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AIR 2015. Performances et littérature numérique

Ecrit par Marie du Crest le 17.06.15 dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

AIR 2015. Performances et littérature numérique

 

 

Les équipes de MARGE, Costech, Cemti et EnsadLab organisaient le mercredi 27 mai une soirée de performances, illustrant les liens entre diverses formes de littérature numérique et présence scénique sur le plateau 2 des Subsistances à Lyon, dans le cadre des A.I.R 2015, durant deux heures.

« Hapax »

Tout commence par « un colloque organisé » par la Villa Gillet. Mise en abyme parodique de l’événement littéraire auquel participent les deux performeurs.

Je vous présente Pierre (ou Pigeon)

Serge Bouchardon et Pierre Fourny, ou plutôt Serge et Pierre, comme l’indiquent deux petits chevalets de carton posés sur une table pour conférenciers, habitués des Assises Internationales du Roman, s’amusent avec les mots. Les spectateurs sont entrés munis de deux petits bandeaux de papier : l’application et question. Les mots et expressions disent des choses étonnantes. « Lancez l’application » nous ordonnent les deux faux érudits, et les spectateurs lancent en l’air le petit bout de papier correspondant à ce mot tandis qu’ils continuent à se passer un écriteau « passer le temps » qui passe en vérité assez vite. Ils nous demandent aussi de poser notre question et de déposer sur le sol le second mot. Et puis, l’un des deux participants se saisit d’une tablette numérique, belle ardoise magique éclairée dans l’obscurité du plateau, faisant glisser des mots les uns sur les autres, les uns dans les autres. Les mots dansent avec d’autres, en miroir, leurs caractères, leurs polices s’entrecroisent. Chacun a son identité typo-numérique, correspondant à son prénom. Ainsi Serge devient-il carpe. Une main et ses doigts apparaissent et disparaissent un peu à la façon des ombres chinoises projetées sur les murs de la chambre de notre enfance.

La deuxième performance réunit Lucile Haute et Alexandra Saemmer autour du texte Conduit d’aération. La lecture se défait du livre-papier : le texte est lu dans le noir du plateau, sur une tablette, projeté par intermittences en vidéo sur un grand écran ; d’autres images l’illustrent (évocation de manifestations dans les rues de Tunis). La voix de la lectrice est démultipliée (parfois, selon les entrées des différents personnages) en voix off, qui surgissent en divers points de la salle. Nous devenons spectateurs et auditeurs du récit d’une mort étrange et des évènements du « printemps tunisien », parfois ces voix se superposent.

Troisième performance. Alexandra Saemmer, cette fois-ci seule, assise à une petite table de bistrot, dans la pénombre, son ordinateur devant elle, lit quelques phrases de son texte Böhmische Dörfer, texte évoquant le sort qui fut réservé aux Allemands des Sudètes vivant dans la région de Brno, après la défaite de l’Allemagne. Puis le silence de la voix et la projection de mots, de morceaux de phrases, en gras ou non, passant et repassant sur l’écran, faisant éclater en quelque sorte la cohérence du texte.

Performance 4. Lucile Haute, seule à son tour, dit le texte Image fantôme. Méditation sur les traces que nous laissons sur Facebook. Une image projetée fonctionne comme une sorte de vignette du passage du texte. Le texte se répète en litanie.

La dernière performance est la plus longue, celle qui n’aura lieu qu’une seule fois, dans cette petite salle intimiste. Hapax. Fictions du corps de François Bon, suite de textes courts numérotés, développés depuis 2012 autour de la figure des hommes dans les villes contemporaines. L’auteur lit, accompagné, sonorisé en quelque sorte par le violoniste Dominique Pifarély, qui en temps réel « réverbère » la voix du récitant, déchire par plaques sonores le texte. Ils ont déjà à plusieurs reprises travaillé sur des projets communs dont Formes de la guerre. François Bon est dans son texte ; il l’incarne au sens où son corps le fait émerger : la voix, le souffle, les bras qui quelquefois battent l’air, les jambes solidement campées au sol ou bien dans un mouvement de bascule ; tout concourt à cette danse rythmée qui donne sa force aux mots, à cette peinture de notre pauvre humanité. François Bon claque des doigts comme un rocker poétique insufflant un tempo à cette lecture, comme habitée. Le musicien, créateur de sons électroniques ou de plages de violon acoustique, fonde à la fois un climat d’inquiétude désespérée mais aussi donne un modelé particulier au texte qui défile sur le petit ordinateur de F. Bon. Entrer en somme dans la parole qui redit : « On disait qu’un homme… » Ecouter les textes, que quelques instants de silence séparent pour reprendre son souffle : les hommes de couleur ; les hommes jetables ou encore l’homme démembré ; les refaiseurs de vie et atteindre le corps de la fiction dans l’homme-tout.

On peut retrouver sur Youtube des vidéos de certains des textes de François Bon et également il est possible de se reporter à son site Tiers Livre

 

Marie Du Crest

 


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A propos du rédacteur

Marie du Crest

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Rédactrice

Théâtre

Marie Du Crest  Agrégée de lettres modernes et diplômée  en Philosophie. A publié dans les revues Infusion et Dissonances des textes de poésie en prose. Un de ses récits a été retenu chez un éditeur belge. Chroniqueuse littéraire ( romans) pour le magazine culturel  Zibeline dans lé région sud. Aime lire, voir le Théâtre contemporain et en parler pour La Cause Littéraire.