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Actes Sud

Pour seul cortège, Laurent Gaudé

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 29 Août 2012. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Pour seul cortège, Août 2012, 186 p. 18 € . Ecrivain(s): Laurent Gaudé Edition: Actes Sud

 

« Pas un bruit ne dérange l’immobilité de l’air. La tourbe jaune et épaisse des berges a des reflets de safran. Des felouques sont à quai. Le cortège tout entier doit traverser le fleuve. Elle se serre contre le catafalque. Elle ne veut pas le quitter… ». Tout Laurent Gaudé tient dans ces lignes ; tout son roman, aussi.

Une écriture d’un classicisme à la fois sobre et flamboyant ; bel usage d’une langue précise et musicale ; quelque part, un regard distancié, et au cœur des choses, un peu comme au théâtre. Scène visuellement présente : atmosphère, bruits, odeurs et couleurs ; peu de personnages, mais qu’on n’oubliera plus… Et si, dans Gaudé, étaient nos besoins essentiels en littérature ?

Il y a dans ce livre-là, qui pourrait bien être un de ses meilleurs, cette lumière si particulière à son œuvre ; celle des enfers, de la mer mangeuse d’émigrés ; celle de l’Afrique des grands rois de jadis ; et, bien sûr, de l’écrasante chaleur de l’été des Scorta… Ce livre-là pourrait bien être gros de tous les autres, en abîme, en écho… Chez Gaudé, plus qu’ailleurs, chaque livre est un fleuve qui déroule récit et personnages ; il faut fermer les yeux, écouter ; le plus beau geste du lecteur.

Tous les diamants du ciel, Claro

Ecrit par Yann Suty , le Lundi, 27 Août 2012. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Tous les diamants du ciel, 22 août 2012, 256 p. 20 € . Ecrivain(s): Claro Edition: Actes Sud

 

D’abord le style. La langue de Claro emporte tout sur son passage. C’est une déferlante d’images, de formules. Il y a quelque chose d’éminemment musical, mais aussi une scansion, une incantation, comme si Claro plaidait une cause. Quelle cause ? Celle de la littérature qui invente et réinvente le langage, qui sculpte les mots, joue avec, et qui nous étourdit.

Comme Claro le dit lui-même (voir interview), il ne veut pas seulement proposer une lecture, il veut aussi faire vivre une expérience au lecteur. Il le transporte dans un monde, son monde. L’un de ses sujets est le LSD et il donne l’impression d’avoir écrit un livre « sous » LSD. Il y a quelque chose de très expérimental dans le livre, mais l’expérimentation ne prend pas le pas sur la compréhension, le sens du récit, le rythme. Rien n’est gratuit. Les belles phrases ne sont pas seulement là pour être belles mais sont toujours au service de l’histoire. Et quelle histoire !

Tous les diamants du ciel commence là où le précédent ouvrage de l’auteur, CosmoZ, s’achevait. Le début des années 50. Claro retrace l’histoire d’un monde, en l’occurrence celui des Trente Glorieuses : il sera question de la Guerre d’Algérie, de la bombe atomique, de la CIA, de la guerre froide, du péril rouge, de la libération sexuelle, de la conquête de la lune…

Cosmoz, Claro

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 03 Août 2012. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Cosmoz, 2011, 490 p. . Ecrivain(s): Claro Edition: Actes Sud

Cosmoz débute comme une biographie de Franck L. Baum, l’auteur du Magicien d’Oz. Publié en 1900, le livre connaîtra à nouveau le succès 39 ans plus tard grâce à son adaptation ciné par Victor Fleming, avec Judy Garland et la fameuse chanson Over the rainbow. Selon la bibliothèque du Congrès américain, le film serait celui qui a été le plus vu au monde.

A huit ans, Baum est atteint d’une tumeur à la langue qui lui fait faire des cauchemars au cours desquels lui apparaissent certains des personnages qui nourriront plus tard son œuvre : il y a la jeune Dorothy et son chien Toto, mais aussi l’épouvantail, le bonhomme en fer-blanc, un lion poltron, ainsi que la sorcière de l’Ouest et quelques Munchkins.

