Ligne de risque – Éclats divins III (par Philippe Chauché)
Ligne de risque – Éclats divins III – Emmanuel Godo – François Meyronnis – Sandrick Le Maguer – Nicolas Machiavel – Numéro 5 – Nouvelle série – Novembre 2025 – 10 euros
Ton âme est un chemin – La vie spirituelle avec Dante – Emmanuel Godo – Artège – 320 p. – 18,90 euros – 18/09/24
« Ici on contemple l’art qui embellit / cette grande œuvre, et on distingue le bien / par quoi le monde céleste meut celui d’en bas. / Mais pour que soient comblés pour toi / tous les désirs qui sont nés dans cette sphère, / il me convient d’aller encore plus loin. / Tu veux savoir qui est dans cette lumière / qui scintille si fort à côté de moi, / comme rayon de soleil en eau pure. »
Dante Alighieri / Le Paradis / Chant IX / traduction Jacqueline Risset / Flammarion
« Dante est poète en cela que les idées chez lui ne sont jamais détachées d’une incarnation. Le diable est logicien, en cela qu’il prend tout au pied de la lettre. C’est un procédurier, l’administratif obtus, le routinier de l’abjection. Sa lettre tue, sépare, coupe, divise, est implacable quant à l’application des règlements. Là où l’amour divin, lui, est charité absolue, inconditionnelle, donc inattendue, parfois même imprévisible, incompréhensible par la logique vétilleuse. »
Emmanuel Godo répond aux questions de François Meyronnis et Sandrick Le Maguer.
« Le poète pense par images. À propos de ce don de l’image qui caractérise Dante, Claudel compare le poète à un homme qui, par la grâce de l’image, monte en un lieu plus élevé et parvient à voir autour de lui un horizon vaste où le monde et l’existence redeviennent lisibles. »
Ton âme est un chemin – Emmanuel Godo

Voici Dante, Dante Alighieri remis en lumière par une revue littéraire de premier ordre qui se tient sur une crète de pensée, une flamme rougeoyante, qu’alimentent ici, non seulement Dante mais aussi Nicolas Machiavel, deux Toscans à l’affut, et que portent François Meyronnis et Sandrick Le Maguer : On récusera donc l’âme fangeuse, en colère contre son propre sort. On réparera les brisures ; de sorte que la transition demeure entre notre corps terrestre et notre corps glorieux. Dante Alighieri au corps glorieux, est né entre 1265 et 1267 à Florence et mort le 14 septembre 1321 à Ravenne. Selon les sources, la Divine Comédie aurait été composée entre 1303 et 1321. La foudroyante originalité de la Divine Comédie tient à la fois à sa langue, l’italien s’édifie dit-on sous la plume de Dante et à l’imaginaire, les images qu’il dévoile, ce cheminement des cercles de l’Enfer et la lumière du Paradis. Dante est non seulement un grand écrivain, un grand penseur, mais aussi un grand lecteur, et ce n’est pas par hasard que Virgile le guide. Ces dialogues, car il s’agit de dialogues dans la revue Ligne de risque et le livre d’Emmanuel Godo, dialogue ici entre l’auteur et elle, un être dont mon bonheur dépend. Il s’agit donc tant dans la revue que dans Ton âme est un chemin - quel titre merveilleux ! – d’un partage, d’un échange de pensées et d’éclairages. Comme si La Divine Comédie ne pouvait se lire qu’en bonne compagnie et à haute voix. Il s’agit d’une expérience bien particulière, l’expérience des limites écrivait Sollers, qui en fit un livre (1) en compagnie de Benoît Chantre, il y a plus de vingt-ans. Les Éclats divins qui occupent Ligne de risque sont ici en jeu, et mis en lumière.
« Dante est le diamant de l’art catholique. Il condense dans son « poème sacré » toutes les possibilités que ce dernier recèle au moment de son flamboiement. Avant lui, les Grecs. Après lui, les Temps modernes. À travers lui, et la latinité refondée dans le « doux style nouveau », la Bible et surtout les Psaumes. »
Philippe Sollers – La Divine Comédie – Entretiens avec Benoît Chantre.
« L’éblouissement final est magnifique : il renvoie le lecteur à sa destinée. Et le poète ne se présente pas en gloire, auréolé de son prestige ou de son autorité, mais défaillant. »
Emmanuel Godo répond aux questions de François Meyronnis et Sandrick Le Maguer.
« O lumière souveraine qui tant t’élèves / au-dessus des pensées mortelles, reprête un peu / à mon esprit de ce que tu semblais, / et rends ma langue si puissante / qu’une étincelle de ta gloire / puisse arriver aux gens futurs ; / si elle revient un peu à ma mémoire / et résonne à peine dans mes vers, / on concevra mieux ta victoire. »
Dante Alighieri / Le Paradis / Chant XXXIII / traduction Jacqueline Risset / Flammarion
Voici donc La Divine Comédie, lue, écoutée, écrite, traduite, et toujours entendue et lue, que dit-elle : elle dit le voyage de Dante, voyage du poète à travers les cercles de l’Enfer, au centre du Purgatoire puis dans les éclats du Paradis, il s’appuie sur Virgile et y retrouve sa bien-aimée Béatrice, frappée par la mort, qui sera son phare jusqu’au Paradis. Voici résumé en quelques traits cette œuvre unique, qui de par son originalité et sa force tellurique, n’est pas qu’un poème, c’est une immersion unique dans la langue italienne et dans l’état de l’Homme et sa destinée, du pêché à la vie éternelle, du tranchant de la glace à la lumière. Lire La Divine Comédie sans perdre de vue que le Toscan, était aussi un homme politique, un homme de l’art du politique, qui a connu l’exil – il ne reverra pas Florence, et n’oubliera pas toutes les turpitudes de son siècle dans son œuvre poétique. Enfin Dante, s’adresse à son lecteur particulier, non aux lecteurs qui feraient société, mais à moi, à vous, à chacun dans sa particularité de lecteur séduit, attentif, effrayé ou perdu, les trois états qu’il traversera lui aussi dans La Divine Comédie, qui comme Ulysse et l’Odyssée est une œuvre totale, en mouvement permanent, et les traducteurs qui l’ont approché l’ont bien compris, plus modestement, nous l’approchons avec toute l’attention délicate qu’il convient d’avoir face à un chef-d’œuvre.
Philippe Chauché
(1) La Divine Comédie – Philippe Sollers – Entretiens avec Benoît Chantre – Desclée de Brouwer - 2000
Emmanuel Godo est notamment l’auteur de Maurice Barrès. Le Grand inconnu – Tallandier -, Les passeurs de l’absolu. Les grands écrivains et Dieu – Artège –
François Meyronnis est notamment l’auteur de Tout autre – Une confession -, Brève attaque sur le vif, L’Axe du Néant (L’Infini Gallimard).
Sandrick Le Maguer est notamment l’auteur de Portrait d’Israël en jeune fille – Genèse de Marie (L’Infini – Gallimard).
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