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Ecrits suivis

Art de consommer - 29

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 18 Mars 2013. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

 

Près de la véranda, de dos, un homme, qui pourrait être Jean-Marc : corpulence et taille comparables. Pas la même couleur et coupe de cheveux, mais le même geste de la main, pour fumer. Il aurait pu se teindre les cheveux.

Ce n’était pas son genre. Il n’éprouvait que mépris pour le désir qu’avaient certains hommes et beaucoup de femmes de maquiller l’affaissement de la peau, des chairs, et de l’humeur. Il n’éprouvait que mépris pour l’ingéniosité avec laquelle ils (et surtout elles) essayaient de « faire oublier le processus inéluctable et particulièrement cruel qui devait les conduire à la vieillesse, puis à la mort ». Il jugeait ce désir adolescent.

Il s’était approché. Il ne s’était pas trompé. Ce n’était pas Jean-Marc.

52.dimanche (IX)

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 16 Mars 2013. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

ce dimanche 26 février

la coupure

je cherchais aujourd’hui à explorer, à regarder d’un peu près ce qu’est le désir d’écrire, et j’ai trouvé ce mot : la coupure

oui, le désir et son aspect en arrêt devant l’objet consommé, comme une page est « brûlée » en quelque sorte par l’encre qu’elle reçoit

et comme je dis brûlure, désir et brûlure, il est logique de penser à la coupure, à ce que fait le coupant de la page dans le continuum du réel

de cette façon, l’impression d’une maison de papier – comme j’ai parfois aussi des impressions de sommeil, ou de maisons de langue – fait un îlot, une coupure dans l’étoffe de la journée

Art de consommer - 28

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 11 Mars 2013. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

Il y avait toutes celles avec qui ça aurait pu se faire, et avec qui ça ne s’était pas fait.

 

Une de celles-ci.

Elle lui avait conseillé, pendant qu’il feuilletait les nouveautés disposées en demi-cercle, de regarder « celui-ci », un roman d’un auteur dont il n’avait jamais entendu parler, le lui avait mis entre les mains, avant de lui tourner le dos et de s’en aller. Il avait observé le roulis des fesses sous la jupe : elle portait un string. Il n’avait pas été très surpris d’être abordé de cette façon par une femme qu’il ne se souvenait pas d’avoir vue avant. Il avait remarqué qu’elle l’avait remarqué. Il avait vu son sourire.

Il se doutait en ouvrant le livre qu’il tomberait sur un petit papier où il pourrait lire son numéro de téléphone et peut-être son prénom.

Le numéro était mal écrit, il avait hésité pour trois des chiffres. Il n’avait pas hésité longtemps. Le papier avait fini sa course dans la poubelle.

52.dimanche (VIII)

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 09 Mars 2013. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

ce dimanche 19 février 2012

suspendre

une lettre de Didier Ayres

laissez-moi disserter encore un peu de l’activité d’écrire qui est, à mon sens, un moment spéculaire, une manière de réfléchir sur l’activité alors qu’elle est effective

et même si je suis pris par la belle lumière bleue qui éclate dans la ruelle ce matin, il ne m’est pas impossible de regarder par-devers moi, pour rédiger cette épître

oui, comme si c’était purement absolu

une activité dévolue à se reconnaître elle-même, pour elle-même, accompagnée, ici, d’une part de réel, comme est cette petite lueur matinale de la rue, comme la trace d’un objet physique autour duquel tournent l’esprit, la pensée et l’écriture de la pensée

Art de consommer - 27

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 04 Mars 2013. , dans Ecrits suivis, Ecriture, La Une CED

 

Il y avait celle dont il ne parlait jamais. Sa mère.

À l’hôpital, il avait vu une petite fille qui prenait soin de sa poupée. C’était une petite fille avec des couettes et une barrette rose sur le côté. Elle paraissait très bien élevée. C’était une petite fille qui aurait pu appartenir à la société victorienne. Il aurait aimé lui offrir Alice au pays des merveilles.

 

Il s’était approché d’elle. La petite fille lui avait dit de ne pas faire de bruit. Sa poupée dormait. Elle était malade. Elle s’occupait d’elle. Bientôt elle serait guérie. Il fallait qu’elle soit sans cesse près d’elle au cas où elle se réveillerait.

Elle ne tenait pas en place.

- Pourquoi tu marches dans le couloir ?

- C’est pour la bercer.