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Baby Jane, Sofi Oksanen

Ecrit par Victoire NGuyen 20.08.14 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Pays nordiques, Roman, Stock

Baby Jane, traduit du finnois par Sébastien Cagnoli, mai 2014, 240 pages, 19,50 €

Ecrivain(s): Sofi Oksanen Edition: Stock

Baby Jane, Sofi Oksanen

 

La nostalgie du désir


Au moment où la narratrice raconte son amour tragique avec Piki, jeune femme excentrique, libre mais malade, la rupture est bien consommée. Cependant, la narratrice revient sur les moments lumineux de leur histoire d’amour afin de goûter de nouveau à cette saveur suave d’un bonheur trop fugace.

En effet, les deux jeunes femmes ont partagé une vie commune durant quelques années jusqu’à ce que les failles psychologiques aient raison de leur histoire :

« Et il y avait autre chose, que la vie de Piki indiquait encore moins. Cette autre chose, dans la classification des maladies, porte le code F41.0 : trouble panique. J’avais lu cela dès le début dans ses papiers ; mais les troubles paniques avaient beau être monnaie courante dans mon entourage, je ne comprenais pas ce que cela signifiait dans la pratique. Ni ce que ça peut être de vivre avec ».

Le lecteur se rend compte que la narratrice sombre dans une dépression sans fond et se laisse submerger par le regret, la nostalgie d’un passé révolu :

« Que j’étais nostalgique ! Dévorée par la nostalgie du corps. L’endroit où la main de Piki venait décrocher mon cœur, et qui était alors d’un rouge à éblouir les doigts, la nostalgie l’avait changé en un lichen gris. Elle ne me laissait pas en paix, même si je faisais mon possible pour écarter de ma nouvelle vie tout ce qui pouvait me rappeler Piki ».

Dans ce roman, Sofi Oksannen a su traduire les émotions du corps dans un langage qui célèbre la vie et l’instant. Son sujet porte sur l’homosexualité féminine et elle l’aborde avec un langage cru sans jamais cependant tomber dans la description de scènes complaisantes. La dimension psychologique et la complexité des personnages sont toujours au rendez-vous. Sofi Oksannen torture son personnage : la narratrice au fil des pages laisse poindre non seulement une note de regret mais aussi une culpabilité qui endeuille sa vie. Le fantôme de Piki la visite jour et nuit et la rend impuissante face à l’effondrement de son monde. Le bonheur semble ne plus être possible.

Baby Jane est un roman à part dans les œuvres connues de cette auteure. C’est le seul récit où la dimension historique est absente. L’écriture est précise. L’épaisseur des personnages est mise en exergue. Cependant, le roman laisse le lecteur sur sa faim. Il pénètre peut-être moins dans la profondeur des choses et des êtres contrairement aux chefs-d’œuvre que Sofi Oksannen nous a offerts jusqu’à présent. Il est sans conteste que les recherches historiques et les problématiques liées à l’histoire de l’Estonie permettent à l’auteure de se démarquer de ses contemporains et de se façonner une originalité qui a contribué à faire d’elle une des grandes écrivaines actuelles.

 

Victoire Nguyen

 


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A propos de l'écrivain

Sofi Oksanen

Sofi Oksanen est une écrivaine finlandaise née à Jyväskylä le 7 janvier 1977 (34 ans) de père finlandais et de mère estonienne.

Son troisième roman, Puhdistus (Purge) a reçu de nombreux prix en Finlande et en France.

 


A propos du rédacteur

Victoire NGuyen

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Un peu de moi…

Je suis née au Viêtnam en 1972 (le 08 Mars). Je suis arrivée en France en 1982.

Ma formation

J’ai obtenu un Doctorat es Lettres et Sciences Humaines en 2004. J’ai participé à des séminaires, colloques et conférences. J’ai déjà produit des articles et ai été de 1998 – 2002 responsable de recherche  en littérature vietnamienne dans mon université.

Mon parcours professionnel

Depuis 2001 : Je suis formatrice consultante en communication dans le secteur privé. Je suis aussi enseignante à l’IUT de Limoges. J’enseigne aussi à l’étranger.

J'ai une passion pour la littérature asiatique, celle de mon pays mais particulièrement celle du Japon d’avant guerre. Je suis très admirative du travail de Kawabata. J’ai eu l’occasion de le lire dans la traduction vietnamienne. Aujourd’hui je suis assez familière avec ses œuvres. J’ai déjà publié des chroniques sur une de ses œuvres Le maître ou le tournoi de go. J’ai aussi écrit une critique à l’endroit de sa correspondance (Correspondance 1945-1970) avec Mishima, auteur pour lequel j’ai aussi de la sympathie.