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Grasset

Les Éditions Grasset ont été successivement présidées par son fondateur, Bernard Grasset, et depuis 1955 par son neveu Bernard Privat. Parmi les premiers administrateurs figure Jean Vigneau. En1959, Grasset fusionne avec les Éditions Fasquelle, que dirigeait Jean-Claude Fasquelle depuis 1954. Il devient directeur général des éditions Grasset & Fasquelle en 1959, puis Président-directeur général en 1981. En 2000, il devient Président du conseil de surveillance et Olivier Nora lui succède en tant que Président du directoire.

Parmi les auteurs importants que Grasset a contribué à faire connaitre peuvent être cités Jean Giraudoux, ou plus récemment Pascal Quignard.

 


Retour à Killybegs, Sorj Chalandon

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 19 Octobre 2011. , dans Grasset, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Retour à Killybegs, Août 2011, 334 pages, 20€ . Ecrivain(s): Sorj Chalandon Edition: Grasset

Killybegs, petite ville portuaire située à l’extrémité d’un bras de mer, au Nord de l’Irlande, dans le comté de Donegal. Décembre 2006, Tyrone Meehan, ancien haut responsable de l’IRA, homme connu et respecté, revient sur ses terres. Là où son histoire a commencé il y a plus de quatre-vingt ans. Il y retrouve le souvenir de sa misère, celui d’un père nationaliste, alcoolique et brutal et celui d’une mère épuisée par les naissances et l’indigence. Le père décédé, la famille déménage à Belfast mais la situation ne s’améliore guère. Au contraire. À la pauvreté dont les briques rouges crasseuses des maisons se font l’écho, viennent s’ajouter la haine, la peur, la violence et la mort. Une seule voie se dessine pour lui : l’IRA. Il s’y engage, il a seize ans. La prison, il connaît. L’atrocité des geôles révulsantes de puanteurs, il l’a endurée.

Aujourd’hui, il attend sa mort. Lui, le « héros », celui qui a trahi les siens. Ils le savent et lui sait qu’ils viendront l’exécuter.

« J’ai écouté le silence. L’hiver de mon enfance, avec Noël au loin. J’ai salué mon retour. Les malheurs de ma mère. Les poings de mon père. J’ai revu mes frères, mes sœurs, entassés dans le grand lit, par terre sur les paillasses. J’ai compté leurs ombres dans l’obscurité. Salut à tous, mes amours. La nuit va être longue. La plus longue nuit qu’un homme ait vécue. Et même s’il se relève, le jour ne viendra plus. Ni le printemps, ni l’été, rien d’autre que la nuit ».

Du temps qu'on existait, Marien Defalvard

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 13 Septembre 2011. , dans Grasset, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Du temps qu’on existait, septembre 2011, 371 pages . Ecrivain(s): Marien Defalvard Edition: Grasset

Un premier roman déroutant, dans tous les sens du terme. La route est, en effet, omniprésente, comme métaphore, chemin de vie, imaginaire, mais aussi bien réelle, impasse, route parcourue en zigzags, sillons de la vie. Carambolage du temps : Les Normes sont malmenées.

On y trouve de tout : des superpositions, des réminiscences, de l’impromptu, un peu de Huysmans, un peu de Lewis Carroll, un peu de Proust, un peu d’Alain Fournier, de l’art abstrait et de la bande dessinée et le langage correspondant.

Ce n’est pas un roman, c’est un fil conducteur qui s’emmêle dans les dates, de la mort à la mort, la vie qui s’écoule et qu’il faut bien mener. Les pistes, jamais brouillées, la balle des centaines de fois lancée non pour rebondir mais, comme dans les contes russes atteindre l’endroit où l’usure mènera.

Cette histoire d’une vie qui coule, sans préméditation, sans rien faire, cette vie d’homme qui suit son cours, comme on le dit d’une maladie, sans jamais prendre parti, sans s’encombrer. On suit toute cette vie qui n’est rien, pas une somme mais bien plutôt des retraits, des soustractions, des restrictions. On est surpris, irrité parfois, plus souvent qu’à son tour par certains mots maniérés plombant parfois de très belles phrases qui tombent alors à plat, affadies.

