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Cœurs Brisés, Rosetta Loy (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy 25.03.26 dans La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Mercure de France, Italie, Nouvelles

Cœurs Brisés, Rosetta Loy. Traduit de l’italien par Françoise Brun. Mercure de France. 81 p. 5 €

Edition: Mercure de France

Cœurs Brisés, Rosetta Loy (par Léon-Marc Levy)

 

Ce tout petit volume présente deux contes terrifiants. Dans une introduction brillante, Rosetta Loy revendique la filiation de cet ouvrage avec les contes pour enfants – ceux d’Andersen en particulier – ou plus exactement avec la cruauté de ces contes qui la terrorisaient quand elle était petite. Ces histoires racontées, de préférence le soir avant de dormir, par des parents qui adorent leur engeance mais n’hésitent pas un instant à les bercer au son de récits d’enfants mangés, de princesses égorgées, de grand-mères déchiquetées, d’épouses pendues à des crocs de boucher et autres joyeusetés propices à la sérénité avant le sommeil.

La violence de ces contes de notre enfance est toute symbolique. De Freud à Bettelheim, les plus grands esprits ont levé tout soupçon de traumatisme lié à ces récits. En opérant un déplacement et une condensation massifs dans le champ symbolique, ils jouent plus un rôle cathartique que traumatique. Ils sont, la plupart du temps, un outil éducatif vecteur de morale et de résilience. Que Rosetta Loy s’en réclame peut faire penser qu’il en serait de même dans les deux contes qu’elle nous offre. C’est en tout cas l’état d’esprit du lecteur à l’abord de l’ouvrage. Le lecteur ne sait pas ce qui l’attend !

Deux contes horrifiques, qui tirent leur poids de peur des événements racontés mais surtout de la charge du réel. Rosetta Loy rapporte, dans une langue qui ne laisse pas de place à la suggestion, deux faits divers épouvantables, dans une démarche qui n’est pas sans rappeler le célèbre De sang-froid de Truman Capote. Le déplacement narratif est saisissant : Loy bâtit son conte à partir de la réalité, ce qui ne laisse aucune place au symbolique, seul espace de sauvetage de l’esprit. Le réel c’est ce qui insiste, c’est ce qui tue.

Excipit du premier conte (le pays du chocolat) :

Le seul incapable de reprendre le train-train quotidien a été l’employé municipal charge de rassembles les corps des victimes et de les enfermer dans des housses de plastique noir. Des housses qui partiront à la morgue où se fera l’autopsie. Devant les membres de cet enfant massacré de quarante-quatre coups de couteau, Domenico de Vito a eu un choc. Une sorte de crise nerveuse dont il ne s’est pas repris ; et quatre ans plus tard, en 2005, il sera mis en invalidité permanente pour maladie contractée dabs l’exercice de sa profession.

Rosetta Loy explore les champs des Passions Tristes de l’être humain, sans distanciation, sans médiation si ce n’est celle de l’écriture. Le deuxième conte est peut-être plus effroyable encore car il porte sur les sources de dévastation de l’âme humaine : envie, avarice, colère, haine. Mais c’est un frisson plus terrible encore qui nous parcourt le dos quand elle nous parle de propreté.

[…] municipale, avec le travail d’Olindo au Service du Nettoyage Urbain, domestique avec celui de Rosi qui, chaque matin, après avoir briqué sa parcelle de l’ancienne ferme, s’en va avec toute sa batterie de LavNet, Sani-Soft et Axis Vitra-Plus chez des patronnes triées sur le volet.

Et le funèbre cortège s’achève par un retour aux contes pour enfants et les frères Grimm :

Ma mère me tua / mon père me mangea / ma sœur Marilena / mes os rassembla / noués d’un fil de soie…


Leon-Marc Levy



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A propos du rédacteur

Léon-Marc Levy

 

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Directeur du Magazine

Agrégé de Lettres Modernes

Maître en philosophie

Auteur de "USA 1" aux éditions de Londres

Domaines : anglo-saxon, italien, israélien

Genres : romans, nouvelles, essais

Maisons d’édition préférées : La Pléiade Gallimard / Folio Gallimard / Le Livre de poche / Zulma / Points / Actes Sud /