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Dernier été à Primerol, Robert Merle

Ecrit par Léon-Marc Levy 22.10.13 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Editions de Fallois

Dernier été à Primerol, 121 p 8,70 €

Ecrivain(s): Robert Merle Edition: Editions de Fallois

Dernier été à Primerol, Robert Merle

 

Il est ainsi des inédits dont la publication constitue un moment de bonheur. Il faut dire que ce petit livre concentre l’intelligence, l’élégance et la force de Robert Merle.

On est a la veille de la deuxième guerre mondiale. A l’extrême veille. En fait, dans son premier « chapitre » (il n’y a pas vraiment de chapitres mais des fragments) on est déjà dans la guerre. Cette période abrutissante et terrible des camps de transit où on a jeté Robert Merle et ses camarades. La douleur a porte un nom : la faim ! Ces quelque pages ne s’oublient pas, la faim est de toutes les tortures la pire pour l’homme, celle qui peut  changer sa nature même, l’avilir.

« En moins d’un mois, j’avais appris à la considérer, ma faim, comme un état normal. Je l’avais accueillie comme une habitude. J’en souffrais toujours, je ne m’en étonnais plus, j’avais faim comme d’autres sont boiteux. »

Douleur partagée par tous et pourtant vécue par chacun dans la solitude et l’instinct individuel de survie. Les piétinés piétinent les piétinés. Noirs, Polonais, « Krouias », le mépris est facile et presque « naturel ». La plume et le cœur de Merle font le reste. Les solidarités humaines l’emportent et – encore – une certaine joie de vivre.

Vient alors le flash-back dans le flash-back. Un an plus tôt, le narrateur (RM) est à Primerol, jolie station balnéaire sur la Côte d’Azur.

Jeunesse, insouciance, soleil, premiers émois. Et pourtant, sourds et lourds, les nuages s’accumulent au-dessus des têtes, grondant déjà du désastre proche. Robert Merle est étincelant dans ce rapprochement terrible des corps vifs et joyeux et la menace de la mort qui guette les jeunes hommes. Une atmosphère de monde disparu à jamais plane sur ce livre.

« De l’escalier de l’Hôtel de la Mer, on voyait descendre vers nous le beau Giuseppe. Comme c’était l’usage, il franchissait les cinquante mètres qui le séparaient de la plateforme sous les sarcasmes de la petite bande : « le voilà ! L’homme de Primerol !... Le beau Mâle !... Les cheveux aile-de-corbeau !... L’éclair des dents blanches !... (…)

Il était pilote de chasse dans l’aviation italienne. Un an plus tard, je devais l’apprendre par la suite, son appareil tombait en feu dans les Alpes, à côté du petit village français qu’il venait de bombarder »

Récit d’une veille de guerre, Un été à Primerol devient ainsi aussi un hymne à la vie, à la paix, à l’amour, à la jeunesse. Car même ceux qui ne mourront pas pendant la grande tuerie perdront néanmoins à jamais l’innocence et la joie de vivre de ces dernières vacances d’été. Ils perdront à jamais leur jeunesse.

« Leur jeunesse gisait pourtant, agonisante, au bord de la guerre. Ils devraient la laisser derrière eux, sauter d’un bond dans l’abîme. Ils ne seraient plus jamais jeunes. »

Une belle idée, la publication de cet inédit.

 

Leon-Marc Levy

 

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NB : Vous verrez souvent apparaître une cotation de Valeur Littéraire des livres critiqués. Il ne s’agit en aucun cas d’une notation de qualité ou d’intérêt du livre mais de l’évaluation de sa position au regard de l’histoire de la littérature.

Cette cotation est attribuée par le rédacteur / la rédactrice de la critique ou par le comité de rédaction.

Notre cotation :

VL1 : faible Valeur Littéraire

VL2 : modeste VL

VL3 : assez haute VL

VL4 : haute VL

VL5 : très haute VL

VL6 : Classiques éternels (anciens ou actuels)


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A propos de l'écrivain

Robert Merle

 

Ancien élève des classes préparatoires (hypokhâgne et khâgne) du lycée Louis-le-Grand, titulaire d'une licence de philosophie, agrégé d'anglais (reçu 1er au concours), Robert Merle consacre sa thèse de doctorat de lettres à Oscar Wilde et devient professeur au lycée de Bordeaux, Marseille puis à Neuilly-sur-Seine où il fait la connaissance de Jean-Paul Sartre, à l'époque professeur de philosophie. Mobilisé en 1939, Robert Merle est agent de liaison avec les forces britanniques. Il est fait prisonnier à Dunkerque et reste en captivité jusqu'en 1943. En 1944, il devient Maître de conférence d'anglais à l'université de Rennes puis Professeur en 1949. Il sera successivement en poste à Toulouse, Caen, Rouen, Alger et enfin Nanterre où il se trouve en mai 1968. Cette dernière expérience a inspiré son roman "Derrière la vitre".
En 2008, son fils Pierre Merle a publié une volumineuse biographie illustrée d'une vingtaine de photos : Robert Merle. Une vie de passions (Éditions de l'Aube). L'ouvrage débute par une question : « Par quelle alchimie de hasard et de nécessité, Robert Merle, ce gosse courant dans les rues d'Alger, est-il devenu un écrivain ? » L'histoire mouvementée de son enfance, de son adolescence parisienne, de sa captivité en Allemagne, de ses engagements politiques et de ses amours constitue une « main du destin », minutieusement décrite, et la trame fondatrice d'une œuvre d'une grande diversité littéraire. L'ouvrage montre que la grande saga de Fortune de France (13 tomes), très documentée et très fidèle à l'histoire de France, est aussi, à travers les deux personnages de Pierre de Siorac et de son fils Pierre-Emmanuel, une autobiographie romancée de Robert Merle, un mélange continuel de sa vie réelle et de sa vie rêvée. Pour le centenaire de sa naissance, cette biographie est un éclairage original, sans équivalent à ce jour, de la vie et de l'œuvre de celui que Le Monde a appelé le « plus grand romancier de littérature populaire en France » (Le Monde du 1er avril 2004).

 

A propos du rédacteur

Léon-Marc Levy

 

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Directeur du Magazine

Agrégé de Lettres Modernes

Maître en philosophie

Auteur de "USA 1" aux éditions de Londres

Domaines : anglo-saxon, italien, israélien, maghrébin

Genres : romans, nouvelles, essais

Maisons d’édition principales : Rivages, L’Olivier, Joëlle losfeld, Gallimard, Seuil