se côtoient des individus que la vie a malmenés, des personnages déglingués, fatigués de la vie et des mensonges avec lesquels il faut bien vivre. Là encore, la précision des termes liée à une observation des êtres qui laisse supposer l’amour que l’auteur portait à la vie et le désespoir que cet amour ne peut qu’engendrer résume bien l’univers de l’auteur : « malgré les outrages du temps, les yeux pochés, la bouche déformée par l’amertume, les joues flasques, la peau qu’on aurait dit martelée avec un noyau de pêche et les mèches de cheveux tristes qui s’échappaient du turban, cette femme avait dû être belle. Il en subsistait dans la pupille verte de ses yeux quelques paillettes d’or pur ». La femme ainsi décrite est la mère de l’un des protagonistes, un fils un peu naïf, qui est justement disponible quand il rencontre un tueur qui doit régler une dernière affaire avant de se ranger des voitures. Tout devrait se faire en un jour ou deux, mais la naïveté et la malchance vont se conjuguer pour compliquer les choses. Le dénouement réserve quelques surprises, qui ajoutent au plaisir de la lecture, dénouement qu’on ne peut révéler, évidemment.

Reste qu’il faut voir dans ce roman et les personnages mis en scène une fragilité de vivre, fragilité liée au désespoir certes, mais aussi à la souffrance physique et à la maladie. Pascal Garnier savait bien ce qu’il écrivait, ce qu’on retrouve assurément dans la plupart de ses écrits.

 

Guy Donikian

 


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A propos de l'écrivain

Pascal Garnier

Pascal Garnier (1949-2010) a quitté l’école à quinze ans. Il est devenu écrivain à trente-cinq. Auparavant, il a vécu de petits boulots et parcouru le monde. Ses romans, que l’on qualifie de « noirs » à défaut d’autre adjectif satisfaisant, reflètent un monde légèrement décalé, où les perdants sont magnifiques. Son écriture est basée sur l’ironie et la tendresse. Il était aussi peintre. La revue Brèves lui a consacré en septembre 2010 un numéro hommage (« Vue imprenable sur Pascal Garnier, Brèves n°93).


A propos du rédacteur

Guy Donikian

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