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Actes Sud

Cristallisation secrète, Yôkô Ogawa

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 22 Février 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Japon

Cristallisation secrète, traduit du japonais par Rose-Marie Makino, Babel mars 2013, 384 p. 8,70 € . Ecrivain(s): Yôko Ogawa Edition: Actes Sud

 

Effacement

 

Lorsqu’on lit Cristallisation secrète, on ne peut s’empêcher de penser à Je suis une légende, Le château de Kafka ou encore La métamorphose. On trouve aussi des convergences avec Rhinocéros de Ionesco. Ceci s’explique peut-être par les thématiques évoquées.

La narratrice, romancière elle aussi, vit sur une île dont on ne connaît pas le nom (sans doute parce qu’il s’est effacé des mémoires des insulaires depuis la nuit des temps…), assiste, impuissante, à la disparition des objets du quotidien qui surviennent sans crier gare. L’étrangeté de la chose réside dans l’indifférence générale lorsque se produit l’événement. Personne ne dit rien. Au contraire, tout le monde s’active à chasser l’objet disparu de sa mémoire de sorte qu’il devient inconsistant et innommable par la suite. En effet, il s’ensuit un effacement de l’objet : son nom, sa forme et sa fonction n’évoquent plus rien pour personne. Il n’a plus d’existence car on ne se souvient pas de lui.

Deux étrangers, Emilie Frèche

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 18 Février 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Deux étrangers, janvier 2013, 288 p., 21 € . Ecrivain(s): Emilie Frèche Edition: Actes Sud

 

Deux étrangers, le dernier roman d’Emilie Frèche témoigne du métier de ce jeune et prolixe écrivain qui assurément sait raconter des histoires. Tout en brassant de nombreux thèmes annexes, il a pour sujet central la transmission, la reproduction et l’héritage, dans le cadre de la famille, ce lieu où se forgent des destins individuels s’inscrivant dans une lignée.

Après une enfance douloureuse, traumatisée par les humiliations et les violences verbales d’un père dominateur et la lâche soumission amoureuse de sa mère à cet homme tyrannique, Elise, la narratrice, s’est en apparence dégagée de l’emprise paternelle et le noyau familial originel s’est délité. Avec Simon et ses deux enfants, elle a construit son propre foyer, veillant à se démarquer du modèle parental, tandis que son frère, si complice autrefois, s’éloignait d’elle. Son père, lui, s’est installé au Maroc suite au décès de sa femme. Séparés par une mer et sept ans de silence, le père et la fille sont devenus des étrangers.

Pour seul cortège, Laurent Gaudé (2ème recension)

Ecrit par Victoire NGuyen , le Lundi, 11 Février 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Pour seul cortège, août 2012, 186 p. 18 € . Ecrivain(s): Laurent Gaudé Edition: Actes Sud

A qui appartiens-tu Alexandre ?

 

Il existe chez Laurent Gaudé une volonté d’extirper ses personnages du temps et de l’Histoire. Le lecteur le remarque déjà avec son remarquable roman La mort du roi Tsongor. Dans Pour seul cortège, il ne dévie pas de cette envie. Mieux encore, l’auteur réussit son pari en empruntant à l’Histoire l’un de ses plus grands conquérants, Alexandre, pour faire de lui un héros, un mythe au même titre qu’Achille ou Hector.

Le roman prend ses sources dans l’Histoire mais pour mieux se démarquer d’elle. C’est pourquoi la subtilité de Laurent Gaudé est d’écrire son récit au moment où Alexandre s’effondre, victime d’un empoisonnement. L’auteur choisit cette thèse (bien qu’elle soit contestée de nos jours) pour accélérer la chute de l’empire qui semble, si on se réfère au temps du récit, se faire en quelques jours. L’agonie d’Alexandre se fait en trois jours, s’ensuit ensuite le meurtre d’une de ses épouses. Cette mort ouvre une nouvelle ère : celui du soupçon et des massacres. Les rivalités entre les généraux et les règlements de comptes constituent l’arrière-fond du roman.

Potentiel du sinistre, Thomas Coppey

Ecrit par Stéphane Bret , le Lundi, 04 Février 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Potentiel du sinistre, février 2013, 215 pages, 19 € . Ecrivain(s): Thomas Coppey Edition: Actes Sud

 

Les romans décrivant le monde du travail, ses rouages implacables, les douleurs innombrables engendrées par les fermetures de sites, les restructurations à répétition, se multiplient dans la littérature française. C’est un signe de vitalité et de lucidité. Dans ce courant de la description sociale et aussi sociologique s’inscrit le roman de Thomas Coppey, Potentiel du sinistre, d’ores et déjà très prometteur.

Chanard, le personnage principal du roman est ingénieur financier. Il est dynamique, professionnel, compétent dans sa spécialité ; il ne manque donc pas l’entretien d’embauche du Groupe. C’est ainsi que se nomme l’entreprise qui va l’employer, comme pour en souligner le caractère anonyme et substituable. Chanard est marié à Cécile qui travaille pour la Société, autre nom générique donné à son employeur. Les collègues présentés à Chanard dès sa prise de fonction correspondent grosso modo à des archétypes de comportements :

Une folle en liberté, Beate Grimsrud

Ecrit par Christian Massé , le Lundi, 21 Janvier 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Roman

Une folle en liberté, traduit du norvégien par Alex Fouillet, 2012, 445 p. 24 € . Ecrivain(s): Beate Grimsrud Edition: Actes Sud

 

Tu sais, quand je me suis réveillée vers trois heures du matin, j’ai regardé ma main droite et j’ai senti très nettement que mes cinq doigts, c’est moi. Espen, Emil, Erik, le prince Eugen et Eli. Espen, c’est le petit doigt, mais je ne sais pas si c’est Erik ou Eli dans l’index. Ça me rend furieuse…

Espen est le personnage populaire que personne ne veut jouer au théâtre dans une pièce où son rôle serait le principal. C’est lui qui décide de tout et qui vient dans les larmes des autres. Espen pleure souvent dans les yeux de la narratrice. Surtout quand elle est en détention préventive. Emil est celui qui pense que tant qu’on peut jouer au football, rien de grave ne peut arriver. La narratrice écrit souvent son nom en grosses lettres enfantines sur son cahier. Erik est celui qui est là où le monde n’est pas. Exclu de lui-même, il donne des coups de pied et boxe dans le vide. Il a seize ans, comme la narratrice. C’est un rebelle qui lui ordonne parfois de casser des bouteilles. Retenu en détention avec elle, il est obsédé par l’idée d’aller chercher le nouveau costume d’Eugen. Le prince Eugen veut à tout prix que la narratrice doit montrer qui elle est vraiment. Il ne cesse de le lui répéter. Enfin, Eli : Eli en hébreu veut dire « mon Dieu ». C’est à la fois un nom de fille et un nom de garçon. Elle est venue en Suède pour aller dans une université populaire.