Alexandre Dumas en la Pléiade (par Philippe Chauché)
Alexandre Dumas – La Reine Margot – La Dame de Monsoreau (I à III) (tome I) La Dame de Monsoreau (IV à V), Les Quarante-cinq – (tome II) - Editions de Sylvain Ledda – Bibliothèque de La Pléiade – Editions Gallimard – tome I : 1312 p. – 68 euros – tome 2
Ecrivain(s): Alexandre Dumas Edition: La Pléiade Gallimard
« Mort à jamais ? Qui peut le dire ! » Il est difficile de se représenter comme un défunt celui dont la vitalité a stupéfié son siècle, celui dont Michelet écrivait qu’il était l’« une des forces de la Nature » et George Sand qu’il était « le génie de la vie ». Lui-même envisageait de pouvoir charmer la mort : « Elle me sera douce, disait-il, parce que je lui conterai une histoire. »
Album Alexandre Dumas – Julie Anselmini
Quelle belle manière inspirée d’entrer dans l’œuvre et la vie d’Alexandre Dumas ! Julie Anselmini nous offre une immersion de mots et d’images savantes et savoureuses, reprenant avec finesse ce qui fait le charme incomparable de Dumas, cet art de « conter des histoires », car sa vie et son œuvre sont une myriade d’histoires, que l’Histoire admire. La vie artistique, politique et amoureuse de Dumas est ici saisie avec la même allégresse qui irrigue les romans de l’écrivain que tout séduit et dont la réussite romanesque, est celle d’une légende, d’un monstre, au sens que l’on donnait au XVIe siècle à ce mot : un prodige, un miracle.
Julie Anselmini se glisse dans les pas de l’écrivain, de sa naissance le 24 juillet 1802, à sa disparition le 5 décembre 1870 dans les bras de sa fille Marie. Le 30 novembre 2002, il entre au Panthéon, et repose désormais et de toute éternité dans un caveau où l’attendaient Victor Hugo et Émile Zola. Dumas dramaturge, Dumas inventeur de journaux et journaliste, Dumas écrivain, Dumas amoureux, Dumas qui écrit nuit et jour, gagne et perd de l’argent. Mais à la roulette de la vie, il finit toujours par tirer le seul numéro gagnant, celui de l’admiration que lui portent ses lecteurs, qui le lisant découvrent, l’art de déguster ses romans, comme une friandise, qui reste à jamais en bouche. Évidemment Dumas n’est pas mort à jamais, mais il vit et ressuscite à chaque édition de ses romans, ici la résurrection est exceptionnellement lumineuse et flamboyante.
« Alexandre Dumas n’oublie jamais que les passions se jouent cœur à corps. Rien de ce qui est humain ne lui étant étranger, il peint des histoires d’amour sublimes, hisse à leur plus haut degré d’intensité l’amitié et la fraternité, fait dialoguer le roi et le bouffon, tire des rires de la mort, multiplie les formules comiques, les folles équipées, et finalement compose des scènes d’un romanesque inoubliable. »
Introduction – Sylvain Ledda
« Au milieu de ces groupes, allait et venait, la tête légèrement inclinée et l’oreille ouverte à tous les propos, un jeune homme de dix-neuf ans, à l’œil fin, au nez recourbé comme un bec d’aigle, au sourire narquois, à la moustache et à la barbe naissantes. Ce jeune homme, qui ne s’était fait remarquer encore qu’au combat d’Arnay-le-Duc, où il avait bravement payé de sa personne, et qui recevait compliments sur compliments, était l’élève bien-aimé de Coligny et le héros du jour ; trois mois auparavant, c’est-à-dire à l’époque où sa mère vivait encore, on l’avait appelé le prince de Béarn ; on l’appelait maintenant le roi de Navarre, en attendant qu’on l’appelât Henri IV. »
La Reine Margot – Volume I, chapitre 1
La Bibliothèque de la Pléiade continue avec ces deux admirables volumes à bâtir la plus belle et la plus juste des bibliothèques Dumas, cette édition rejoint des volumes aujourd’hui incontournables, que sont Les trois mousquetaires et Vingt ans après (publiés en 1962), Le Comte de Monte-Cristo (1981), Le Vicomte de Bragelonne (2023) (1). En nous immergeant, car il s’agit bien d’une immersion romanesque intense, comme un bain dans une eau qui serait à la fois glacée et très chaude, aux reflets sanglants, et dont on ressort transformé et nourri d’une nouvelle force, d’une nouvelle énergie. Ce cycle des Valais, ces romans de la Renaissance, même si l’on apprend que Dumas n'a pas baptisé ainsi ces romans, prouve, s’il en était besoin, que l’Histoire se transforme en or au contact de la littérature. Dumas ne congédie pas les historiens, il les invite à le lire, comme il les a lus, quitte à porter le fer dans la chair de ses romans, comme il invite les romanciers à ne pas le négliger, des romanciers à l’oreille ouverte à tous les propos à l’œil fin.
