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Arcanes majeurs, Silvaine Arabo par Parme Ceriset

Ecrit par Parme Ceriset 26.02.20 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

Arcanes majeurs, Silvaine Arabo Editions Alcyone novembre 2018, 83 pages, 21 €

Arcanes majeurs, Silvaine Arabo par Parme Ceriset

 

L’univers de Silvaine Arabo offre au lecteur une excursion poétique dont la beauté côtoie les rivages de l’absolu. Il s’agit d’une aventure mystérieuse, énigmatique, presque initiatique. L’auteure dessine de mot en mot, de souffle en souffle, les contours d’une mythologie qui lui est propre : «

On a des mots, des souffles autant dire : ce qui porte la vie

et qui germera. »

Par petites touches, comme une impressionniste du Verbe, la poète peint une fresque dont la magnificence appelle naturellement cette parole de René Char : « Dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la beauté, toute la place est pour la beauté ».

On perçoit à travers les images et les métaphores tissées à l’or fin un rapport mystique à la Nature, aux éléments et au grand Tout : « On est ce mica brûlant sur le sol de déserts », « On est tout, on n’est rien ».

Tout est déposé avec élégance et délicatesse, à l’encre d’une poésie scintillante qui n’est pas sans rappeler, pour la force d’évocation de ses images, pour leur richesse et leur caractère quasi prophétique, celle de Saint John Perse.

L’ouvrage, petit bijou merveilleusement illustré par des dessins de Claudine Goux qui font écho au texte, se divise en plusieurs parties qui se déroulent comme des paysages qui évolueraient sous le regard fasciné d’un randonneur, l’accompagnant dans son cheminement et dans sa contemplation méditative de la nature.

Ainsi, dans le Chant 1 notamment, on évolue à double sens entre l’enfance et l’âge adulte, avec un regard neuf qui permet de redécouvrir et de réinventer le rapport au Tout. On se laisse porter par l’atmosphère aquatique des mots et des métaphores, aussi naturellement qu’un fœtus évoluant dans le liquide amniotique maternel.

On se laisse bercer : « Averses de Colombes inondent les terrasses », « Des isthmes se rejoignent, des ponts surgissent (...) autres repères dans le Sans-Repère ».

L’exploration se poursuit dans la partie Sous-jacences qui évoque de manière poétique la trame souterraine du monde : « Tiges et nervures se dressent pour balbutier les lettres d’un alphabet souterrain », « ces éternités d’enfances où les petits chemins forés ne menaient nulle

part, c’est à dire de l’instant à l’instant ».

Pour retrouver son chemin par la suite et surtout pour « se trouver » lui-même, le lecteur n’aura qu’à suivre, à l’image du Petit Poucet, les mots égrenés par la poète tels des cailloux dans les Déserts, le Grand Nord, les Forêts, la Montagne, ou encore à suivre les Nuages, les Vents, l’Oiseau et les indices fournis par « le Roi », « la Mère », « le Mage »...

Elle délivre au lecteur les cartes qui lui permettront de décrypter les grands piliers et mouvements du monde qui l’entoure. On peut peut-être à ce propos établir un lien entre le titre du recueil « Arcanes majeurs » et

les arcanes majeurs du Tarot de Marseille dont la finalité est tournée vers la connaissance de soi et de l’environnement.

Pour celui qui aura réussi, en sortant de cette lecture, à extraire de la magie des mots leur substantifique moelle, la récompense sera de taille :

« Pour qui se trouve, c’est l’Anonyme, la densité du Sans-Nom, l’identité suprême sous la scorie des croûtes régaliennes. »

« A qui ne se perd est consenti le Chemin.»

En somme, une aventure délicieusement enrichissante à la fois intérieure et extérieure, qui ouvre les portes de l’infiniment grand et de l’infiniment petit...Un perpétuel émerveillement.

 

Parme Ceriset

 

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A propos du rédacteur

Parme Ceriset

 

Parme Ceriset une poétesse française contemporaine. Elle publie des textes et poèmes sur sur son blog "la plume Amazone", dans des revues de poésie dont Le Capital des mots, Lichen, et récemment dans l’Ardent Pays. Elle a fait paraître en juin 2019 le recueil de poèmes "N'oublie jamais la saveur de l'aube" qui a fait l'objet d'une chronique par Patrick Devaux dans la Cause littéraire. Elle a grandi avec une maladie rare, a exercé quelques temps en tant que médecin hospitalier puis a été sauvée par une greffe des poumons, après avoir passé quatre ans sous oxygène.