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Noces de sang, Federico García Lorca (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart 04.06.20 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Espagne, Folio (Gallimard), Théâtre

Noces de sang (Bodas de sangre), février 2020 trad. espagnol Albert Bensoussan, 264 pages, 8 €

Ecrivain(s): Federico Garcia Lorca Edition: Folio (Gallimard)

Noces de sang, Federico García Lorca (par Patryck Froissart)

 

Cette œuvre a déjà été tellement commentée, analysée, disséquée, critiquée, étudiée, annotée, glosée en long, en large, en diagonale, qu’il serait fort présomptueux d’essayer d’en rajouter en espérant en dire ce qui n’a pas déjà été écrit. On se contentera de rappeler l’intrigue. Elle est simple. Elle se déroule dans la campagne, quelque part en Andalousie.

Il y a le fiancé et la fiancée (ils n’ont pas d’autre nom dans la pièce). Le fiancé est le cadet des deux fils de « la mère ». L’aîné et le père ont été tués lors de querelles claniques par des membres de la famille Felix.

On assiste à la rencontre entre la mère (veuve) du fiancé et le père (veuf) de la fiancée, rencontre qui a pour objet la présentation de la fiancée, l’échange de consentements et les arrangements du mariage à venir. On note le rôle important que joue la servante, qui semble tenir lieu de mère à la fiancée.

On a appris que la fiancée a failli épouser, quelque temps avant, Leonardo, un membre du clan des Felix. L’union n’a pu se faire à cause du manque de biens de Leonardo, qui, depuis, s’est marié avec la propre cousine de la fiancée mais qui vient régulièrement rôder à cheval, la nuit, aux alentours de la maison de ladite fiancée.

On est convié par la suite à assister aux noces, auxquelles sont invités Leonardo et son épouse, qui est de la famille.

Advient ce qui devait fatalement arriver : vers la fin des festivités, la fiancée s’enfuit avec Leonardo, qu’elle n’a jamais cessé d’aimer et qui est toujours passionnément épris d’elle.

Scandale, forcément scandale !

Une chasse au couple immoral s’organise.

Le spectateur lecteur est témoin de l’ultime scène, ayant pour décor le fond des bois, entre les amants maudits.

Et à nouveau le sang coule, inexorablement, et le dénouement endeuille les deux familles ennemies : le fiancé et Leonardo s’entre-tuent à coups de lames. La tension dramatique est palpable dès le début, dès la première scène : le futur fiancé se préparant à partir aux champs en tenant en main un couteau avec lequel il va tailler ses ceps, la mère, saisie à la fois par le souvenir douloureux des meurtres de son mari et de son fils et par une angoisse prémonitoire à la vue de l’instrument, le supplie de rester à la maison.

Cette tension s’amplifie ensuite jusqu’au dénouement, nourrie par les fragments narratifs du passé et par les événements du présent dévoilés graduellement au lecteur dans le flux des dialogues. Parallèlement croît la tension poétique du langage, depuis le quasi-prosaïsme de la scène première, qui détaille les travaux agricoles communs auxquels se prépare le fiancé, jusqu’aux scènes de plus en plus empreintes d’étrangeté, voire de fantastique, qui se déroulent dans l’obscurité de la forêt, avec l’entrée en scène théâtrale de la Lune, de la Mort déguisée en mendiante, de bûcherons ténébreux.

Les dialogues de plus en plus délirants et désespérés des amants, le monologue de la Lune, les répliques implacables de la Mort, sont d’une poésie envoûtante, d’un lyrisme poignant, d’une impressivité irrésistible.

 

La Fiancée :

Ces mains, qui sont à toi,

Mais qui en te voyant voudraient

Briser les branches bleues

Et le murmure de tes veines.

Je t’aime ! Je t’aime ! Ecarte-toi !

Si je pouvais te tuer,

Je te mettrais dans un linceul

Aux tranchants de violettes.

Ah, quelle plainte, quel feu

Me montent à la tête !

 

Une lecture de pure et pleine jouissance.

 

Patryck Froissart

 

Federico Garcia Lorca est un poète et dramaturge espagnol, également prosateur, peintre, pianiste et compositeur, né le 5 juin 1898 à Fuente Vaqueros près de grenade et exécuté sommairement le 19 août 1936 entre Viznar et Alfacar par les milices franquistes.

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A propos de l'écrivain

Federico Garcia Lorca

 

Federico García Lorca est un poète et dramaturge espagnol, également peintre, pianiste et compositeur, né le 5 juin 1898 à Fuente Vaquerosprès de Grenade et mort le 19 août 1936 à Víznar. Il est l'un des membres de la génération de 27.

 

A propos du rédacteur

Patryck Froissart

 

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Patryck Froissart, originaire du Borinage, a enseigné les Lettres dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l’Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur, puis proviseur à La Réunion et à Maurice. Longtemps membre du Cercle Jehan Froissart de Valenciennes, il a collaboré à maintes revues de poésie et a reçu en 1971 le prix des Poètes au service de la Paix. Il est membre de la SGDL, de la SPAF, de la SAPF.

Il a publié : en 2011 La Mise à Nu, un roman (Edition épuisée) ; en août 2013, Les bienheureux, un recueil de nouvelles (Ed. Ipagination), Prix Spécial Fondcombe 2014 ; en janvier 2015, La divine mascarade, un recueil de poèmes (Ed. iPagination); en septembre 2016, Le feu d'Orphée, un conte poétique (Ed. iPagination), troisième Prix Wilfrid Lucas 2017 de poésie décerné par la SPAF ; en février 2018, La More dans l'âme, un roman (Ed. Ipagination); en mars 2018, Frères sans le savoir, un récit trilingue (Editions CIPP); en avril 2019, Sans interdit (Ed. Ipagination), recueil de poésie finaliste du Grand Prix de Poésie Max-Firmin Leclerc ; en février 2020, La Fontaine, notre contemporain, réédition de l’intégrale des Fables, annotées, commentées, reclassées par thèmes (Ed. Ipagination) ; en mars 2020, Le dromadaire et la salangane, recueil de tankas (Ed. franco-canadiennes du tanka francophone) ; en avril 2020 : L’occulte poussée du désir, roman en 2 tomes (Ed. CIPP)