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Griffes 29 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux le 23.03.26 dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Griffes 29 (par Alain Faurieux)

 

Arizona, Sissy Batzy. 21/01/2026. Editions Butterfly, 306p. 20€

Je poursuis courageusement mes lectures des livres qui vendent beaucoup, ceci en fait partie. Apparemment une version améliorée d’un « Arizona Dream” de 2021, qui était le deuxième volume d’une trilogie mais le premier ouvrage de notre auteur. Mieux vaut ne pas savoir à quoi cela ressemblait. Dès le nom de l’auteur on y croit, dur comme fer, Sissi Batzy c’est un nom d’auteur pour de vrai. Une trentaine de pages à la fin vont faire la pub pour une autre pensionnaire de l'écurie, c’est toujours ça de gagné. L’histoire se déroule de 2023 à 2026. Sans raison aucune : nous pourrions être en 2018, ou 1989. C’est du pareil au même puisque rien ne nous ancre dans une période. Les seuls repères temporels sont les extraits de chanson que l’auteure utilise avant chaque chapitre pour... on se demande quoi.Dans les premières pages l'héroïne, jeune vierge de 21 ans qui veut devenir procureur, parvient pour la première fois à braver l'interdit paternel et se rend dans un bar où un beau policier la trouble... La base de tout, le bar/salle à tout faire s’appelle le Carpe Diem et il est situé à San Francisco. On le sait parce que c’est marqué. Sinon on ne le saurait pas.

« Cet établissement symbolise la réussite de deux amis très chers. La manière dont ils ont transformé cet ancien bistrot de quartier est remarquable. » Quelques pages plus loin et trois ans plus tard notre héroïne au nom de demi-film s’est réfugiée à New Orléans, où Chicago, je ne sais plus, (c’est écrit deux, trois fois mais...voir précédemment). Il lui faut vivre loin pour échapper à celui qui l’a déflorée et qui se trouve (oops) être son frère. Elle revient malgré tout, et commence à travailler au Carpe Diem afin d'être moins susceptible (?) de tomber sous l’emprise de celui qui est aussi un malfrat. Attraction torride vers le beau gosse flic qui permettra des scènes de sexe torride. Ou juste vulgairement anatomiques. Ajoutons quelques décès, des homosexuels pour la beauté de la chose, et un final qui n’en peut mais. Le style ? Effrayant, épouvantable. Ce livre ressemble à un croquis réalisé par un enfant de grande section de crèche, pas très doué. On sait que le Carpe Diem a une terrasse et deux (2) salles. Le méchant a une maison, qui a une chambre pour enfermer la gentille. Il faut un avion pour aller dans le Tennessee, parce que c’est loin. Et on y fait de la musique. Exposition, descriptions, psychologie, que nenni : le seul effort d'écriture est l’alternance de points de vue. On le sait parce que c’est marqué sous les extraits de chanson. Il faut reconnaître que LA marque du roman français qui se vendra est bien là: les fameux demandé-je et autres m’étonné-je. Pour qui est fait ce livre effrayant ? Pour des femmes sous emprise, interdites de sortie, de pensée ? Je ne sais pas qui mérite un tel mépris pour se voir infliger cette baudruche.


Les Orphelins, une histoire de Billy the Kid. Eric Vuillard. Actes Sud.28/01/2026 176p. 20,90€

