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Ecriture

Art de consommer - 5

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 28 Septembre 2012. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

COUR D’APPEL                                                                                                    COMMISSION ROGATOIRE

DE PARIS

TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE

DE PARIS N° DU PARQUET : 09/78868

N° DE L’INSTRUCTION : 978/00065

CABINET DE

M. KLEIN                                                                                              Procédure Criminelle

Juge d’instruction


Nous, KLEIN Alphonse, Juge d’Instruction au Tribunal de Grande Instance de PARIS,

Vu l’information suivie contre LEGAUCHE Liesbeth, née le 15 novembre 1991 à Paris, de LEGAUCHE George et de LEGAUCHE née FLOUET Francine, de nationalité Française, Célibataire, exerçant la profession d’Etudiante

Art de consommer - 4

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 21 Septembre 2012. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

La piste est éblouie de tâches de lumière multicolore de formes géométriques. Une fille, un verre à la main, se déhanche, comme au ralenti, ses mouvements ayant quelque chose d’hypnotique, les hommes laissent mourir leurs regards sur son déhanché, ses gestes sont de plus en plus lents.

La musique s’arrête, elle retourne s’asseoir à une banquette en titubant légèrement.

Edouard Baer, un génie en soirée, meilleur en impro que dans ses films (les réalisateurs le laissent d’ailleurs souvent libre d’agir face à la caméra comme il l’entend) que l’on devrait filmer soirée après soirée, après quoi l’on publierait les meilleurs moments en DVD (il y en aurait beaucoup : il faudrait penser à les éditer sous forme de coffret, dont le livret serait préfacé par Frédéric Beigbeder), imitant Laurent Gerra imitant Bernard Pivot.

Stéphane M*** parlant avec une étudiante de Pari IV ou une étudiante de la Sorbonne hochant la tête avec régularité, très près. De loin, il était difficile de faire la distinction.

Stéphane M*** était l’animateur de la revue B***. Il n’était pas qu’homosexuel. Coucher avec des jeunes étudiantes de Science Po ou de Paris IV persuadées d’avoir à apporter une pierre au grand édifice de la littérature française, et peut-être, mondial, était davantage qu’un loisir. C’était un sacerdoce.

Art de consommer - 3

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 15 Septembre 2012. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

- … Ouh, ouh ! t’es ailleurs toi ! On peut savoir à quoi tu penses ?

-  Hein ? À rien…

- Allez, dis-moi à laquelle, des deux ? La blonde ou la brune ? Parce que j’ai moi aussi ma préférence. Ne me dis pas que tu penses aux deux !

- Qu’est-ce que tu me chantes ?

- Tu penses aux deux filles qu’on a croisées pas loin du bar, pas vrai ? Un peu jeunes, peut-être.

Bon, admettons. Mais de jolis petits lots. Et puis elles faisaient plus mûres que leur âge. Parce que tu trouves, peut-être, que ce n’était pas une bonne idée de leur demander si elles voulaient nous accompagner ? C’est sûr, le « on est au collège » m’a un peu refroidi, mais au moins, comme ça, no regrets ! C’est le plus important, pas vrai ?

- …

- Laisse-moi te raconter une histoire que me raconte souvent mon père.

L'été sarde - I Kallisté

Ecrit par Marie du Crest , le Vendredi, 14 Septembre 2012. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

I Kallisté

 

Elle est à bord du Kallisté. Ligne Marseille/Porto-Torres. Elle est à bord de ce bateau qu’elle n’a jamais pu prendre avec Jean. Grève dure des marins. Pirates. Elle monte sur le pont supérieur pour assister au départ,  à l’arrachement de la terre du continent, à l’arrachement de son immense chagrin. Le bateau pilote, petit jouet si puissant, conduit le ferry ; vers le large. Arenc. Les lignes verticales, horizontales de la ville sont un mur de décor. Elles se croisent ; s’harmonisent ; se brisent : tour de verre irakienne au milieu du flot des voitures, cheminée bleue aux tuyaux noirs du Kallisté, orgues industrielles de la nef ; grues rouges qui tournent sur les chantiers, lignes d’immeubles. Défilent les façades de la ville qui sont des blocs de sa mémoire des anciens docks à la corniche vers Endoume. Une amante n’est jamais veuve, la femme au long voile noir qui pleure, qui pleure. Elle est seule. Le bateau dépasse les feux noirs et jaunes qui clignotaient devant sa fenêtre, puis les rochers de Malmousque qu’elle gagnait à la nage. Elle se reposait sur l’îlet et ses pieds se blessaient sur les coquilles des petites moules devenues lames de couteau.

Paris-Austerlitz/Paris

Ecrit par Didier Ayres , le Dimanche, 09 Septembre 2012. , dans Ecriture, La Une CED, Récits

Jeudi

Depuis le quai de la gare, je vais comme si je retrouvais le fil d’une liaison entre les différentes personnes que je suis, comme un anonyme, fait d’humeurs et de corps, de pensées, de matières spirituelles variables. Cette déambulation, qui se terminera ce soir au train de une heure, me conduit depuis le quai de la Râpée jusqu’à la place de la République.

Qu’ai-je vu ? Des statues japonaises, boulevard des Filles du Calvaire, deux philodendrons vert chou qui s’épanouissaient dans le hall, et l’entrée de l’immeuble décorée par du marbre, et mille visages.

Paris-Austerlitz, quai 6, sous la grande coupole qui rappelle certains tableaux impressionnistes, coupole qui maintenant est accompagnée de beaux et grands immeubles de verre dépoli, je marchais jeudi, cherchant le beau, l’angoisse et le beau. Car il y a peut-être une vision qui anime l’angoisse ? Je dis cela sans prétention, juste parce qu’il y a cette jeune femme avec sa blouse blanche et sa minerve comme un bandage, ou ce livret à demi lu des poèmes d’Haussmann, et cette vibration, brève et plaisante, de la présence des êtres humains dans la rue qui sont touchés par le secret, par une question suspendue en eux dans leur regard, dans le pli noir de cette chevelure de femme : qui sont-ils ? Quelle est-elle ? Je ne sais. Beauté et douleur vont ensemble en même temps aujourd’hui.