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Client (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino 03.05.22 dans La Une CED, Ecriture

Client (par Marie-Pierre Fiorentino)


« Quand la lune apparaît, tu peux la croiser en ville […]

La nuit tous les chats sont gris et tous ses clients sont seuls […]

Et quand son maquillage coule elle dit que c’est la pluie ».

Extrait de la chanson Salope ! sur l’album La vraie vie, Bigflo et Oli

 

« Je te promets Clo c’est la première fois depuis que t’es partie mais fallait bien que ça arrive un jour je te jure j’ai même pas regardé à quoi elle ressemblait cette fille d’ailleurs je devrais pas te raconter ça mais à qui tu voudrais que je le raconte il n’y a toujours que toi dans ma tête tu me reprochais de pas te parler assez ça te faisait de la peine et maintenant faut que ça me vienne pendant ma première baise depuis des mois ou des années j’ai pas compté parce que tu te souviens avant la fin on le faisait plus le cœur y était pas

tu vas me dire le cœur c’est un grand mot pour ce que c’est parce que je l’ai juste repérée puis quand ça a été OK je me suis mis à bander comme un âne et puis voilà mais merde je vais quand même pas m’excuser parce que ma bite est encore vivante ma bite elle avait eu sa vie avant de te connaître et peut-être qu’aujourd’hui elle est en train de la reprendre au fait je me souviens pas pourquoi on l’avait appelée Max qu’est-ce qu’on se marrait quand même si un mec qu’on rencontrait s’appelait pareil il devait se demander si on se foutait pas un peu de lui je lui ai pas demandé son nom à elle ça se fait peut-être bon faudrait que j’arrête de te causer et que je me concentre parce que c’est pas gagné pour le plaisir aussi c’est la faute de cette pute tu parles d’une professionnelle c’est comme si j’étais seul au pieu tout ce qui l’intéressait c’était que je lui donne le fric d’avance elle m’avait fait choisir entre la pipe ou le reste et si j’avais pas insisté elle se serait même pas foutue à poil mais vu ses fringues c’était pas possible toi tu voulais plus que je te vois nue à cause de la pompe à morphine et du reste je faisais semblant de pas voir le reste alors je t’appelais ma petite toxico vu les yeux éclatés de celle-là elle doit l’être en vrai toxico ses seins sont trop gros j’ose pas me coller à elle comme s’ils allaient éclater tes seins étaient si menus qu’ils seraient entrés tous les deux à la fois dans ma main t’aimais bien qu’on compare la taille de nos mains les tiennes étaient minuscules comme tes seins j’ai jamais compris comment un mal si grand avait pu se loger dans un endroit si petit tu me diras c’est pour ça qu’il a fuité partout dans ton corps et ces enfoirés de toubibs qui t’ont coupé un sein puis l’autre ils ont rien enrayé du tout ils t’ont juste mutilée j’en fais encore des cauchemars un rat fouille la poubelle de l’hosto et le bouffe ce morceau de toi que j’adorais j’arrive pas à chasser le rat je suis paralysé il pue la même odeur de fausses fleurs que dans la chambre funéraire quand on est allé te voir avec les enfants quelqu’un a murmuré c’est le veuf mais j’arrive toujours pas à croire que c’est moi quand je dois cocher la case sur les papiers j’ai que quarante balais merde et tu les avais pas Clo avant je pensais qu’il y avait que les vieux qu’étaient veufs ou morts mais y’a eu ce putain de cancer à propos de putain j’aurais mieux fait de lui dire de me sucer je sentirais pas ses seins écrasés sous moi parce que je fatigue sur les coudes j’ai perdu l’habitude c’est comme pour la capote tu te souviens la première fois qu’on avait cru qu’elle avait craqué et que je t’avais dit pas grave de toutes façons on va se marier je te l’avais jamais demandé et t’as dit je vais prendre la pilule alors t’imagines si je me souvenais comment on enfile une capote mais ça va venir oui ou merde je vais me payer une irritation à force tu crois qu’elle y mettrait du sien que dalle pas un mouvement la tête tournée elle a peur que je l’embrasse ou quoi ça risque pas des fois j’hésitais sur ce que je préférais le plus pendant l’amour t’embrasser ou glisser en toi c’était une question bête parce que c’était les deux à la fois longtemps mais là va falloir faire sans ça va bien finir par arriver puisque je mollis pas mais ça commence à me faire mal non ça m’a jamais fait mal avec toi c’est quand j’ai compris que t’allais mourir que j’ai commencé à avoir mal partout non je te l’ai pas dit pour pas t’inquiéter parce que je savais pas si tu savais c’est vrai que j’aurais pu être plus bavard non essaie pas de m’excuser j’ai vraiment été trop con mais non tu vas pas mourir n’aies pas peur mon amour tu vas guérir non non je beuglais quand j’étais seul dans le camion non Clo tu vas quand même pas laisser cette garce de tumeur avoir ta peau non oh non je répétais dans ma morve non et je l’insultais salope non non SALOPE ».

« Si je recommence à pleurer, je pourrai plus y retourner. Mes yeux sont déjà beaucoup trop rouges. Franchement, il avait besoin de m’insulter pour jouir ? Allez, sourire, comme une qui ne comprendrait pas la langue ou comme une vraie pro. Salope, oui, client de salope ».

 

Marie-Pierre Fiorentino


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A propos du rédacteur

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Rédactrice

Domaines de prédilection : littérature et philosophie françaises et anglo-saxonnes.

Genres : essais, biographies, romans, nouvelles.

Maisons d'édition fréquentes : Gallimard.

 

Marie-Pierre Fiorentino : Docteur en philosophie et titulaire d’une maîtrise d’histoire, j’ai consacré ma thèse et mon mémoire au mythe de don Juan. Peu sensible aux philosophies de système, je suis passionnée de littérature et de cinéma car ils sont, paradoxalement, d’inépuisables miroirs pour mieux saisir le réel.

Mon blog : http://leventphilosophe.blogspot.fr