À propos de Les dieux ont soif, Anatole France (par Claire Fourier)
Les dieux ont soif, Anatole France (le livre de poche)
Edition: Le Livre de Poche
J'ai commencé à lire le livre que je devais exactement ne pas lire. Pourquoi ?
Il me transperce.
Il montre la lente, terrifiante, quasi inexorable dérive de la Révolution vers la tyrannie et la Terreur.
Il montre l’ivresse du pouvoir qui fait perdre complètement à l’homme puissant non seulement le respect de l’homme, mais le sens de l’humain.
Il montre comment le fanatisme et le sadisme font leur nid dans la conviction et parfois chez les hommes plus vertueux.
Il montre comment la nature se joue des paroxysmes.
Il montre comment les Lumières du 18e siècle se sont aisément éteintes pour faire place à l’obscurantisme et à l’Inquisition révolutionnaires.
Il me transperce parce qu’il renvoie à aujourd’hui.
En montrant comment les préjugés censés disparaître avec un changement de régime cèdent seulement la place à d’autres préjugés non moins funestes ; comment les erreurs maudites sont ainsi appelées à se renouveler ; comment l’ignorance qui alimente les peurs, et l’étroitesse d’esprit amènent la raison à basculer dans l’irraisonnable.
Quel livre ? Les Dieux ont soif, d’Anatole France. 1912 !
« Ce ne sont plus des hommes, ce sont des choses : on ne s’explique pas avec les choses... L’innocence, le plus souvent, est un bonheur et non pas une vertu : quiconque eût accepté de se mettre à leur place eût agi comme eux et accompli d’une âme médiocre ces tâches épouvantables… », écrit Anatole France, l'ami de Jaurès.
Le livre me renvoie à L’été 14, de Roger Martin du Gard. Même évolution inéluctable et sanglante vers l’horreur, faute du frein que devraient incarner des hommes de raison.
Et je songe à l’écrivain argentin Ernesto Sabato qui écrit en substance, dans je ne sais plus quel livre : celui qui n’a pas vécu sous une véritable dictature ne connaît pas le prix des régimes modérés.
Claire Fourier
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