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52.dimanche (XLVII)

Ecrit par Didier Ayres 08.02.14 dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

52.dimanche (XLVII)

 

le chemin

permettez-moi d’emprunter le chemin au vocabulaire du promeneur, à différents titres

dans un premier temps, à cause de l’idée de quête, de but à atteindre qui sous-tend l’idée du chemin, sa traversée, ses paysages

puis, comme il fait coupure dans le bois ou dans la prairie, ses caractéristiques de séparation, de pont, le rapprochement que j’avais hier à l’esprit, en pensant au sujet qui m’occupe maintenant, me laisse la liberté de voir en ce chemin comme un trait, un trait peint, à l’exemple de ce style dont dissertent les manuels de peinture du 17ème siècle

en effet, cette séparation entre ce qui est la figure et ce qui ne l’est pas, tend à resserrer une forme contre un espace, autour d’une idée, une ligne qui dit parce qu’elle sépare

c’est la même chose avec le chemin, qui n’existe que par le moment haut où il est traversé, dans sa nature de coupure

écrire ressemble à ce chemin, car la réalité que découpe le chemin est cette réalité-là que découpe l’écriture

écrire est un effort de coupure, non seulement au sens propre, afin de retrancher pour parvenir à une phrase assez pure, mais aussi comme prise soudaine du réel dans une qualité qui en vérité ne lui appartient pas, de fait

ce faisant, le réel se mélange au langage pour l’augmenter de sa formule – et peut-être inversement

mais le chemin aussi, comme le sait si bien la peinture chinoise de montagne, est un espace qui ouvre la voie à la parole, qui pousse à discourir, sur le ciel, sur la terre, ou encore sur l’immobilité

pour ma part, je suis attiré par le pli, la pliure, la figure pliée, car j’y vois une opération physique d’un ordre métaphysique

dans cet ordre d’idée, le chemin sert moins la forêt que l’amitié du promeneur en sa vision d’homme qui passe

car nous ne sommes que des passants dans le choix du langage, hanté par la poétique de ce petit bétail qui paît le champ, et vient pour finir évoquer l’atmosphère bucolique de certains poèmes

 

Didier Ayres


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A propos du rédacteur

Didier Ayres

 

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Rédacteur

domaines : littérature française et étrangère

genres : poésie, théâtre, arts

période : XXème, XXIème

 

Didier Ayres est né le 31 octobre 1963 à Paris et est diplômé d'une thèse de troisième cycle sur B. M. Koltès. Il a voyagé dans sa jeunesse dans des pays lointains, où il a commencé d'écrire. Après des années de recherches tant du point de vue moral qu'esthétique, il a trouvé une assiette dans l'activité de poète. Il a publié essentiellement chez Arfuyen.  Il écrit aussi pour le théâtre. L'auteur vit actuellement en Limousin. Il dirige la revue L'Hôte avec sa compagne. Il chronique sur le web magazine La Cause Littéraire.