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Au lac des bois, Tim O’Brien

Ecrit par Victoire NGuyen 16.04.15 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, USA, Gallmeister

Au lac des bois, mars 2015, traduit de l’Américain par Rémy Lambrechts, 310 pages, 11 €

Ecrivain(s): Tim O’Brien Edition: Gallmeister

Au lac des bois, Tim O’Brien

 

When it all falls apart


Les lecteurs assidus connaissent le nom de Tim O’Brien, écrivain américain qui a écrit des proses célèbres sur la guerre du Viêtnam. Son plus grand roman au titre percutant, Si je meurs au combat. Mettez-moi dans une boîte et renvoyez-moi à la maison, révèle toute l’ampleur et le traumatisme de cette guerre. Au lac des bois n’est pas seulement un roman sur un couple en crise car c’aurait été trop stéréotypé pour un auteur de son envergure. Tim O’Brien choisit un angle d’attaque plus complexe et plus ambigu : il offre au lecteur une histoire qui semble inachevée et à tiroirs. Ainsi, venus se reposer dans ce lieu calme et apaisant – et ce n’est que l’apparence – après une cuisante défaite politique, les Wade sont seuls, coupés du monde. Ils vivent en autarcie, en huis-clos et c’est peut-être pour cela que la tragédie arrive.

En effet, l’épouse disparaît et John devient le suspect idéal. Car qui est-il réellement ? Depuis la révélation de ses secrets inavouables : sa participation au crime de guerre de My Lai, John est mis à nu. Devant le miroir de la vérité, John ne peut plus fuir la réalité et le passé. Le magicien qu’il était et qui aimait refaire son monde à son image ne trouve plus de tour assez puissant pour refouler – au sens commun et aussi au sens psychanalytique du terme – l’événement traumatisant qui le réveille encore la nuit.

Le roman est à tiroirs car il faut prendre en compte les notes de bas de pages censées non seulement guider le lecteur mais à leur façon elles constituent d’autres récits, d’autres romans au sein d’un seul. D’aucuns peuvent croire que ces notes permettent d’éclaircir l’horizon du lecteur quant à la culpabilité de John. Mais il n’en est rien. Les notes soulignent tantôt à charge tantôt à décharge les contradictions de John. Comme à son habitude, Tim O’Brien se penche pour une tactique behavioriste pour expliciter le comportement humain et notamment celui des êtres souffrant de stress post-traumatiques. L’auteur attire son couple à l’écart, dans un lieu de silence où on perd pied. Le lac dont les eaux se reflètent au soleil est aussi un formidable endroit dans lequel on noie sa culpabilité, son amour perdu et peut-être soi-même à l’heure où la raison vacille et où on n’a plus de tour dans sa poche pour effacer, gommer l’innommable. N’est-ce pas là le drame de la vie de John Wade ? Finalement, il semble bien répondre à l’appel de sa destinée et de son nom : il « patauge » dans la fange du passé et ne trouve pas la sortie… Le lac recèle pour toujours ses secrets. Il fait resurgir le souvenir et les cris des victimes de My Lai. Il emporte dans sa tombe liquide une vie qui n’a plus rien à donner en terme de magie.

Alors, au final, qui a tué qui ? Quel est donc le coupable ? Kate est-elle encore vivante ? Et John Wade, où est-il donc ? A toutes ces questions, Tim O’Brien répondra … ou pas ? Fascinant et terrible roman !

 

Victoire Nguyen

 


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A propos de l'écrivain

Tim O’Brien

 

Tim O’Brien est né en 1946 dans le Minnesota. Il vit et enseigne aujourd’hui au Texas. Il a reçu le prestigieux National Book Award pour son roman écrit en 1973, Si je meurs au combat.

 


A propos du rédacteur

Victoire NGuyen

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Un peu de moi…

Je suis née au Viêtnam en 1972 (le 08 Mars). Je suis arrivée en France en 1982.

Ma formation

J’ai obtenu un Doctorat es Lettres et Sciences Humaines en 2004. J’ai participé à des séminaires, colloques et conférences. J’ai déjà produit des articles et ai été de 1998 – 2002 responsable de recherche  en littérature vietnamienne dans mon université.

Mon parcours professionnel

Depuis 2001 : Je suis formatrice consultante en communication dans le secteur privé. Je suis aussi enseignante à l’IUT de Limoges. J’enseigne aussi à l’étranger.

J'ai une passion pour la littérature asiatique, celle de mon pays mais particulièrement celle du Japon d’avant guerre. Je suis très admirative du travail de Kawabata. J’ai eu l’occasion de le lire dans la traduction vietnamienne. Aujourd’hui je suis assez familière avec ses œuvres. J’ai déjà publié des chroniques sur une de ses œuvres Le maître ou le tournoi de go. J’ai aussi écrit une critique à l’endroit de sa correspondance (Correspondance 1945-1970) avec Mishima, auteur pour lequel j’ai aussi de la sympathie.