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Actes Sud

Bonita Avenue, Peter Buwalda

Ecrit par Yann Suty , le Mardi, 12 Mars 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Roman

Bonita Avenue, traduit du néerlandais par Arlette Ounanian Février 2013, 514 p. 23,80 € . Ecrivain(s): Peter Buwalda Edition: Actes Sud

 

Sigerius a été l’un des meilleurs judokas des Pays-Bas. C’est aussi un intellectuel, un mathématicien de génie qui a reçu le prix Fields, l’équivalent du Prix Nobel pour les mathématiques. Il est « le scientifique préféré des Néerlandais ». Il devient le recteur d’une université et, bientôt, c’est à des responsabilités gouvernementales qu’il pourrait être appelé.

C’est ainsi qu’Aaron présente celui qui fut son beau-père. Son beau-père, mais néanmoins ami avec lequel il partage l’amour du judo – les deux hommes s’entraînent ensemble plusieurs fois par semaine –, mais aussi celui du jazz.

Aujourd’hui, Aaron ne va pas bien. Pour le plus grand monde, il est même un « fou patenté ». Il est psychotique.

« D’après son médecin traitant, c’était un patient qui reconnaissait et admettait son mal – ce qui signifiait qu’il avalait ses capsules de son plein gré –, et donc, jugé apte à vivre de manière autonome. Mais il ne fallait pas lui en demander davantage. Il était absolument dépourvu d’ambition. Son mot d’ordre désormais était “éviter”, éviter les excitations, éviter les tensions, éviter tout ce qui pourrait le pousser à ne plus éviter ».

Roma/Roman, Philippe de la Genardière

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 11 Mars 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Roma-Roman, février 2013, 310 pages, 21,90 € . Ecrivain(s): Philippe de la Genardière Edition: Actes Sud

 

Pensionnaire de la Villa Médicis au milieu des années 1980, Philippe de la Genardière revient sur les lieux de manière romanesque avec Roma-Roman, un livre dédié à Alain Resnais dont le titre renvoie aux heures de gloire du cinéma. Et L’année dernière à Marienbad, film réalisé à partir du « ciné-roman » d’Alain Robbe-Grillet, qui immortalisa l’image de Delphine Seyrig, vient y articuler toute une mise en abyme permettant à l’auteur de déstructurer le temps pour retrouver des « strates enfouies » et d’explorer le rapport de la fiction au réel dans l’art cinématographique comme dans la littérature.

Adrien qui vingt ans auparavant avait tourné dans cette villa romaine « Ciné-roman », sorte de remake plus solaire du célèbre film de Resnais, invite Ariane et Jim, les deux acteurs qui en étaient les héros, à une petite fête commémorative sur ce lieu magique. Bon vivant amateur de belles femmes, il n’avait pas eu à l’époque l’aventure désirée avec sa jeune actrice tandis que Jim, devenu depuis écrivain, avait été son amant. Quant à Ariane, « petite nymphomane » malmenée par ce metteur en scène tyrannique, elle avait abandonné son métier après le film.

Profanes, Jeanne Benameur

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 27 Février 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Profanes, janvier 2013, 288 p., 20 € . Ecrivain(s): Jeanne Benameur Edition: Actes Sud

Avec Profanes, Jeanne Benameur signe un livre étonnant à tout point de vue remarquable, un livre vibrant et chaleureux, revigorant, qui vient à la rencontre du lecteur pour lui faire partager cette « émotion du monde », cette passion de la vie qui semble la sienne. Elle lui conte pourtant une bien curieuse histoire tournant autour de la mort accidentelle d’une jeune fille, et de son père qui ne s’est jamais remis de ce drame. Chirurgien aguerri, il n’avait pas osé à l’époque prendre le risque d’opérer lui-même sa fille. Sa femme  ne lui avait pas pardonné et l’avait quitté…

Tous les ingrédients d’un mélo sont là mais Jeanne Benameur n’a pas la plume complaisante et ce n’est manifestement pas ce qui intéresse cette auteure qui paraît s’exprimer par la voix de son héros : « Ce n’est pas la mort qui m’intéresse, c’est la vie. Le sacré (…) ce qui relie les deux ». Le sacré, un mot qui n’est pas pour elle réservé à la religion et désigne quelque chose d’inconnu qui dépasse l’homme sans pour autant lui être extérieur, quelque chose se trouvant « au cœur-même de l’homme » détenteur d’une parcelle de divin et donc gardien du temple avec ses semblables. Ainsi, ce livre émancipateur qui s’attaque au paradoxe de la vie et de la mort et célèbre le culte de la « vie trébuchante » en mettant en scène des Profanes s’adresse-t-il à des « âme[s] imparfaite[s] », à « des hommes et des femmes » qui comme eux doutent et peuvent tous néanmoins « approcher ce qui fait le cœur de la vie ».

L'ange Esmeralda, Don DeLillo

Ecrit par Yann Suty , le Mardi, 26 Février 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Nouvelles

L’Ange Esmeralda (The Angel Esmeralda: Nine Stories), traduit (USA) Marianne Véron, 252 p. 21,80 € . Ecrivain(s): Don DeLillo Edition: Actes Sud

 

L’Ange Esmeralda est un recueil de nouvelles écrites par Don DeLillo entre 1979 et 2011. A côté de ses romans, l’occasion nous est donnée d’apprécier une autre facette du talent de l’auteur, sur des formats courts, facette que l’on avait déjà pu découvrir avec son dernier ouvrage, Point Oméga, une novella déjà bien moins longue que ses habituels écrits.

DeLillo est aussi brillant en novelliste qu’en romancier par sa capacité à planter le décor, d’incarner des personnages, et de créer une tension avec peu d’effets.

L’Ange Esmeralda est un concentré de Don DeLillo, une sorte de miroir de son œuvre, une évocation de ses thématiques. Comme ses romans, les neuf nouvelles de ce recueil sont tantôt brillantes, ultra brillantes, avec leur écriture précise, mais tantôt aussi un peu poussives, à cause d’une certaine tendance à la pseudo philosophie, de dialogues un peu théoriques, pleins de formules, de sentences dont l’auteur a parfois tendance à abuser (mais c’est ce qui fait aussi son charme et pourquoi on l’aime).

Cristallisation secrète, Yôkô Ogawa

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 22 Février 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Japon

Cristallisation secrète, traduit du japonais par Rose-Marie Makino, Babel mars 2013, 384 p. 8,70 € . Ecrivain(s): Yôko Ogawa Edition: Actes Sud

 

Effacement

 

Lorsqu’on lit Cristallisation secrète, on ne peut s’empêcher de penser à Je suis une légende, Le château de Kafka ou encore La métamorphose. On trouve aussi des convergences avec Rhinocéros de Ionesco. Ceci s’explique peut-être par les thématiques évoquées.

La narratrice, romancière elle aussi, vit sur une île dont on ne connaît pas le nom (sans doute parce qu’il s’est effacé des mémoires des insulaires depuis la nuit des temps…), assiste, impuissante, à la disparition des objets du quotidien qui surviennent sans crier gare. L’étrangeté de la chose réside dans l’indifférence générale lorsque se produit l’événement. Personne ne dit rien. Au contraire, tout le monde s’active à chasser l’objet disparu de sa mémoire de sorte qu’il devient inconsistant et innommable par la suite. En effet, il s’ensuit un effacement de l’objet : son nom, sa forme et sa fonction n’évoquent plus rien pour personne. Il n’a plus d’existence car on ne se souvient pas de lui.