La douceur rouge des étoiles – Laurent Fassin – Peintures de Benoît De Roux (par Philippe Chauché)
La douceur rouge des étoiles – Laurent Fassin – Peintures de Benoît De Roux – L’Atelier Contemporain – 152 p. – 25 euros – 03/10/25.
Edition: L'Atelier Contemporain
Le gris-bleu par la fenêtre ouverte – l’entend-elle
Le gris-bleu a tourmenté nos voix – les sent-elle
Les moucherons en chiffon aimantent – les hirondelles – les touche-t-elle
Laisse sa langue aux sons (les vois—tu)
Ô vieille demoiselle jusqu’aux étoiles qui luisent nous parlons des silences
chemisiers de dentelles que vous portiez – naguère…
Par la fenêtre ouverte I
Pour bien lire La douceur rouge des étoiles, il faut garder un œil sur la page imprimée, sur le poème qui s’y glisse dans l’étrangeté de sa mise en forme, de son basculement typographique, l’autre sur les peintures de Benoît De Roux, des huiles sur toile, comme si là précisément, Bonnard s’invitait, et ici, un souffle presque théâtral, une respiration inspirée, là, des couleurs et des formes dans une magnifique partition, où l’on devine dans le rouge, le vert et le bleu, des formes à naître. L’auteur nomme à juste titre, partition poétique son écriture, ses écritures, là encore, une oreille pour entendre ce qui s’écrit, l’autre pour écouter ce qui se lit. Soumettre un texte à sa voix, est un exercice réjouissant dans ce livre de Laurent Fassin, ainsi saisissons-nous la force et la résonnance de ce que nous lisons à voix haute, tout se précise, tout se voit à l’écoute ; à l’opposé parfois, la voix chute à la lecture d’un livre, qu’il soit romanesque ou poétique, il se refermera tout seul, plus un son, plus un mot, le jugement tombe, mais restons sur celui qui ici résonne. Cette musique dont parle Laurent Fassin, n’est pas propre à la poésie, mais à l’ensemble de la littérature qui se juge à l’oreille, qui sonne juste y compris dans ses dissonances ; à lire les premières pages d’un roman on voit sur le champ, si l’auteur a de l’oreille, et donc du style et s’il s’en sert pour écrire. La douceur rouge des étoiles s’articule sur les traces et le souffle, traces d’enfance – Perdu d’avance le paradis d’enfance – de l’ami qui hante les poèmes, dont ne sait rien, sauf une présence, cet ami qui se roulait dans la mer, rien au soleil et caressait les étoiles, rien de plus concret, rien de plus vivant que ces phrases qui aimantent la mémoire de Laurent Fassin, sur les traces, les souffles et le regard porté par la fenêtre ouverte, le territoire de l’inquiétude, avec toujours le même regard affûté du poète, qui a la beauté chevillé aux lettres – Le bonheur avec lui / attend chaque matin / des preuves qui lui sourient -. La beauté et les souvenirs, mais aussi la mémoire des corps et des âmes disparus, leur cristal fendu, leur or fondu, leurs yeux fermés par la terreur, tout cela s’écrit sous nos yeux, et Laurent Fassin nous apprend à lire l’histoire de cette mémoire, que la poésie ressuscite. La douceur rouge des étoiles est un livre du passé composé, du sentiment de la nostalgie, qui si elle semble parfois douloureuse, se ressource à chaque page d’un éclair de lumière. L’écrivain est sur le qui-vive, les images s’agrippent à sa mémoire, et son art poétique les déploient.
« Ni / l’aveuglement des armes / terroriste / ni /
l’humaine mais – si oublieuse marée / en définitive / n’effacent /
Yohav Yohan Philippe François-Michel / les uns aux côtés des autres /
Hier – Après Toujours / vos noms – Hattab Cohen Braham Saada /
ici – là-bas / et – à Jérusalem »
Hier Après Toujours – Paris, le 11 janvier 2015
Saluons enfin le beau travail d’éditeur de François-Marie Deyrolle, qui choisit ici un format tout en longueur dans un beau papier blanc, que l’on feuillette comme un cahier de dessins, c’est un cahier de poésies et de toiles. Cela confirme, s’il en était besoin, qu’il est l’un des plus passionnants éditeur de livres d’art. https://www.lacauselitteraire.fr/entretien-francois-marie-deyrolle-editeur-de-l-atelier-contemporain-par-philippe-chauche
Philippe Chauché
Laurent Fassin conjugue deux passions : l’écriture et la peinture. On lui doit notamment Le Beau, l’Art brut et le Marchand - L’Atelier contemporain – https://www.lacauselitteraire.fr/le-beau-l-art-brut-et-le-marchand-jean-pierre-ritsch-fisch-laurent-fassin-par-philippe-chauche
et Où est mon pays, un essai sur le poète André Frénaud – Le temps qu’il fait.
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