L’Erotisme de vivre, Alice Mendelson (par Marjorie Rafécas Poeydomenge)
L’Erotisme de vivre, Alice Mendelson, 2025, 146 pages, 10,80 €
Loin de la laideur inhumaine d’Auschwitz, L’érotisme de vivre est une poésie de la survie : savoir se contenter d’être toujours en vie, alors que tant d’autres n’ont pas eu cette chance. La poésie a-t-elle le pouvoir de redonner le goût de la vie ? Lorsqu’on lit Alice Mendelson, on ressent une si puissante fureur de vivre, au-delà des étoiles et des océans, que l’on ne peut que s’incliner face à un tel élan vital.
C’est grâce à Catherine Ringer (auteure-interprète du groupe mythique Les Rita Mitsouko) que les rimes punchlines d’Alice ont été mises sous les projecteurs, telles que « ne jamais bâcler de vivre » ou encore « pour bien vieillir, il est bon d’avoir le vice de la joie ». Alice Mendelson écrit à la manière de Jacques Prévert, et aime autant les mots que la crème pâtissière… Après avoir été dans la Résistance, Alice est devenue une professeure de lettres modernes passionnée et a animé, à la retraite, des ateliers d’écriture.
Ce recueil rassemble des mots tendres et crus à la fois, écrits entre 1946 et 2020. Les textes de la première partie du livre, L’Érotisme de vivre, ont été clamés par Catherine Ringer au théâtre de la Huchette, à Paris. Catherine Ringer la décrit comme un soleil, une fine « conversationneuse », une rieuse, une poétesse à la présence intense.
Nous retrouvons dans ces textes un enthousiasme très proche de celui du philosophe Emerson : « Si tu vis, fraye ta joie, toujours il te reste un chemin. » La joie est un ange, comme une « transe de simplement exister ».
Avec l’âge, Alice a appris à aimer en tranquillité. À 83 ans, elle réussit à être amoureuse de qui elle veut, sans aucun risque, « à jouir seule de l’attirance », à s’amuser de vivre, sans aucune peur d’être rejetée. Cet érotisme de vivre est en quelque sorte une philosophie du désir.
Dans ses poèmes, les « yeux font l’amour », ont un regard qui « aiguillonne » et « chevillent l’arc-en-ciel ». « Imprévu, provisoire, inespéré, privilège d’un soir, qui sait, de quoi vit une histoire », l’amour est un « brûle-parfum ».
Ce que nous apprennent les textes d’Alice est que l’amour, allégé de ses craintes d’abandon et de réciprocité, s’enracine dans une vitalité puissante.
Alice est décédée en janvier 2025 et sa joie aura tenu presque cent ans !
Rappelez-vous que « le soleil est trop haut » et que « le temps est trop court ».
La poésie chante la sagesse.
Marjorie Rafécas-Poeydomenge
Alice Mendelson, survivante de l’Occupation et décédée à 99 ans en 2025 à Paris, est une professeure de lettres, poétesse et conteuse française.
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