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Bâtards, JB Hanak (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian 06.04.26 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Le Mot et le Reste

Bâtards, JB Hanak, Le mot et le reste, 250 pages, 21 euros, sortie 17 avril 2026

Edition: Le Mot et le Reste

Bâtards, JB Hanak (par Guy Donikian)

 

« Enfin nous sommes au Japon. J’ai 26 ans, Fred 31. Ce pays nous obsède depuis toujours. Depuis qu’on fait de la scène, on a toujours crevé d’envie de venir jouer ici. »

Deux frères, partent en tournée au Japon. Ce sont des musiciens reconnus de la scène électro expérimentale. Le Japon qu’ils vont découvrir les étonne, les surprend, les effraie aussi. La musique, disparate, omniprésente les surprend d’emblée : « Quinze minutes de cacophonie, chaque rue hurle dans ses moindres recoins. Salle de jeux, restaurant, magasin, publicités, cinéma, bar… Chaque établissement diffuse sa propre musique, provoquant un zapping sonore constant. Des voix amplifiées fusent dans tous les sens. Les feux rouges et panneaux de signalisation diffusent tous leur propre mélodie. Des jingles et tocsins tournent en fond obsessionnel. » Ils découvrent un Japon où les signaux sonores agissent comme une empreinte mnémotechnique sur la population.

L’un des deux frères, Fred, est atteint d’une maladie qui le fait souffrir, et il doit prendre de nombreux médicaments pour soulager des douleurs fréquentes. Son frère parle : « Avec les années, j’ai perdu le fil de ses traitements : antidouleurs, opioïdes, anti-inflammatoires, antibiotiques, antidépresseurs, anxiolytiques, régulateur d’humeur… Les muscles de mon frère fondent avec le temps : comme en torture chinoise, avec la lenteur qui rend fou. Elle a commencé en 1998. C’est une maladie orpheline, non référencée car trop rare. »

Et Fred va user de drogues pour contrer la souffrance. Sauf qu’au Japon, la  loi punit très sévèrement la consommation de drogues, quelles qu’elles soient.

« Le système de répression narcotique est l’un des plus sévères au monde... » dit l’un des musiciens japonais avec qui les deux frères sont en rapport. Fumer de l’herbe est tout aussi sévèrement puni ; « Tant qu’on fume en lieu sûr, il n’y a aucun risque » lit-on encore. La drogue est donc omniprésente dans ce milieu de la scène électro malgré les risques importants encourus.

Les deux frères sont au Japon pour des concerts et ils sont très attendus par un public enthousiaste. Leur musique, ils ont du mal à la définir : « trop pop pour le bruitisme, trop bruitiste pour la pop », et elle est, affirment l’un d’eux, à l’image de la construction familiale dont ils sont issus :

« on n’appartient à aucune équipe. Français d’origine tchèque par notre père, d’origine algérienne par notre mère, on vit avec cette impression d’appartenir à plusieurs équipes sans être vraiment reconnus par aucune. Ça nourrit autant notre angoisse que notre force ; et ça n’est pas un choix. »

Et cette double ascendance se révèle créatrice, la musique qu’ils créent ne peut que la transcrire. La douleur habite notre musique, affirment ils, mais le réconfort également , ce que les concerts intègrent parfaitement : « Tout est chronométré, chaque instant compte. Nous sommes attendus . A l’instar des concerts de nos amis, je sens l’appel de la violence. Ce soir, notre prestation franchit un cran supplémentaire vers le bruitisme. Avec Ryo en filet de secours, nous poussons le système à l’extrême. Chaque note de basse tourne en un raz de marée qui enveloppe le public. La salle vibre sous l’effet de résonance, les murs renvoient nos rythmes en écho. Les hurlements de fréquences envahissent mes os. Fred lâche les chiens et la terre tremble : je hurle au secours à m’en éclater les tempes. Vertige. »  L’implication des musiciens est totale, physique, et le public ne s’y trompe pas, qui réagit spontanément aux créations des deux frères.

Parce que le musique, que d’aucuns décrient, est bien le cœur de ce texte qui souligne que l’électro est désormais partie prenante du contexte musical dans lequel nous évoluons.

JB Hanak est un musicien français. Avec son frère Fred, il a formé le duo  Damage. Son premier roman, Sales chiens, paru en 2022 a été lauréat du prix de la Brasserie Barbès en 2023.


Guy Donikian


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