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Œuvres romanesques, tome III, Stendhal en la Pléiade

Ecrit par Martine L. Petauton 23.08.14 dans La Pléiade Gallimard, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Œuvres romanesques, tome III, mars 2014, 1520 pages, 67,50 €

Ecrivain(s): Stendhal Edition: La Pléiade Gallimard

Œuvres romanesques, tome III, Stendhal en la Pléiade

 

La Pléiade termine avec ce tome le cycle des romans de Stendhal, à côté des volumes consacrés aux « œuvres intimes ». Un grand ensemble de la collection Gallimard, travail phénoménal, particulièrement minutieux, mené par Yves Ansel, Philippe Berthier, Xavier Bourdenet et Serge Linkès.

Chacun des volumes – classement chronologique de la rédaction des œuvres, la simplicité même – s’organisant – feu d’artifice littéraire – autour « du » roman qui parle à tous : « Le Rouge », « Lucien Leuwen », et, ici, « La Chartreuse ». C’est bien de feu d’artifice dont il s’agit – à cette différence près : il n’est pas dit que ce soient tant les bouquets si connus, qui nous fixent, que, à peu près tout le reste : cette nouvelle quasi inconnue, cet échange de lettres, ce « remodelage » de tel ou tel passage de La Chartreuse. On est dans « La Pléiade », et on a tout, absolument tout ; immense jardin où l’on peut butiner, s’extasier, jusqu’aux notes annexes, ou à ces débuts (trois différents), d’un « Amiel » qui deviendra « Lamiel ».

17 ans, quand, suivant l’armée d’Italie, Henri Beyle mit le pied dans ces paysages qui furent toute sa vie et un grand pan de son œuvre ; souvenons-nous que comme épitaphe, il disait vouloir simplement : « Arrigho Beyle, Milanese ». Ce volume ruisselle d’Italie, autour du plus italien de ses grands romans – cadeau à sa terre d’adoption, « La Chartreuse ». Cela aurait pu résonner, alentour, de ses voyages et pages écrites autour de promenades, « A Rome » ou ailleurs – les paysages, l’art et l’Histoire. Ce tome s’organise en balades, certes, mais dans les écritures – contes (Suora Scolasticatraduit du Napolitain), histoire qu’on racontait de génération en génération, vieux récit peut-être historique ou probablement romancé : L’abbesse de CastroLa duchesse de Palliano ; profondeurs mystérieuses du XVIème siècle – autre nom des Italies ! Couvents : « dans une ville de  Toscane que je ne nommerai pas, existait en 1589 et existe encore aujourd’hui, un couvent sombre et magnifique… » (« Trop de faveur tue », emprunté à un poète espagnol). Tout cela, vaste fatras, hétéroclite, que Stendhal coudra en sa lumineuse littérature.

Nouvelles – parfois petites, d’autres plus copieuses (Don Pardo, très court ; un seul chapitre, pour « La duchesse », sept pour « L’abbesse »), se déroulent – difficile de n’en pas lire avidement – comme autant de bonbons appétissants, en parcourant le volume – ouvrant fenêtres des péninsules ou françaises (Philibert Lescale, esquisse de la vie d’un jeune homme à Paris)… Partout, cette écriture Stendhalienne ; « marcher droit à l’objet », qui notifie son admiration pour les Réalistes, et – surtout – pour son idéal, Balzac. Écrire vrai, juste, « sec », disait-il, n’empêchant aucunement sa « couleur », son dessin unique, qu’on retrouve, et avec quel bonheur, tout au long des 1500 feuillets de La Pléiade. Le parfum-Stendhal.

Émouvantes, par exemple, ces lettres entre un Stendhal touché, et un Balzac – alors géant de la littérature – particulièrement enthousiaste, voire hagiographe, revenu tout juste de « La Chartreuse », sur laquelle il émettra des conseils que son jeune émule tenta d’appliquer – quelques pages de réécriture de « La Chartreuse » ; petit bijou pour connaisseurs – avant, en renonçant, d’accepter d’être Stendhal et non un second Balzac. Assister à ce grandir là, n’est pas le moindre attrait de ce Pléiade…

Ainsi, le travail, présenté rigoureusement, comme étalé sur la table, des trois écritures successives de ce qui sera « Lamiel » permet à la fois de situer la « fabrication » d’« un Stendhal », et de saluer une autre fabrique, celle d’un tel volume de La Pléiade (pour chaque mouture, figurent les plans, notes et fragments. Passionnant, comme arpenter des coulisses d’une pièce fameuse) : « je vois Amiel le 13 au soir pleurant de honte, et riant cinq minutes après des deux paysans… 13 Avril 39, commencé Amiel. Donner beaucoup d’esprit à Amiel… Mettre dans Amiel quelques personnages vaniteux pour accrocher l’attention des Français… ». Le premier jet – non abouti – est daté de mai 1839, le second, plus long, de octobre-décembre 1839. De janvier 1840, est le « Lamiel » qu’on connaît… une architecture désossée, qu’on devine et projette dans les autres œuvres : aperçu d’une démarche.

Voyage seulement possible dans l’indépassable Pléiade !

 

Martine L Petauton

 


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A propos de l'écrivain

Stendhal

 

Henri Beyle, connu sous le pseudonyme de Stendhal né le 23 janvier 1783 à Grenoble et mort le 23 mars 1842 à Paris, est un écrivain français, réaliste et romantique, connu en particulier pour ses romans Le Rouge et le Noir et La Chartreuse de Parme.

 

A propos du rédacteur

Martine L. Petauton

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Rédactrice

 

Professeure d'histoire-géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)