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Ce virus qui rend fou, Bernard-Henri Lévy (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux 01.10.20 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Essais, Grasset

Ce virus qui rend fou, Bernard-Henri Lévy, juin 2020, 112 pages, 8 €

Edition: Grasset

Ce virus qui rend fou, Bernard-Henri Lévy (par Patrick Devaux)

 

On sait BHL excité dans le sujet qu’il défend, la plupart du temps avec brio, et c’est encore le cas avec Ce virus qui rend fou. Avec ce titre a priori facile, cela annonce le « tout cuit », ce qui n’est pourtant pas le cas.

N’y voyez pas un ouvrage de vulgarisation ou force conseils pratiques. Il s’agit, à mon sens, d’un ouvrage très philosophique, voire parfois assez politique à défendre « l’esprit de la République » au sens étymologique du terme : « …Et j’ai toujours pensé que l’on ne rend service à personne quand on réduit la politique à la clinique, qu’on débite en maladies ce reste de l’homme que sont la mort et le mal et que l’on prétend, de ces maladies, guérir le genre humain ».

BHL fait la part belle à ses nombreuses références, et il faut avoir une sérieuse formation intellectuelle pour le suivre dans ses citations diverses, même si elles ne paraissent pas toujours utiles dans le sens explicatif de son sujet maîtrisé simplement et accessible au commun des mortels.

Il sait, bien sûr, le sujet porteur et mène le lecteur où il pense vouloir le mener, ce qu’en général il fait très bien.

BHL est un tribun de l’écriture et d’une sorte de psycho-philosophie très maîtrisée parfois dans le sens de l’audimat.

A expliquer ce qu’est un virus, nous aide-t-il à le combattre ?

En partie sans doute.

Idem pour ce qu’il en est de la maîtrise de la façon d’en parler avec, quelque part, la balle au centre, sans beaucoup prendre de risques. C’est qu’en la matière on n’a pas beaucoup le droit de « se tromper » entre non-assistance à personne en danger et dérive sanitaire totalitaire.

BHL est brillant dans ses phrases longues et difficiles même à saucissonner pour en tirer un extrait juste tant il faut le lire en tirant sur le chausse-pied pour faire entrer l’idée dans la chaussure pour marcher avec un esprit aussi haut et surtout quand on sait qu’il va nous faire courir, voire nous essouffler : « Et surtout, ces pascaliens du dimanche et même, des sept dimanches ces âmes mortes et ressuscitées, ces anciens égarés qu’on ne reprendrait plus, promis juré, à tourner comme des toupies et qui voyaient dans le confinement la chance de se calmer, de se ressourcer et de renouer, comme disait encore Valéry, avec “l’Harmonieuse Moi”, ces repentis du divertissement d’un vieux peignoir et d’espadrilles dont ils n’avaient plus envie de changer et qui allaient les aider dans la belle, noble, exaltante entreprise d’être enfin soi, vraiment soi, bien concentré sur soi et sur ce qu’il y a d’aimable et de précieux en soi, tous ceux-là oubliaient une autre sentence de Pascal qui est le corrélat de l’autre : le mot est haïssable ».

Intéressant aussi de ramener le virus et ses inconvénients à un certain bon sens. Même si BHL ironise parfois les situations en rappelant historiquement quelques événements « similaires », il ne met nullement en cause le danger du virus lui-même mais plutôt la façon de l’appréhender. Ce n’est pas une surprise. On s’en serait douté.

Assez admiratif du corps médical, l’auteur dénonce les dérives qu’on connaît et desquelles on a abondamment parlé.

BHL nous rappelle, in fine, que la grandeur de l’être humain c’est d’aller vers l’autre, de ne pas être apeuré, de ne pas se replier sur soi, la soumission restant dangereuse et y compris pour la presse et les critiques.

 

Patrick Devaux

 

Bernard-Henri Lévy, souvent désigné par ses initiales BHL, né en 1948 à Beni Saf, est écrivain, philosophe, cinéaste, homme d’affaires et chroniqueur français. Depuis la parution de son premier essai, La Barbarie à visage humain, en 1977, il est une figure influente de la scène politique, philosophique, médiatique et littéraire française.

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A propos du rédacteur

Patrick Devaux

 

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Patrick Devaux est né en Belgique sur la frontière avec la France, habite Rixensart, auteur d’une trentaine d’ouvrages auprès d’éditeurs divers en poésie, quelques prix d’édition, 3 romans parus dont 2 aux éditions Les Carnets du Dessert de Lune; 2 recueils de poésie récents (2016 et 2017) parus aux éditions Le Coudrier ; membre de l’AEB (association des écrivains Belges) et de l’AREAW (association royale des écrivains et artistes de Wallonie), il a aussi de nombreux contacts en France ; il anime une rubrique « mes lectures » sur le site de la revue Vocatif www.moniqueannemarta.fr de Nice depuis 2013 et fréquente de près ou de loin les écrivains du groupe de l’Ecritoire d’Estieugues de Cours la Ville  et de l’association LITTERALES de Brest ; publie aussi dans diverses revues de poésie. Fréquente aussi les réseaux sociaux, faisant ainsi connaitre la poésie d’auteurs moins connus ou disparus.