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Actes Sud

Jerusalem, Justine Augier

Ecrit par Stéphane Bret , le Samedi, 25 Mai 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Histoire

Jerusalem, Mai 2013, 164 p. 18 € . Ecrivain(s): Justine Augier Edition: Actes Sud

 

Il est toujours périlleux de confronter des points de vue portant sur des sujets d’une actualité brûlante. C’est le cas du conflit israélo-palestinien, et de la ville de Jérusalem, de son statut territorial et politique qui cristallise si aisément les passions. Justine Augier, qui a vécu cinq ans dans cette ville, échappe à cet écueil dans son dernier ouvrage intitulé justement : « Jérusalem ».  Elle évoque, à travers les récits de quatre personnages nommés chacun par une initiale, E. ; S., N. ; O. ; des aspects de la vie dans la ville, des périodes de l’histoire de cette région, la Palestine et l’état d’Israël, qui, toutes, prêtent à controverse, ou sont largement emblématiques de l’état du conflit proche-oriental.

Pour accentuer l’effet de distanciation, de regard critique, ou peut-être de mise en perspective, Justine Augier ajoute des citations d’écrivains, certains issus de la région, comme Amos Oz, Aaron Appelfeld, ou encore Mahmoud Darwich, Elias Sanbar. Tout  y est traité : l’évolution de l’état hébreu, la situation de la ville de Jérusalem, avant et après  la guerre des Six Jours, la persistance de la guerre dans l’histoire israélienne, un certain conformisme conduisant à l’uniformité des conduites en Israël.

Théâtre complet, Sénèque

Ecrit par Didier Bazy , le Jeudi, 09 Mai 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Théâtre

Sénèque Théâtre complet, Actes Sud Thésaurus, 2012, 900 pages, 29,00 € (réédition de) Les tragédies de Sénèque, traduction de Florence Dupont, aux éditions de l’Imprimerie Nationale, coll. Le spectateur français, 2 vol. 1991 et 1992 . Ecrivain(s): Sénèque Edition: Actes Sud

 

H. Berthaut et Ch. Georgin, universitaires savants fort futés, écrivaient à propos du théâtre de Sénèque dans Histoire illustrée de la littérature latine (destinée à la jeunesse !!) (Hatier, 1925) : « L’action y est à peu près nulle, les caractères faux et outrés. Les descriptions rapportées, les monologues déclamatoires, les récits démesurés remplacent l’intrigue absente. Le goût est détestable, etc. ». Inutile de chercher sur Gogol : Bergin et Georthaut. Un tel envoi imprimé n’exprime que les renvois qu’ils suscitent. Pâle et sinistre illustration de l’oubli séculaire du théâtre de Sénèque. Borgeot et Gerthin : aux oubliettes !

Qui peut lire d’une traite les neuf cents pages de neuf pièces de théâtre de Sénèque ? La fin n’est pas là : le but du trésor – et les fesse-mathieu le savent bien – réside dans son inaccessibilité ! Les trésors se méritent et les îles, aussi, dérivent.

Sénèque, tragédien et philosophe, philosophe et tragédien, pose sans cesse et partout dans ses œuvres la question : comment échapper au fatum du theatrum mundi ?

Chronique d'hiver, Paul Auster

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 28 Mars 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Chronique d’hiver (Winter Journal 2012) trad. USA Pierre Furlan mars 2013. 252 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Paul Auster Edition: Actes Sud

 

Régulièrement, Paul Auster pose un regard dans son œuvre sur le chemin de vie parcouru. Dans l’invention de la solitude, le Carnet rouge, le diable par la queue il nous donnait des époques, des clés qui ouvraient à la fois la compréhension d’une vie mais aussi et surtout d’une œuvre. Chronique d’hiver est donc dans cette scansion itérative de l’œuvre d’Auster. Mais avec cette chronique, Paul Auster prend un chemin nouveau. Il semble clore comme un bilan. Qu’on se rassure, loin d’être complet, loin d’être systématique, loin même d’être ordonné !

Le premier trait de ce « bilan » est justement le désordre. Point de chronologie d’ensemble, des moments, pris semble-t-il au hasard mais on sait, avec Auster, que rien n’est au hasard. Disons qu’il s’agit plutôt d’une parole libre, à la façon de celle qu’on tient devant un psychanalyste. Un lien peu apparent, mais d’autant plus fort entre les séquences de parole. Paris, l’enfance, la mère, aujourd’hui, puis de nouveau Paris, les femmes – deux femmes surtout, La mère et Siri * – l’enfance encore … Auster enchaîne les bribes de souvenirs comme des inventaires : inventaires des lieux habités, inventaire des voyages à travers les USA et le monde, inventaire des femmes, des morts.

A propos du roman, Paul Gadenne

Ecrit par Christian Massé , le Mardi, 26 Mars 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres

A propos du roman, 130 pages . Ecrivain(s): Paul Gadenne Edition: Actes Sud

 

« Je ne puis parler de mes romans à personne durant le temps où je les compose. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas de l’ordre du langage parlé. Je ne vois mes personnages, je ne les entends, que dans le silence intérieur ».

Un sujet de roman n’existe pas quelque part en dehors de son auteur. Ce n’est pas une marchandise ramassée dans un supermarché… Le sujet trouve son auteur, oui, comme une sorte de présence qui l’envahit. Une idée se dépose un jour en lui, le féconde, devient consubstantielle à lui. C’est une graine qui est tombée sur le sol qui est sien par nature, et cela fait un livre. « Pourquoi écrire, si ce n’était pour nous délivrer de notre présence ? » (à ce sujet, à cette graine).

Une force nous pousse à écrire : le besoin de traduire la vie. Traduire, au sens propre du mot, c’est faire passer la fameuse graine d’un état à un autre. Traduire la vie, c’est tenter d’en changer la nature – de la faire nôtre. C’est essayer de la dominer, en nous en appropriant la substance. Ecrire, c’est une façon de nous assurer une certaine emprise sur les choses, par la conscience que nous en avons un instant. Est-il besoin d’ajouter que c’est d’abord pour soi que l’on écrit ? Se plaçant devant sa page blanche, l’écrivain ne se place d’abord que devant lui-même. Tant mieux si, après coup, il trouve un public.

Cherchez la femme, Alice Ferney

Ecrit par Olivier Bleuez , le Lundi, 25 Mars 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Cherchez la femme, mars 2013, 560 pages, 23,50 € . Ecrivain(s): Alice Ferney Edition: Actes Sud

 

Il est possible d’être captivé par ce livre, de s’y enfoncer comme dans une espèce d’expérience. Cette dimension d’expérience est prégnante car la narratrice observe un mélange de caractères humains, presque comme une scientifique qui pourrait prédire les comportements en fonction de données initiales… On observe comment chacun, avec son caractère déterminé par l’influence de ses parents, ne peut pas échapper à certaines conduites et ne peut aider l’autre qu’à la mesure de ses propres défaillances. Alice Ferney décrit à quel point les défaillances des parents peuvent créer des traits de caractère chez leurs enfants, traits quasi- définitifs et figés.

Plus précisément, c’est la description en détails d’un couple que nous livre l’auteur : celui de Serge et Marianne. De la rencontre à la vie ensemble, de l’idylle aux reproches irréversibles. Le livre commence par la description de la formation du couple des parents de Serge, Vladimir et Nina. La jeune Nina, happée par un mariage qui l’enfermera dans le rôle de la mère au foyer. Rôle qu’elle n’est pas capable d’assurer sans faire de dégâts sur Serge, son fils aîné, justement parce qu’elle n’a pas vécu de transition entre la jeunesse et l’âge adulte :