Il y a des mots que j’aime sans savoir pourquoi. ”Gâcher le mortier” par exemple, j’y vois le mouvement du poignet, les futurs jointements, scellements. Ou encore la gâche d’une porte, mot magnifique, dissimulation et force à la fois. Ce petit livre, lui, n’est qu’un gâchis. Ah, Éric, Éric, nous voilà bien ! Qu'est ce qui t’as pris toi le grand écrivain, le Goncourt, pas moins, de nous sortir ce machin. Tu sais écrire, tu écris même de beaux morceaux, jee pense aux dernières pages de ce déplaisant volume. Roman sûrement pas, essai pas plus, pamphlet alors ? Ou pastiche, mais de quoi ? Pas même une histoire de Billy. Ce livre est totalement à l’envers. Acte courageux, presque fou. Au lieu de nous présenter des individus, ou des personnages, nous montrer des frères humains, tu nous jettes au visage, sur tes pages, une vision de l’existence où les êtres humains n’ont que peu d'’importance, ne sont que l'’illustration d’une théorie, d’une idéologie. Et l’on n’y croit pas. Ni à ce Billy de paille et foin, ni à sa révolte de salon, ni à cette indignation gênante, ni à ce discours moralisateur ringard et caricatural. Car il n’y a là aucune ironie, pas de jeu avec/de un rôle de prêcheur dans le désert, aucune distance, aucun partage avec le lecteur. Tout est effroyablement sérieux, comme si le déboulonnage de statues depuis longtemps effritées était d’une urgence absolue. Comme si l, Auteur (majuscule) croyait nous révéler quelque chose, comme s’il réglait là ses comptes avec Le Système. Et c’est juste ridicule. Billy the kid, ç'aurait pu être Calamity Jane, ou encore Lafayette, ou Kerouac...peu importe. « Dans un monde aussi tourmenté, où la dénivellation sociale est si raide, Billy chercha à se ménager à coups de colt, d’alliances instables, de vols de bétail, une marge, un tout petit intervalle, qui devait durer quelques brèves années et lui procurer on ne sait quelles joies et peines, avant de se terminer par une mort brutale, mais où malgré les nécessités pénibles, le dénuement parfois, il put connaître un élargissement de son existence, s’étant affranchi en partie des contraintes du travail manuel, pour cet ersatz de liberté que connaissent les voyous ou certains artistes, et qui est toujours cher payé. » ouf ! Buffalo Bill déjà fait, Abraham Lincoln tueur de vampires déjà pris. On retourne la carte et on griffonne des moments de vie, des images d’Epinal inversées. Des détails vite évanouis dans le rétroviseur montrent au lecteur qu'on sait de quoi on parle. Des élisions narrent en creux la véritable histoire, des jeux d'esbroufe avec les temps nous en mettent plein les yeux, des passes magiques pleines de Meta jouent le rôle du lapin. Bravo à l’artiste ! Le mot d’ordre est « Reconstruit », alors Éric démolit, et moi, pôvre lecteur me demande pourquoi cette soumission. Car dans ces pages l'écriture est soumise, à un Grand soir, ou à un Matin Radieux. Alors que cette même écriture pourrait être passeur, pourrait être libération, transgression, elle ne sera que mâchouillements et morve au nez. Et je me sens aussi gêné qu'à écouter un ivrogne au comptoir égrener une rengaine pas si fausse que ça ...mais au combien embarrassante. Ce livre est un embarras de dimensions cosmiques. Relire London (Jack, pas le guide bleu). De façon urgente.

La fêlure, Charlotte Casiraghi, 29-01-2026. Julliard, 384 p. 22,90 €

Soyons bienveillants : ceci est un livre gentil. Léger sur un sujet sombre (ou clair-obscur). Un livre sans accrocs, sans attaques, règlements de comptes ou piques subtiles et mondaines. Sans effets de mode ou nombrilisme. Une belle couverture, classe mais pas m'as-tu vu. Sans effets de mode ou nombrilisme. Une belle couverture, classe mais pas m'as-tu vu. Sans princesse. Un volume sans tellement de choses qu’il est difficile de savoir ce qu’il lui reste.  Plus d’une quinzaine de chapitres, explorant, ou plutôt survolant le thème de la fêlure. Rassurons-nous, nous ne sommes pas chez Bukowski ici. La fêlure c’est important, mais c’est aussi chic, universel avec un twist. Charlotte va donc feuilleter avec nous des FFF, fantastiques fêlures feuilletonnesques. Écrivains, philosophes, poètes et psychanalystes, elle va tous nous les présenter en bonne hôtesse. Il ne manque qu’une célèbre marque de chocolats. Fitzgerald, Sand, Pascal, mais surtout Deleuze, Freud, Lacan, la réception bat son plein. Le ton est de bon aloi et personne ne sera offusqué par un détail raciste, woke, réactionnaire, trop à droite ou trop à gauche. Mention spéciale au chapitre consacré à la dame patronnesse (l’auteure elle-même) venant en aide aux ados émaciées pour leur lire du Angelou. Le style ? Dans le meilleur des cas une sorte de travail universitaire plein de bonnes intentions. Un peu laborieux mais sérieux. Les Auteurs attendus sont au rendez-vous, leurs citations clairement identifiées, les postulats sans originalité dérangeante, les analyses sans risques et les conclusions œcuméniques. Le reste des pages ? Du bon sens de shampouineuse : « C’est bien connu, on sait que certains événements ou chocs de la vie nous font vieillir d’un coup” . Peut être offert à votre belle -sœur orthophoniste, votre voisin agrégé de n’importe quoi, l’institutrice du petit dernier, ou un membre de Némésis ou un sympathisant de LFI. On en est là.


Alain Faurieux



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A propos du rédacteur

Alain Faurieux

 

Alain Faurieux, fanatique de S.F. et adepte du polar. Maniaque de musique (genre « insupportable » pour ceux qui le fréquentent encore), anciennement enseignant d’anglais.