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Art de consommer - 2

Ecrit par Matthieu Gosztola 07.09.12 dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

Art de consommer - 2

COUR D’APPEL

DE PARIS


TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE

DE PARIS


CABINET DE

M. KLEIN

Juge d’instruction


N° du Parquet : 09/78868

N° de l’Instruction : 978/00065

Procédure Criminelle


MANDAT D’AMENER


Nous, KLEIN Alphonse, Juge d’Instruction au Tribunal de Grande Instance de PARIS, étant en notre cabinet,

Vu l’information concernant :

LEGAUCHE Liesbeth, née le 15 novembre 1991 à Paris, de LEGAUCHE George et de LEGAUCHE née FLOUET Francine, de nationalité Française, Célibataire, exerçant la profession d’Etudiante

Domiciliée au 19, rue de Guillaume Bertrand 75011 PARIS (75)

Déjà condamnée : non

mise en examen du (des) chefs de HOMICIDE VOLONTAIRE AVEC PREMEDITATION sur la personne de REVEIRI Jeannot, le 12 décembre 2007, à PARIS (75), en tout cas depuis temps non prescrit et sur le territoire national ;


Vu les articles 122, 123, 125 et suivants du Code de Procédure Pénale,


Mandons et ordonnons à tous officiers ou agents de la Police judiciaire et à tous agents de la Force publique d’amener devant nous, en notre cabinet, au Tribunal de Grande Instance de PARIS, sis à Cité Judiciaire – 4, Boulevard du scellé Palais – 75055 Paris Louvre Cedex 01 CS 73127, le 20 janvier 2007 à 17 heures, en se conformant à la loi, la personne désignée ci-dessus pour être interrogée sur les faits qui lui sont reprochés.

Requérons tout dépositaire de la Force publique auquel le présent mandat sera exhibé de prêter main-forte pour son exécution en cas de besoin.


En foi de quoi le présent mandat a été signé par nous, juge d’instruction, et de notre sceau.

Fait en notre cabinet, le 16 janvier 2008

Le Juge d’Instruction

 

*

**

 

Selon Jeannot, « le mensonge irriguait les premières rencontres ». Le mensonge des femmes, lors de la première rencontre, passait par l’apparence (fond de teint, lumière tamisée des bars ou des boîtes, soutien-gorge). Celui des hommes par le langage (emphase, hyperboles…).

 

« Bon, on fait quoi ? »

Personne ne sait où il veut aller. Deux impératifs : aller quelque part où ça bouge (où l’on puisse danser : un bar de nuit ou une boîte), et rester ensemble.

Jeannot propose d’aller dans un pub qui se trouve à l’angle de la rue Bolton et de l’avenue Mitterrand. Pour commencer.

Il vient d’ouvrir, et il a bonne réputation.

Le bar ferme à trois heures, il faudrait se dépêcher, si on veut ne pas être refoulés à l’entrée. Le videur leur fait non de la tête avant même qu’ils aient eu le temps de le saluer. Des tatouages plein les bras, le crâne nu, il ne semble pas vouloir souffrir la moindre discussion.

- Il est deux heures et demie.

- Oui.

- Le bar ferme à trois heures.

- Le bar ferme à trois heures ; on ne laisse plus entrer personne.

Ils n’insistent pas.

Le petit groupe s’éloigne, forme un rond à une dizaine de mètres. Les garçons ont les mains dans les poches, les filles l’œil rivé sur leurs portables.

« Bon, on fait quoi ? »

Pas très loin, deux garçons parlent un peu fort. « Attends je vais retirer, il y a un distributeur juste à gauche. Moi je vais pisser dans le coin, tu siffles s’il y a un flic qui passe. Je prends vingt, ou trente ? Bon, vingt. Je siffle quoi ? La même chose que Louis de Funès dans la Grande Vadrouille ? Je pisse, putain. J’aime pas qu’on me parle quand je pisse. T’es une vraie gonzesse, toi. »

« Alors, on fait quoi ? »

Deux filles sexy viennent dans leur direction :

- …d’allemand, elle est trop à l’ouest. L’autre, elle m’a mis un mot dans mon carnet qui veut rien dire. Elle a mis : « Laura boude ». J’ai pas boudé, j’ai pété un câble, c’est pas pareil.

- Non, c’est sûr.

- Bonsoir !

- Bonsoir ! Bonsoir ! Bonsoir !

Bon, on va où ?

 

Matthieu Gosztola

 

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A propos du rédacteur

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Rédacteur

Membre du comité de rédaction

 

Docteur en littérature française, Matthieu Gosztola a obtenu en 2007 le Prix des découvreurs. Une vingtaine d’ouvrages parus, parmi lesquels Débris de tuer, Rwanda, 1994 (Atelier de l’agneau), Recueil des caresses échangées entre Camille Claudel et Auguste Rodin (Éditions de l’Atlantique), Matière à respirer (Création et Recherche). Ces ouvrages sont des recueils de poèmes, des ensembles d’aphorismes, des proses, des essais. Par ailleurs, il a publié des articles et critiques dans les revues et sites Internet suivants : Acta fabula, CCP (Cahier Critique de Poésie), Europe, Histoires Littéraires, L’Étoile-Absinthe, La Cause littéraire, La Licorne, La Main millénaire, La Vie littéraire, Les Nouveaux Cahiers de la Comédie-Française, Poezibao, Recours au poème, remue.net, Terre à Ciel, Tutti magazine.

Pianiste de formation, photographe de l’infime, universitaire, spécialiste de la fin-de-siècle, il participe à des colloques internationaux et donne des lectures de poèmes en France et à l’étranger.

Site Internet : http://www.matthieugosztola.com