Ghostfather, Éric Calatraba (par Alix Lerman Enriquez)
Ghostfather, Éric Calatraba, Ed. Melmac Noir
Si Los muertos, le précédent roman policier d'Éric Calatraba, se déroulant dans le sud de la France et en Espagne, était solaire et méridional, son deuxième ouvrage Ghostfather, est plongé dans une tout autre atmosphère, au cœur- même de la grisaille parisienne ou d’une ambiance pluvieuse et britannique.
Clément, un jeune guitariste français, un musicien prodige d'une vingtaine d’années va connaître un succès inespéré et va croiser sur sa route une chanteuse et parolière de talent : la jolie Isabel Ortega. À eux deux, ils forment un couple romantique et attachant.
Et aux côtés de ce jeune couple flamboyant, surgit un insolite protagoniste : la guitare de Clément, actrice omnisciente de ce roman musical, empreinte de grande sagesse et de tendresse à l'égard de Clément et de sa charmante Isabel :
« Ce n’est pas pour me vanter, mais je suis issue d’une grande lignée. Je suis du bois dont on fait les stars. Mon corps est en frêne, mon manche en érable et en palissandre » se présente avec humour cet être de cordes et de bois.
C’est donc autour de ce trio plein de vie et attachant que gravite le début de cette histoire. Mais Clément qui, jusque- là, a vécu à Paris dans le modeste appartement de sa mère, va entamer une tournée musicale à Londres. C’est dans cette ville qu’il va faire la connaissance de son géniteur, lui aussi musicien de talent. Or, ce « ghostfather », père fantôme, qui l’a abandonné à la naissance, mène une vie de luxe, de sexe, de drogue et de dépravation. Clément sera t- il prêt à lui révéler son identité ?
Ce joli polar un peu mélancolique nous emmène sur les rives de la Tamise mais également sur les bords de la Manche. Londres mais aussi Brighton et ses casinos, son bord de mer tamisé de soleil et de pluie comme un décor à la Whistler sur fond de musique pop qui semble rythmer l’ensemble de ce récit de façon endiablée.
« Je me suis assis » dit Clément, » j’ai joué quelques arpèges, un peu de picking. Elle avait un son Folk, comme je les aime, puissant sans être méta. Je savais qu’elle plairait à Isabel et mettrait en valeur sa voix aux intonations de Tracy Chapman ».
Comme pour accompagner cette jolie mélodie qui rythme le récit, la poésie des images n’est jamais non plus absente de ce livre, même si elle est souvent interrompue par un brutal retour à une réalité brute, sans concession parfois cruelle : « Les rayons solaires perdaient sans conviction les nuages. La guitare en bandoulière, je suis descendu sur la plage. Je me suis déchaussé pour sentir l’arrondi des galets, la caresse froide des vagues. Au- dessus de moi, tapis volant sur pilotis, le Brighton Pier se prenait pour un palais de maharajah. Un garçon jetait des cailloux dans l’eau. Un texto m’a tiré de ma rêverie «
Mais au-delà du style et du rythme des phrases qui nous envoûtent, notre souffle reste suspendu à la question de savoir comment cette rencontre entre père et fils va se terminer. C’est l’objet-même de cette histoire tendre et sombre tout à la fois, entre douce rêverie et glaçante réalité.
Alix Lerman Enriquez
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