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Actes Sud

Rue des voleurs, Mathias Enard

Ecrit par Etienne Orsini , le Jeudi, 13 Septembre 2012. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Rue des voleurs, août 2012, 252 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Mathias Enard Edition: Actes Sud

 

Avoir 20 ans à Tanger, en 2011 alors que le Printemps arabe éclot plus ou moins bruyamment dans les pays voisins et que la crise économique sape l’Europe du sud…

Chassé par ses parents pour avoir séduit sa cousine, le jeune Lakhdar, après de longs mois d’errance et de misère, parvient à refaire surface en entrant – grâce à son ami Bassam – au service du « Groupe musulman pour la Diffusion de la Pensée coranique ». Plus enclin à zyeuter les jolies touristes européennes qu’à prier, il jouit toutefois au sein de ce groupuscule d’une tranquillité appréciable. Son poste de libraire s’accorde à son penchant pour la littérature, même si les ouvrages qu’il vend n’ont que peu de rapport avec les polars qu’il aime tant. A cette période, il fait la connaissance de Judit, une Catalane qui étudie l’arabe, et s’en éprend. Dès lors, les événements s’enchaînent : un soir, avec Bassam et les autres membres du groupe, il est entraîné à son corps défendant dans une bastonnade visant le libraire « impie » d’à côté. Quelques jours plus tard éclate l’attentat de la Place Argan à Marrakech. Bizarrement, la clique de la Pensée coranique s’est volatilisée la veille, le laissant seul dans une maison qui peu de temps après est incendiée.

Léon et Louise, Alex Capus

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 04 Septembre 2012. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Roman, La rentrée littéraire

Léon et Louise, 5 septembre 2012. 313 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Alex Capus Edition: Actes Sud

 

Cliché. Dans le champ lexical de la critique littéraire, ce terme est des plus péjoratifs. Il implique le manque de créativité, la répétition d’images éculées. Et pourtant. Ce joli livre d’Alex Capus, nostalgique et attachant, évoque de bout en bout l’idée et le mot de « clichés ». Pratiquement au sens propre : photographies. Pour être plus précis, cartes postales anciennes, sans image, en une sorte de collection affichée sur 313 pages. Et ce parti pris de chapelet de clichés donne un charme particulier à ce roman.

Les clichés commencent par le propos même du livre : un jeune homme et une jeune femme se rencontrent au printemps 1918. Ils ont 17-18 ans, s’aiment, se perdent, se retrouvent, se reperdent, se retrouvent sur quelques décennies. Le « tourbillon de la vie », d’une guerre mondiale à une autre et après. Ce livre est hanté par les films de François Truffaut, une sorte de « Baisers volés » et de « Domicile conjugal » saupoudrés de « Jules et Jim ». On se prend sans cesse à fredonner la chanson de Jeanne Moreau au cours de la lecture, on se prend aussi à donner aux deux héros les traits de Jean-Pierre Léaud et ceux de Claude Jade ou de Marie-France Pisier.

Tsukushi, Aki Shimazaki

Ecrit par Jean-Guy Soumy , le Jeudi, 30 Août 2012. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Québec

Tsukushi, Léméac/Actes Sud, juin 2012, 138 p. 14,50 € . Ecrivain(s): Aki Shimazaki Edition: Actes Sud

 

Tsukushi est le nom, en japonais, de la tige à sporange de la prêle. C’est également le titre du quatrième volume du second cycle romanesque écrit par Aki Shimazaki. Vivant à Montréal depuis 1991, Aki Shimazaki est déjà l’auteure d’une pentalogie intitulée Le Poids des secrets qui reçut plusieurs prix littéraires dont le Prix du Gouverneur général du Canada.

L’écriture de Aki Shimazaki est une eau dormante. Le moindre geste, le plus simple effleurement de ses personnages à la surface de la réalité, produit des ondes qui nous intriguent. Puis nous inquiètent. On pressent que sous le miroir des conventions sociales, de la normalité et de l’attention aux autres, il y a un gouffre.

La narratrice, Yûko Sumida, décrit sa vie avec un souci du détail et une modestie qui portent en eux une menace. « Je suis debout devant la fenêtre du salon. Le ciel est couvert depuis ce matin. Selon la météo, il n’y aura pas de soleil de toute la journée. On a ce temps-là depuis quelques jours. (…) En regardant le ciel bouché, j’essaie de me rappeler quel temps il faisait le jour où ma fille est née. »

Pour seul cortège, Laurent Gaudé

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 29 Août 2012. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Pour seul cortège, Août 2012, 186 p. 18 € . Ecrivain(s): Laurent Gaudé Edition: Actes Sud

 

« Pas un bruit ne dérange l’immobilité de l’air. La tourbe jaune et épaisse des berges a des reflets de safran. Des felouques sont à quai. Le cortège tout entier doit traverser le fleuve. Elle se serre contre le catafalque. Elle ne veut pas le quitter… ». Tout Laurent Gaudé tient dans ces lignes ; tout son roman, aussi.

Une écriture d’un classicisme à la fois sobre et flamboyant ; bel usage d’une langue précise et musicale ; quelque part, un regard distancié, et au cœur des choses, un peu comme au théâtre. Scène visuellement présente : atmosphère, bruits, odeurs et couleurs ; peu de personnages, mais qu’on n’oubliera plus… Et si, dans Gaudé, étaient nos besoins essentiels en littérature ?

Il y a dans ce livre-là, qui pourrait bien être un de ses meilleurs, cette lumière si particulière à son œuvre ; celle des enfers, de la mer mangeuse d’émigrés ; celle de l’Afrique des grands rois de jadis ; et, bien sûr, de l’écrasante chaleur de l’été des Scorta… Ce livre-là pourrait bien être gros de tous les autres, en abîme, en écho… Chez Gaudé, plus qu’ailleurs, chaque livre est un fleuve qui déroule récit et personnages ; il faut fermer les yeux, écouter ; le plus beau geste du lecteur.

Tous les diamants du ciel, Claro

Ecrit par Yann Suty , le Lundi, 27 Août 2012. , dans Actes Sud, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Tous les diamants du ciel, 22 août 2012, 256 p. 20 € . Ecrivain(s): Claro Edition: Actes Sud

 

D’abord le style. La langue de Claro emporte tout sur son passage. C’est une déferlante d’images, de formules. Il y a quelque chose d’éminemment musical, mais aussi une scansion, une incantation, comme si Claro plaidait une cause. Quelle cause ? Celle de la littérature qui invente et réinvente le langage, qui sculpte les mots, joue avec, et qui nous étourdit.

Comme Claro le dit lui-même (voir interview), il ne veut pas seulement proposer une lecture, il veut aussi faire vivre une expérience au lecteur. Il le transporte dans un monde, son monde. L’un de ses sujets est le LSD et il donne l’impression d’avoir écrit un livre « sous » LSD. Il y a quelque chose de très expérimental dans le livre, mais l’expérimentation ne prend pas le pas sur la compréhension, le sens du récit, le rythme. Rien n’est gratuit. Les belles phrases ne sont pas seulement là pour être belles mais sont toujours au service de l’histoire. Et quelle histoire !

Tous les diamants du ciel commence là où le précédent ouvrage de l’auteur, CosmoZ, s’achevait. Le début des années 50. Claro retrace l’histoire d’un monde, en l’occurrence celui des Trente Glorieuses : il sera question de la Guerre d’Algérie, de la bombe atomique, de la CIA, de la guerre froide, du péril rouge, de la libération sexuelle, de la conquête de la lune…