Identification

Actes Sud

Pour seul cortège, Laurent Gaudé (2ème recension)

Ecrit par Victoire NGuyen , le Lundi, 11 Février 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Pour seul cortège, août 2012, 186 p. 18 € . Ecrivain(s): Laurent Gaudé Edition: Actes Sud

A qui appartiens-tu Alexandre ?

 

Il existe chez Laurent Gaudé une volonté d’extirper ses personnages du temps et de l’Histoire. Le lecteur le remarque déjà avec son remarquable roman La mort du roi Tsongor. Dans Pour seul cortège, il ne dévie pas de cette envie. Mieux encore, l’auteur réussit son pari en empruntant à l’Histoire l’un de ses plus grands conquérants, Alexandre, pour faire de lui un héros, un mythe au même titre qu’Achille ou Hector.

Le roman prend ses sources dans l’Histoire mais pour mieux se démarquer d’elle. C’est pourquoi la subtilité de Laurent Gaudé est d’écrire son récit au moment où Alexandre s’effondre, victime d’un empoisonnement. L’auteur choisit cette thèse (bien qu’elle soit contestée de nos jours) pour accélérer la chute de l’empire qui semble, si on se réfère au temps du récit, se faire en quelques jours. L’agonie d’Alexandre se fait en trois jours, s’ensuit ensuite le meurtre d’une de ses épouses. Cette mort ouvre une nouvelle ère : celui du soupçon et des massacres. Les rivalités entre les généraux et les règlements de comptes constituent l’arrière-fond du roman.

Potentiel du sinistre, Thomas Coppey

Ecrit par Stéphane Bret , le Lundi, 04 Février 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Potentiel du sinistre, février 2013, 215 pages, 19 € . Ecrivain(s): Thomas Coppey Edition: Actes Sud

 

Les romans décrivant le monde du travail, ses rouages implacables, les douleurs innombrables engendrées par les fermetures de sites, les restructurations à répétition, se multiplient dans la littérature française. C’est un signe de vitalité et de lucidité. Dans ce courant de la description sociale et aussi sociologique s’inscrit le roman de Thomas Coppey, Potentiel du sinistre, d’ores et déjà très prometteur.

Chanard, le personnage principal du roman est ingénieur financier. Il est dynamique, professionnel, compétent dans sa spécialité ; il ne manque donc pas l’entretien d’embauche du Groupe. C’est ainsi que se nomme l’entreprise qui va l’employer, comme pour en souligner le caractère anonyme et substituable. Chanard est marié à Cécile qui travaille pour la Société, autre nom générique donné à son employeur. Les collègues présentés à Chanard dès sa prise de fonction correspondent grosso modo à des archétypes de comportements :

Une folle en liberté, Beate Grimsrud

Ecrit par Christian Massé , le Lundi, 21 Janvier 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Roman

Une folle en liberté, traduit du norvégien par Alex Fouillet, 2012, 445 p. 24 € . Ecrivain(s): Beate Grimsrud Edition: Actes Sud

 

Tu sais, quand je me suis réveillée vers trois heures du matin, j’ai regardé ma main droite et j’ai senti très nettement que mes cinq doigts, c’est moi. Espen, Emil, Erik, le prince Eugen et Eli. Espen, c’est le petit doigt, mais je ne sais pas si c’est Erik ou Eli dans l’index. Ça me rend furieuse…

Espen est le personnage populaire que personne ne veut jouer au théâtre dans une pièce où son rôle serait le principal. C’est lui qui décide de tout et qui vient dans les larmes des autres. Espen pleure souvent dans les yeux de la narratrice. Surtout quand elle est en détention préventive. Emil est celui qui pense que tant qu’on peut jouer au football, rien de grave ne peut arriver. La narratrice écrit souvent son nom en grosses lettres enfantines sur son cahier. Erik est celui qui est là où le monde n’est pas. Exclu de lui-même, il donne des coups de pied et boxe dans le vide. Il a seize ans, comme la narratrice. C’est un rebelle qui lui ordonne parfois de casser des bouteilles. Retenu en détention avec elle, il est obsédé par l’idée d’aller chercher le nouveau costume d’Eugen. Le prince Eugen veut à tout prix que la narratrice doit montrer qui elle est vraiment. Il ne cesse de le lui répéter. Enfin, Eli : Eli en hébreu veut dire « mon Dieu ». C’est à la fois un nom de fille et un nom de garçon. Elle est venue en Suède pour aller dans une université populaire.

Le char de Jagannath et autres nouvelles, Mahasweta Devi

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 12 Janvier 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Asie, Nouvelles

Le Char de Jagannath et autres nouvelles, traduit du bengali par Claude Basu, novembre 2012, 233 p. 22 € . Ecrivain(s): Mahasweta Devi Edition: Actes Sud

 

En ces derniers jours de 2012, le viol collectif de Delhi fait une sinistre Une ; la jeune étudiante à qui la police avait proposé d’épouser un de ses agresseurs, « pour éviter la honte », s’est suicidée, et l’Inde a annulé les festivités du Nouvel An… L’immense pays-continent, la plus grande démocratie du monde continue de présenter alternativement sa facette ultra moderne, mais, plus encore, ses archaïsmes venus du fond des âges. Un Janus qui, souvent, a l’image de la femme…

C’est ainsi que le livre de Mahasweta Devi prend, dans cet étrange hiver, une couleur si particulière.

Auteur parmi les plus lus, en Inde, cette vieille dame de plus de quatre-vingts ans ne cesse, comme la roue du char de Jagannath de la mythologie, de mettre en scène la femme indienne, d’hier, et surtout d’aujourd’hui ; la vie, la famille, les hommes, le travail et tous les enfants de ce pays unique et dérangeant. Les luttes – est-il besoin de le dire ! sont au cœur de ses livres, comme autant de drapeaux et d’actes militants. Dans celui-ci, écrit avant le drame de Delhi, c’est à l’évidence le nom de l’étudiante qu’on aurait pu trouver en exergue du recueil de nouvelles, à moins qu’une histoire de plus n’en ait fait sa triste héroïne…

Nouvelles du pays, Sefi Atta

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 13 Novembre 2012. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Afrique, Nouvelles

Nouvelles du pays. Trad. Anglais (Nigéria) Charlotte Woillez. Novembre 2012. 359 p. 23 € . Ecrivain(s): Sefi Atta Edition: Actes Sud

L’écriture de Sefi Atta relève de l’extraordinaire, rien moins. On sourit, on rit franchement, à chaque histoire, à chaque page souvent et pourtant, peu à peu, presque sans s’en apercevoir, le lecteur est bouleversé jusqu‘au fond de l’âme par ces nouvelles qui racontent la misère de l’Afrique, la double misère des femmes africaines, la triple misère des femmes africaines et musulmanes.

Souffrances itinérantes et universelles, que ces femmes soient au pays – alors objets de toutes les maltraitances de la vie, de la culture locale et des hommes - ou émigrées dans les pays développés - objets alors des humiliations et de l’exploitation économique et sexuelle - ou encore marginales par désespoir, comme cette femme inoubliable de la nouvelle intitulée « Dernier voyage » et qui passe de la cocaïne du Nigéria en Angleterre par avion, en avalant des dizaines de sachets de caoutchouc remplis de blanche qu’elle évacuera à l’arrivée par des « voies naturelles » :

 

« Elle doit faire attention avec l’huile : s’il y en a trop, son ventre risque de sécréter des sucs gastriques et de dissoudre le latex. Les sachets sont trop gros, pas faciles à avaler. Quand ils descendent, ses oreilles se bouchent, sa poitrine se contracte. »