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Femmes, butin de guerre islamique, entre hommes et Dieu !, par Amin Zaoui

Ecrit par Amin Zaoui le 07.12.16 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

Femmes, butin de guerre islamique, entre hommes et Dieu !, par Amin Zaoui

 

Il n’y a pas de compromis dans la création littéraire. Il n’y a que la liberté comme reine. La littérature est une aventure perpétuelle, mais dans le sens de l’Histoire. Mais pourquoi est-ce que la littérature arabe et maghrébine fuit le sujet de la religion et du religieux d’aujourd’hui ! Elle ne le questionne pas, ou pas assez, dans sa pauvreté philosophique, dans sa carence historique. L’Histoire, avec un grand H, c’est aussi et peut-être essentiellement ces petites histoires d’amour et de mort noyées dans le sang déversé au nom de la religion, déversé dans les halls des palais califales ou sur les tapis des mosquées faites de marbre blanc artisanal. Je parle de l’Histoire islamique, cela a été vécu dans les autres religions, et de la même manière, avec la même férocité. Le parcours de l’Histoire universelle est composé de futilités qui une fois réunies se métamorphosent en une force dévastatrice bousculant tout ce qui se trouve sur son chemin.

La littérature, la bonne littérature, ne fait pas dans le compromis ni dans l’arrangement. Elle est dévastatrice, ravageuse. Tsunami qui annonce le beau jour jumeau du beau texte !

Oser la littérature, oser dans la littérature, c’est apprendre au lecteur le sens de la critique et la leçon de la liberté. Pourquoi les premiers musulmans, dans l’Histoire de l’islam nouvelle religion, ont assassiné leurs premiers califes, et pourtant ils sont nommés, dans nos manuels scolaires et nos leçons d’histoire : les « Khoulafaa arrachidine », « Les califes guidés » ? Bien qu’ils fussent les compagnons du Prophète (QLSSSL), leurs rivaux ne leur ont pas pardonné. Ne les ont pas épargnés.

La littérature romanesque doit questionner ce confus, doit interpréter ce paradoxe, pour les jeunes lecteurs d’aujourd’hui. Afin de combattre « la naïveté religieuse », il est demandé de briser le pouvoir du silence qui longtemps a pris l’Histoire en otage. La religion musulmane dès les quatre premières décennies de sa venue s’est trouvée partagée entre deux désirs : le pouvoir politique et la fascination des butins de guerre (les femmes et l’argent). En 644, le calife Othman ibn Affan succède à Omar ibn al-Khattab assassiné 7 novembre 644. Aristocrate, Othman règne pendant douze ans. Il a épousé deux des filles du Prophète Mohamed (QLSSSL), Rukayya et Um Kulthum. C’est lui qui a officialisé le texte coranique, en 647.

Tout cela ne l’a pas épargné. En présence de sa femme Naïla, assiégé chez lui, dans sa demeure, pendant 40 jours par un groupe de rebelles, le calife guidé Othman ibn Affan, comme son prédécesseur le calife Omar Ibn al-Khattab, a été assassiné à Médine le 17 juin 656. Naïla, sa femme, fut chrétienne, belle et fidèle, rapportent les biographes. Quand Othman Ibn Affan a été surpris par ses assassins, sabre à la main, Naïla la bien-aimée a hurlé. Elle les a affrontés, comme pour leur faire barrage. Elle a essayé, bec et ongles, de défendre son homme. Une frappe venant de l’un des assassins visant Othman lui a coupé les doigts de sa main, racontent les biographes. Naïla n’a pas cédé, poussée par son amour, debout entre les bourreaux et son mari le calife, un deuxième coup de sabre lui a coupé les doigts de l’autre main. Ecartée du chemin dans le sang et la douleur, les assassins ont tué Othman. Ils lui ont décapité la tête. Naïla a pris la tête du calife dans son giron en pleurant son destin. Une fin tragique. Une violence inégalée. Abominable sauvagerie humaine.

Le lendemain de cette épreuve tragique, parce qu’elle était réputée par sa beauté, un nombre de personnalités de la société Médine se sont précipitées pour demander la main de Naïla en mariage.

