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Ecriture

Art de consommer - 21

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 21 Janvier 2013. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

Une autre.

Sans doute, avant qu’il n’arrive, elle sortait les verres, les gâteaux apéritifs sur la table basse, le whisky qu’il appréciait, passait un coup de chiffon sur les meubles qu’elle n’avait peut-être pas dépoussiérés dimanche.

Dimanche était le jour du ménage, excepté quand il dormait chez elle samedi soir. Elle fractionnait alors le temps de ménage hebdomadaire. Parfois, lundi et mardi soir suffisaient.

Avant qu’il n’arrive, elle passait l’aspirateur, refaisait son lit, vidait la poubelle, se lavait les dents, vérifiait l’état de son rouge à lèvres et de son vernis à ongles.

Ça lui permettait de ne penser à rien. Elle était toute entière à ce qu’elle faisait.

Quand il sonnait à l’interphone, elle arrêtait tout. Le temps qu’il monte par l’ascenseur, elle rangeait ce qu’elle avait du déranger pour rendre plus attrayant son intérieur.

52.dimanche (Au lecteur et I)

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 19 Janvier 2013. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, La Une CED

 

au lecteur. Dimanche 30 décembre 2012

 

puisque j’ai achevé cette longue série d’épitres du dimanche – commencée le dimanche 1er janvier 2012 –, laissez-moi le dernier plaisir d’écrire juste quelques lignes, saisies directement sur la page – et non pas avec un brouillon manuscrit –, pour vous dire que c’est la pratique d’écrire qui importe et qui est supérieure – à l’écrivain ici en l’occurrence

donc, art libéral pour un homme libre – selon l’ancienne terminologie

j’ai fait patiemment de chaque dimanche un lieu recueilli, dans un travail d’abnégation bien difficile au fur et à mesure que les semaines avançaient, mais qui me redonnait une espèce de sens intérieur, de guidage dans l’an qui s’écoulait

donc, le dimanche je voulais méditer, et faire partager mon impression affranchie, conduit simplement à me faire toucher par l’instant

Art de consommer - 20

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 14 Janvier 2013. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

Une autre.

Survenaient toujours les mêmes questions, au début d’une relation. Quels sont tes centres d’intérêt ? Et tout particulièrement : Tu écoutes quoi comme musique ? Parfois : Tu fais quoi comme sport ?

Avec elle, c’était : Tu es de quel signe ? Tu as quel ascendant ? Et ton signe chinois, c’est quoi ?

Elle lisait l’horoscope chaque semaine. Elle n’y croyait pas, mais dans l’éventualité que ça puisse être vrai, même à un infime pourcentage, elle le lisait avec application.

Et c’était vrai, à un infime pourcentage.

Une autre.

Ils étaient nés le même jour. C’était idéal pour commencer une relation amoureuse. Ils verraient peut-être leur vie épouser le même tracé, suivre les mêmes inflexions que celles qu’ils avaient espéré lui voir prendre, quand ils ne se connaissaient pas encore.

Art de consommer - 19

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 07 Janvier 2013. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

Elle n’était pas auprès d’Octave quand son portable se mit à vibrer, par trois fois.

« Bérénice organise une soirée chez elle demain soir. » Il ira là-bas avec Jeannot. Il n’a pas envie d’y aller avec Lise. Il viendra le prendre en bas de chez lui en voiture : il sait où elle habite. Il la connaît suffisamment pour savoir où elle habite. Et pour savoir qu’elle cherche un mec. Il la connaît vaguement.

Jeannot voudra peut-être faire du zèle.

 

Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’elle a noté sur une feuille quadrillée qu’elle a arrachée de son carnet mauve, celui qu’elle garde pour sa liste de courses, le nom des personnes qu’elle aimerait voir à sa soirée.

Eric, Patrick, Toitoine, Bibi, Edo, Laetitia, Sandrine, Marx, Bérénice.

Art de consommer - 18

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 04 Janvier 2013. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

Jeannot s’interrompt pour répondre à un doigt levé.


Il fallait, dans la séduction, faire preuve de tact, c’est-à-dire ne montrer aucune marque de désir, car le désir s’exprime, chez les hommes, avec une certaine agressivité. L’agressivité fait fuir.


Il organisait, chez lui, des soirées où il « enseignait l’art de l’approche, puisque c’est le seul art avec les filles. Ce sont elles qui cherchent ensuite à ce que les choses durent ». On s’y précipitait. Ce n’étaient, sur quatre rangées, (on s’asseyait par terre), que garçons boutonneux à lunettes, aux vêtements mal assortis, aux chaussures à bouts ronds, aux montres mémorisant tous les fuseaux horaires et chronométrant au millième de secondes près. Ses amis ne venaient jamais, ils avaient autre chose à faire. Il faisait payer l’entrée dix euros. Il ne distribuait aucun flyer. Le bouche-à-oreille fonctionnait à merveille.

Parfois, une fille venait, visiblement mécontente. Se tenait debout, bras croisés, dans un coin, et Jeannot ne la quittait, pendant toute la durée de son intervention, pas un instant du regard. Il ne la regardait dans les yeux que quelques fois, à des moments qu’il choisissait en fonction des mots qu’il prononçait, se contentant le reste du temps de la garder dans son champ de vision.