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Septembre noir (Settembre Nero), Sandro Veronesi (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy 17.06.26 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Italie, Roman, Grasset

Septembre noir (Settembre Nero), Sandro Veronesi, traduit de l’italien par Dominique Vittoz, Grasset 2026

Edition: Grasset

Septembre noir (Settembre Nero), Sandro Veronesi (par Léon-Marc Levy)

 

D’où vient cette lumière intérieure qui habite le jeune héros de 12 ans de ce roman ?

Il irradie autour de lui et sur nous, par le seul miracle de la littérature, d’une écriture naturelle et ciselée, il vibre de vie et de passion, il transmet une énergie vitale débordante. Gigio, c’est ainsi qu’on appelle le jeune narrateur, prend place dans une tresse dont les brins sont Van de Vladimir Nabokov, le Narrateur de Marcel Proust, Tadzio de Thomas Mann et tous les jeunes adolescents dont la littérature s’est emparée pour explorer les ombres et lumières de ce passage explosif vers la sortie de l’enfance.

Pourtant ce roman est d’une grande douceur. Le monde de Gigio, sa mère, sa sœur, son père, et le cadre du roman, des vacances sur une plage estivale en Toscane, est inondé d’une lumière éblouissante que rien ne semble pouvoir ternir. Rien ? Pas vraiment car Sandro Veronesi utilise volontiers ce procédé narratif qui consiste à confier au lecteur des annonces lapidaires qui laissent entrevoir les événements futurs, toujours funestes.

Voilà pourquoi les événements que je vais raconter m’ont affecté si profondément : parce que, pour la première fois, ils (* les parents) ne surent pas me préserver ; pire ils furent une des causes du séisme qui me frappa.

Gigio nage dans un bonheur parfait. Il nous confie, sur le ton de la confidence intime, ses jours ensoleillés, passés entre ses parents aimés et aimants, sa passion pour les sports – on est en 1972, année olympique – et les vedettes sportives, pour la musique, les livres. Et puis, lumière dans la lumière toscane, sa jeune voisine de plage, Astel Raimondi, sublime fillette par la beauté et l’intelligence. La découverte de la passion amoureuse, joyeuse et foudroyante, qui unit deux êtres de lumière, dans une pudeur parfaite et un élan irrépressible.

Si Septembre noir est un roman initiatique – et il l’est – rarement initiation fut aussi brutale en littérature. Le mois de septembre s’ouvre sur l’obscurité qui s’abat soudain. Le monde des adultes tel qu’il est : la noirceur venue des J.O. de Munich, la brisure qui s’abat sur la relation des deux jeunes gens.

Le sang sur les Jeux Olympiques. L’après-midi sans Astel. Le monde vide. Le soleil éteint.

Et le tourbillon du malheur une fois enclenché ne peut s’arrêter, comme une avalanche de rochers qui engloutissent un monde, celui de l’enfance à jamais perdue. Même la mémoire du narrateur peine à recoller les événements, à leur donner le moindre sens.

Après, je me rappelle mal. Après, mes souvenirs tiennent en une seule planche dont chaque case répète le même dessin (le gamin à l’affût, les voix des parents de l’autre côté de la porte), où seul change le texte des bulles. Tout est sans détails. Tout est hors temps. Tout est accéléré. Tout est aspiré par le trou noir qui engloutira tout.

Septembre noir est un roman délicat sur un moment qui ne l’est pas. La fin d’une enfance, corrélée à une suite de drames, sonne comme l’irruption de la symbolisation et du réel dans un univers protégé et illusoire. Derrière l’histoire de Gigio, pointe son nez la condition humaine.

Pointe aussi la métaphore de l’Amour en Occident, toujours frappé de malédiction, comme le furent les (presque) enfants Tristan et Yseut, auquel renvoie le petit dessin final : deux oliviers dont les branches s’entremêlent, comme le rosier fleuri sur leurs tombes.


Léon-Marc Levy


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A propos du rédacteur

Léon-Marc Levy

 

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Directeur du Magazine

Agrégé de Lettres Modernes

Maître en philosophie

Auteur de "USA 1" aux éditions de Londres

Domaines : anglo-saxon, italien, israélien

Genres : romans, nouvelles, essais

Maisons d’édition préférées : La Pléiade Gallimard / Folio Gallimard / Le Livre de poche / Zulma / Points / Actes Sud /