Comme une ombre, Michel Schneider

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 06 Septembre 2011. , dans Grasset, Les Livres, Recensions, Roman, La rentrée littéraire

Comme une ombre, 2011, 329 p., 20€ . Ecrivain(s): Michel Schneider Edition: Grasset


Michel Schneider nous offre une histoire crépusculaire sur fond de guerre d’Algérie. Deux frères liés pour le meilleur et surtout pour le pire, leurs destins entremêlés jusque dans la trame du récit. Michel, le cadet, a vécu dans l’ombre de Bernard de huit ans son aîné. Le roman fait alterner deux temps : l’enfance et la vie des deux frères dans les années 50 et 60 et l’enquête menée par Michel pour son projet d’écrire un livre sur Bernard, projet initié par la lettre envoyée par L., qui fut successivement la maîtresse des deux frères et qui donnera sa propre version de l’histoire. Trois voies-voix s’offrent ainsi pour tenter de cerner qui était Bernard.

Nos deux faux frères grandissent dans une famille de la grande bourgeoisie déchue, entre une mère indifférente et un père homosexuel vite disparu et une cohorte de frères et sœurs. Bernard aime et fait souffrir Michel, lui ouvre les yeux sur les amours de cinéma et le mystère des femmes, lui prête ses disques et distribue allégrement taloches et remarques acides. « Quoi de plus proche qu’un frère ? On a subi les mêmes parents. Quoi de plus lointain ? On a vécu la même histoire sans pouvoir s’en parler ».

L'Homme mouillé, Antoine Sénanque (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 16 Avril 2011. , dans Grasset, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

L’homme mouillé – 207 pages, 17 € . Ecrivain(s): Antoine Sénanque Edition: Grasset

 

« Kafkaïen ». Le mot est utilisé à toutes les sauces au moindre semblant de mystère qu’on redoute de l’employer. Veut-il encore dire quelque chose ? Mais force est de constater qu’il sied parfaitement au livre d’Antoine Sénanque, L’homme mouillé. Le point de départ évoque celui de La Métamorphose de Kafka : un homme est frappé tout à coup d’un mal inexplicable qui va bientôt devenir son identité même. A l’instar du kafkaïen Gregor Samsa qui se réveille un matin dans la peau d’un insecte, le héros de L’homme mouillé, le hongrois Pal Vadas, lui, dégouline soudain de sueur. Mais pas de n’importe quelle sueur. C’est une sueur abondante, qui coule de toute sa peau et même de ses ongles, et qui coule, coule, coule, quitte parfois à provoquer des inondations et dévaster son appartement. D’ailleurs, techniquement parlant, ce n’est pas tout à fait de la sueur, mais de l’eau de mer, algues comprises.

Son médecin n’y comprend rien, évoque un mystère qui défie la raison. Un mystère qui s’enrichit d’une dimension psychanalytique car cette sudation inexplicable a fait son apparition le 12 mars 1938, le jour de l’anniversaire de la mort du père de Pal Vadas, tombé au champ de bataille lors de la première guerre mondiale. Et ce même jour, il reçoit un courrier lui annonçant la mort de son père…

L'interrogatoire, Jacques Chessex (par Myriam Bendhif-Syllas)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 10 Avril 2011. , dans Grasset, Les Livres, Recensions, La Une Livres

L’interrogatoire, mars 2011. 158 p. 14 € . Ecrivain(s): Jacques Chessex Edition: Grasset


La voix de Chessex nous revient dans un très beau dialogue de l’écrivain avec son double inquisiteur. « Je suis peut-être un assassin qui se révélera d’un seul coup. Ou un saint, que Dieu montrera à Son heure ». Amant, fils, auteur, lecteur, homme, Chessex n’en finit pas de questionner l’autre en lui, dans cet « ouvert obscur » que le texte dévoile et voile à l’infini. Les deux Chessex se sont « emboîtés et appariés comme la figure et son écrit, ou comme réfléchit le miroir ».
Avec une grande douceur et une grande lucidité, il accepte cette « loi d’Interrogatoire » : « la voix questionne, je réponds ». Seul, l’écrivain affronte tous les plis et les revers d’une voix, conscience et juge à la fois,  qui cherche à le prendre en défaut. C’est avec courage qu’il fait face aux différentes figures de la mort qui lui sont soumises et auxquelles il renvoie le bonheur renouvelé de se voir accorder un nouveau jour, les artistes aimés, les femmes et l’érotisme, le labeur d’un artisan des mots qui cherche à être juste avec lui-même.