Cette biographie prend rapidement ses aises avec la réalité si bien qu’on en vient à soupçonner qu’elle n’est pas vraiment ce qu’elle prétend être. Ainsi, quand le médecin perce la tumeur du futur auteur, une brume envahit la pièce et voilà sa secrétaire tout excitée et qui se rue sur lui pour lui faire l’amour.

Plus tard, la tumeur apparaît à Baum ornée de facettes, elle prend l’allure d’une lanterne magique, puis de lèvres qui se mettent tout à coup à pousser la chansonnette. Et c’est Somewhere over the rainbow qui jaillit.

Les figues rouges de Mazâr, Mohammad Hossein Mohammadi

Ecrit par Laetitia Nanquette , le Vendredi, 20 Juillet 2012. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Asie, Nouvelles

Les Figues rouges de Mazâr, trad. du persan (Afghanistan) par Azita Hempartian, 2012, 144 p. 18,00 € . Ecrivain(s): Mohammad Hossein Mohammadi Edition: Actes Sud

 

Les quatorze nouvelles qui forment ce recueil tissent un fil rouge de douleur et de sang, dessinant les malheurs de l’Afghanistan en guerre. On y rencontre des enfants assistant à la mise à mort de leur grand-père, une femme qui se prostitue pour faire vivre sa famille, un vieillard qui attend le retour de son fils parti à la guerre, des morts-vivants qui reviennent sur le lieu de leur exécution, une jeune femme qui a peur de son frère que la guerre a transformé en barbu hirsute, des mendiants. Ces récits dressent le portrait terrible d’une société où la guerre et la violence régissent tous les rapports humains.

Une nouvelle très forte décrit l’enfer de prisonniers talibans enfermés par les soldats américains dans un conteneur et roulant sous le soleil du désert. Dans le conteneur, l’un d’eux est encore vivant, et raconte la scène d’horreur, jusqu’à ce qu’il soit enterré vivant avec les autres prisonniers ayant succombé. « Je sens le goût salé du sang qui coule entre mes lèvres et dans ma bouche. C’est mon propre sang. J’arrête alors de cogner et je goûte mon sang, j’avale le liquide tiède et salé. Je lèche mes lèvres et je bois le sang qui dégouline de ma tête. Mon gosier se rafraîchit, je vais pouvoir mieux crier. Je crie, je crie, je crie, je crie… puis je me calme et j’écoute les bruits qui meurent petit à petit. Mon regard erre de tous côtés dans le noir. Quelqu’un récite toujours le Coran ».

Une étrange histoire d'amour, Luigi Guarnieri

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 12 Juillet 2012. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Italie

Une étrange histoire d’amour. trad. italien Marguerite Pozzoli. mai 2012. 220 p. 21,80 € . Ecrivain(s): Luigi Guarnieri Edition: Actes Sud

Si vous aimez les vents et marées du grand romantisme, voici un roman, de haute tenue, qui va vous embarquer loin des bonaces !

Le thème pourrait tromper cependant. Les trois héros de cette histoire forment un très classique trio amoureux. Un couple marié, un jeune amant éperdu d’amour pour l’épouse. Mais quand vous saurez les noms des protagonistes vous commencerez à vous douter de la vague tumultueuse qui va s’écraser. Le jeune homme s’appelle Johannes Brahms. Le couple c’est Robert et Clara Schumann !

Le jeune « Hannes », éperdu – tout d’abord – d’admiration pour son maître spirituel, se présente un jour de septembre 1853 au domicile des Schumann. S’en suivra une relation passionnelle incandescente et – nous sommes en pleine époque romantique – destructrice. Maître/élève d’abord, avec les oscillations consubstantielles inscrites dans ce couple de forces : admiration, respect, amour « paternel » et « filial », jalousies, haine. Un déferlement ravageur, qui va emmener les deux hommes dans ses eaux tumultueuses. Et puis, bien sûr, l’amour foudroyant du jeune Johannes pour la belle, l’intelligente, la « royale » Clara Schumann. Elle est alors la pianiste la plus connue dans le monde, adulée, ovationnée, demandée partout et par tous !