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Actes Sud

Le sang des fleurs, Johanna Sinisalo

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 25 Juin 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Roman

Le sang des fleurs, traduit du finnois par Anne Colin Du Terrail, mai 2013, 285 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Johanna Sinisalo Edition: Actes Sud

 

 

Jamais avant le coucher du soleil et le magique Oiseau de malheur, qu’on avait adorés, font qu’on sait dans quel rayon on va se trouver, avec Sinisalo – une des plus belles plumes du Nord. On s’y précipite, comme un enfant dans le magasin de jouets : on piaffe un peu ; on veut « le même » en tout neuf, avec quelques fonctions en plus. Du fantastique, du rêve – dangereusement pastel, un réel qui fait peur : l’avenir écologique du monde… Un roman de Sinisalo, c’est toutes ces saveurs, à lire au coin du feu, ou en parcourant de grandes landes désertes. C’est souvent, ne pas lâcher le livre, tant l’émotion est prenante, l’atmosphère unique. Bref, la lire, la grande dame Finlandaise, c’est un sacré menu.

Alors, d’où vient que son Sang des fleurs donne par moments l’impression de marcher à côté ? Peut-être par son sujet trop ciblé, trop connu, trop – hélas – réel : le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles, appelé par les Américains, terriblement touchés depuis quelques décennies, le CCD (colony colapse disorder).

Nager nues, Carla Guelfenbein

Ecrit par Stéphane Bret , le Jeudi, 20 Juin 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Nager nues, juin 2013, 273 pages, 22 € . Ecrivain(s): Carla Guelfenbein Edition: Actes Sud

 

11 septembre 1973, 11 septembre 2001 : c’est entre ces deux repères historiques que le roman de Carla Guelfenbein, Nager nues, s’articule quant à son déroulement :

Sophie vit avec son père à Santiago du Chili, dans les années précédant l’arrivée au pouvoir de l’Unité Populaire conduite par Salvador Allende. Ce père, Diego, est haut fonctionnaire du gouvernement d’Allende. Il est passionné par son engagement politique et aussi par les femmes qu’il aime séduire, posséder, parfois d’un amour torride, exclusif, exigeant. Pour tenter d’oublier les absences répétées de ce père, Sophie se lie d’amitié avec Morgana. Cette jeune femme tombe sous le charme de Diego et entretient avec lui une relation amoureuse qu’elle tente de dissimuler aux yeux de Sophie. Cette dernière se sent trahie et rejoint sa mère en France, tandis que Diego et Morgana entrent dans la clandestinité après le putsch du 11 septembre 1973 dirigé par un certain général Augusto Pinochet. Tous deux sont exécutés par suite d’un guet-apens tendu par les militaires.

Les aventures extravagantes de Jean Jambecreuse, Harry Bellet

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mercredi, 05 Juin 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Histoire

Les aventures extravagantes de Jean Jambecreuse, artiste et bourgeois de Bâle, Assez gros fabliau, mars 2013, 368 p. 22,80 € . Ecrivain(s): Harry Bellet Edition: Actes Sud

 

« On sait depuis des siècles combien cette fable du Christ a été profitable à nous et aux nôtres ». Les connaissances actuelles attestent que cette « célèbre » phrase du pape Léon X est une citation apocryphe, une invention de l’écrivain protestant anglais, John Bale (1495-1563). Pourtant Hariolus Bellatolus, alias Harry Bellet, pour les besoins de son fabliau, non seulement la lui prête, mais la lui fait écrire sur un parchemin apposé du sceau papal qu’un méchant courant d’air emporte hors des galeries du Vatican pour tomber dans « les cheveux merveilleusement bouclés d’un ange », un certain Salai, l’assistant favori de Léonard de Vinci. L’écrit sulfureux va susciter bien des convoitises et changer souvent de main.

Nous voici donc au début du XVIe siècle, dans une Europe qui bataille, commerce, diffuse des idées nouvelles grâce à l’imprimerie, se divise sur le plan religieux et explose dans tous les domaines artistiques. C’est dans ce contexte que le jeune Jean Jambecreuse (traduction littérale de Hans Holbein), « ymagier » de son état, quitte sa bonne ville d’Augsbourg pour rejoindre son frère Ambroise à Bâle, afin de parfaire son apprentissage.

La traversée, Murray Bail

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 04 Juin 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Océanie

La traversée, trad. De l’anglais (Australie) par Patrice Repusseau avril 2013, 196 p. 20 € . Ecrivain(s): Murray Bail Edition: Actes Sud

Ce livre porte en lui, par son rythme et sa prosopopée, son titre, la Traversée. Murray Bail, on le sait depuis au moins son somptueux « Eucalyptus » (Robert Laffont 1999), est d’abord un grand styliste. Ce livre en est une éclatante confirmation. Pas de chapitres, pas de paragraphes (ou presque pas) : une longue, sinueuse, fluide avancée narrative qui, peu à peu, nous imprègne, nous berce de son rythme, nous enivre et nous emporte enfin. On ne peut pas ne pas penser au flot proustien, à cette manière particulière de pétrir l’écriture avec le temps, dans un jeu permanent de va et vient entre les moments du présent, du passé, du futur. Le temps est la seule scansion véritable de ce roman. Car c’est un roman et comment ! Tout ici baigne dans un univers romanesque à la fois lyrique et moderne. Le chant proustien ? Qu’on l’écoute ici :

« L’économie de la comptable enceinte avait contraint Delage à repousser son départ, ce qui permit à Elisabeth de rejoindre le Romance au Pirée, bien qu’elle eût pu rattraper le navire plus loin, à Port-Saïd ou à Singapour, par exemple, Delage descendait la passerelle en tôle ondulée, pensant se promener dans Athènes, une ville qu’il avait si souvent vue en photo, ou au moins ses nobles ruines tenant bon contre le ciel bleu, un ciel toujours immaculé, le long des rues il observerait les nombreuses coutumes locales, il prendrait son temps – du haut de la passerelle il aperçut Elisabeth, la tête relevée, attendant que quelqu’un prenne ses trois valises. »

Anatomie d'un instant, Javier Cercas

Ecrit par Marie Elora Bernard , le Mardi, 04 Juin 2013. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Espagne, Récits, Histoire

Anatomie d’un instant, Trad. Esp. par Aleksandar Grujicic et Elisabeth Beyer mars 2013, 480 pages, 10,50 € . Ecrivain(s): Javier Cercas Edition: Actes Sud

 

 

Le 23 Février 1981, Javier Cercas a 19 ans et n’est pas encore un auteur reconnu. Ce jour-là, son pays connaît une tentative de coup d’Etat… Une habitude pour ce pays qui en a vécu une cinquantaine en deux siècles.

Cela l’aura marqué puisqu’en 2006, l’auteur reconnu – notamment pour Les soldats de Salamine – qu’il est devenu, décidera de faire de cet événement historique un roman. Il échouera et l’avouera :

« Incapable d’inventer ce que je savais de l’événement pour tenter d’en illuminer la réalité par la fiction, je me suis résigné à le raconter ». C’est ainsi qu’il va une nouvelle fois disséquer une fracture de L’Histoire, cette frontière entre le bien et le mal, les gentils et les méchants, pour nous offrir Anatomie d’un instant, œuvre qui court sur plus de 400 pages d’une rare densité.