Nous sommes en 1844, Dumas publie au mois de décembre le premier feuilleton de La Reine Margot dans La Presse, trois mois plus tard ce roman est achevé et édité en volumes chez Garnier frères. Certes, il n’est pas seul aux commandes, il écrit en collaboration avec Auguste Maquet – Leur collaboration pour nos trois romans repose sur une véritable maïeutique : Dumas questionne Maquet sur la cohérence des scènes, mais lui donne aussi des directives pour souder les épisodes. À la fois maître d’œuvre, grand ordonnateur et décorateur, Dumas a le plus souvent le dernier mot, sauf quand l’urgence est telle qu’il doit déléguer l’écriture à Maquet. (2) Lire La Reine Margot, avec Dumas, c’est avoir un œil sur les intrigues de cour, les amours et les trahisons, l’autre sur une guerre qui n’a rien dissimulé de ce qu’elle était, une guerre de Religion, des guerres de Religion, entre catholiques et protestants, le tout porté par un incroyable savoir-faire romanesque, un savoir-être écrivain, où les dialogues sont les moteurs de l’action, où l’action trouve ses raisons dans les dialogues.
Le roman des Valois et de La Reine Margot, s’ouvre le dix-huitième jour d’août 1972 au Louvre, la cour y célèbre les noces de Marguerite de Valois avec Henri de Bourbon, roi de Navarre, ce n’est pas un amour qui les lie, mais une alliance, c’est la religion réformée qui épouse le pape, il s’achève sur la mort de Mme de Sauve, l’amour d’Henri, une étoile se meurt, une autre dans le ciel brille, la destinée d’Henri IV s’écrit dans le ciel de Paris. Entre le funeste destin de Mme de Sauve et l’accession au trône de France d’Henri de Bourbon, douze ans passeront. Mais nous n’en sommes pas à ce point de gloire, mais à celui d’un déchainement de violence des catholiques contre les huguenots dès le premier coup du beffroi de Saint-Germain-l’Auxerrois.
L’édition de ces trois romans vibrants et virevoltants d’Histoire, d’amours, d’amitiés et de trahisons rassemble pour notre plus grand bonheur de savoureux savoir, c’est aussi ce qui fonde l’importance de cette collection unique, notamment des pages de l’Histoire universelle (1607 / 1609) signées Jacques-Auguste de Thou, et Agrippa d’Aubigné, et d’autres regards historiques qui ne trahissent pas les raisons du romanciers, mais les éclairent.
On a en lisant Dumas, toutes les plus justes raisons d’aimer le XIX° siècle, l’art romanesque, y était celui du feuilleton qui se découvrait dans les journaux, Dumas y était passé maître, avant qu’un éditeur ne s’en empare, en notre temps, les feuilletons populaires ont disparu des journaux, mais les éditeurs persistent et c’est heureux, à offrir aux lecteurs curieux, ces effervescences romanesques.
« Henri III debout, avec cette majesté suprême que lui seul peut-être trouvait en de certains moments dans sa nature si étrangement poétique, Henri III arrêta le duc dans sa marche (le duc de Guise) par un geste souverain qui lui montrait le cadavre royal sur le lit froissé par l’agonie (Charles IX). »
Les Quarante-cinq
Philippe Chauché
(2) Écrire en collaboration – Alexandre Dumas et Auguste Maquet – Sylvain Ledda
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