Moawiya ibn Abi Soufiane, lui aussi, n’a pas tardé à demander Naïla en mariage. Voyant les hommes qui se bousculent pour demander sa main, Naïla s’est demandé : pourquoi suscitai-je une telle appétence chez les hommes ? La réponse : tout simplement parce qu’elle était belle. Elle avait une belle bouche avec une magnifique denture. On raconte que c’est à cause de sa belle denture que les gens couraient après elle, la désiraient.

Fou d’elle, Mouawiya Ibn Abi Soufiane voulait à tout prix la prendre pour épouse. Mais, elle, fidèle à Othman, et afin de fermer toute issue, elle a demandé la présence d’un arracheur de dents. Elle lui a demandé de lui extraire ses belles dents. Elle a mis ses belles dents arrachées dans un colis et les a envoyées à Mouawiya Ibn Abi Soufiane. Mais pourquoi racontai-je cette histoire entre sang, religion, amour et butin de guerre islamique ? Bonne lecture réfléchie !

 

Amin Zaoui

 

(Souffles, In "Liberté" Alger)


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A propos du rédacteur

Amin Zaoui

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Rédacteur


Amin Zaoui est un écrivain algérien né le 25 novembre 1956 à Bab el Assa (Algérie). il écrit chaque jeudi deux articles un en arabe dans le quotidien arabophone echorouk et en français dans le quotidien francophone liberté.

 

 

 

1984-1995 : enseignant à l’université d'Oran (département des langues étrangères)

1988 : Doctorat d'État en littératures maghrébines comparées

1991-1994 : directeur général du Palais des Arts et de la Culture d’Oran

2000-2002 : enseignant à l’université d’Oran (département de la traduction)

2002-2008 : directeur général de la Bibliothèque nationale d'Algérie

2009 : membre du conseil de direction du Fonds arabe pour la culture et les arts (AFAC)

Conférencier auprès de plusieurs universités : Tunis, Jordanie, France, Grande-Bretagne.

 

Publications en français

Les romans d’Amin Zaoui ont été traduits dans une douzaine de langues : anglais, espagnol, italien, tchèque, serbe, chinois, persan, turque, arabe, suédois, grec…

 

Sommeil du mimosa suivi de Sonate des loups (roman), éditions le Serpent à plumes, Paris, 1997

Fatwa pour Schéhérazade et autres récits de la censure ordinaire (essai collectif), éditions L'Art des livres, Jean-Pierre Huguet éditeur, 1997

La Soumission (roman), édition le Serpent à Plumes, Paris, 1998 ; 2e édition Marsa, Alger. Prix Fnac Attention talent + Prix des lycéens France

La Razzia (roman), éditions le Serpent à Plumes, Paris, 1999

Histoire de lecture (essai collectif), éditions Ministère de la Culture, Paris, 1999

L’Empire de la peur (essai), éditions Jean-Pierre Huguet, 2000

Haras de femmes (roman), éditions le Serpent à Plumes, 2001

Les Gens du parfum (roman), éditions le Serpent à Plumes, Paris, 2003

La Culture du sang (essai), éditions le Serpent à Plumes, Paris, 2003

Festin de mensonges (roman), éditions Fayard, Paris, 2007

La Chambre de la vierge impure (roman), éditions Fayard, Paris, 2009

Irruption d’une chair dormante (nouvelle), éditions El Beyt, Alger, 2009

 

En arabe

 

Le Hennissement du corps (roman), éditions Al Wathba, 1985

Introduction théorique à l’histoire de la culture et des intellectuels au Maghreb, éditions OPU, 1994

Le Frisson (roman), éditions Kounouz Adabiya, Beyrouth, 1999

L'Odeur de la femelle (roman), éditions Dar Kanaân, 2002

Se réveille la soie (roman), éditions Dar-El-Gharb, Alger, 2002

Le Retour de l'intelligentsia, éditions Naya Damas, Syrie, 2007

Le Huitième Ciel (roman), éditions Madbouli, Égypte, 2008

La Voie de Satan (roman), éditions Dar Arabiyya Lil Ouloume, Beyrouth ; éditions El Ikhtilaf, Alger, 2009

L'Intellectuel maghrébin : pouvoir - femme et l’autre, éditions Radjai, Alger, 2009