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Gallimard

Les éditions Gallimard, appelées jusqu’en 1919 les éditions de la Nouvelle Revue française et jusqu’en 1961 la librairie Gallimard, sont ungroupe d'édition français. La maison d'édition a été fondée par Gaston Gallimard en 1911. Le groupe Gallimard est actuellement dirigé par Antoine Gallimard. Considérée comme l'une des plus importantes et influentes maisons d'édition en France, notamment pour la littérature du xxe siècle et contemporaine, Gallimard possède en 2011 un catalogue constitué de 35 prix Goncourt, 36 écrivains ayant reçu le prix Nobel de littérature, et 10 écrivains récompensés du prix Pulitzer.


Lettres III (1957-1965), Samuel Beckett

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Vendredi, 06 Janvier 2017. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Correspondance

Lettres III (1957-1965), novembre 2016, trad. anglais (Irlande) Gérard Kahn, 812 pages, 58 € . Ecrivain(s): Samuel Beckett Edition: Gallimard

 

Un homme comme les autres ?

Partagé entre le besoin de solitude, de silence et la nécessité de répondre à de multiples sollicitations qui ne sont pas qu’intellectuelles, plongé – avec hésitation, puis enthousiasme – au sein du monde théâtral, Beckett – dans la période qui recouvre ces lettres – collabore à la mise en scène de ses propres pièces, travaille à des pièces radiophoniques pour la BBC, réalise Film (le plus grand film irlandais de tous les temps selon Gilles Deleuze) et revient, après 10 ans d’interruption, à la fiction, avec Comment c’est. L’auteur, dans ces lettres, est plus précis sur son travail, d’autant qu’il bénéficie d’une destinataire privilégiée, Barbara Bray, productrice, traductrice, critique. Elle le rencontre en février 1958 en produisant All That Fall (Tous ceux qui tombent). En suit une liaison intellectuelle et amoureuse méconnue.

Comment vivre sans lui ?, Franz Bartelt

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Vendredi, 16 Décembre 2016. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles

Comment vivre sans lui ?, octobre 2016, 272 pages, 18 € . Ecrivain(s): Franz Bartelt Edition: Gallimard

 

Dans ce nouveau recueil de treize nouvelles, Franz Bartelt poursuit son travail de sape d’une époque dont il scrute avec toujours autant d’humour noir les innombrables failles. Son inspiration puise dans les travers humains dont il pousse les conséquences à l’extrême. Ses personnages enfermés dans leur logique obsessionnelle deviennent ridicules, pathétiques, mais aussi métaphoriques d’une quête dont ils sont in fine les principales victimes. Ainsi en est-il, dans la nouvelle Le bel été, de cet homme qui passe son existence à retrouver un fils soi-disant disparu alors que le sens de sa vie se résume à la recherche de l’enfant heureux qu’il a été un bref instant dans sa jeunesse, ou encore dans la nouvelle éponyme Comment vivre sans lui ? qui décline les absurdités du star system.

Autre thème : imaginez, c’est l’objet de la nouvelle Le bon chien, que vous ayez recueilli un berger allemand abandonné qui ne réagit à aucun des noms que vous vous êtes ingénié à lui donner et qui brusquement, alors que vous regardez un documentaire télévisé sur la seconde guerre mondiale, manifeste une jubilation spectaculaire en entendant un soldat du Reich prononcer « Heil Hitler ! ». Dès lors, il n’obéit à vos ordres qu’à cette unique apostrophe. Maintenant emmenez le chien avec vous dans la rue et assumez les conséquences.

Judas, Amos Oz

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Mardi, 13 Décembre 2016. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman, Israël

Judas, août 2016, trad. hébreu Sylvie Cohen, 352 pages, 21 € . Ecrivain(s): Amos Oz Edition: Gallimard

« Les rêves ne mentent pas…

Le monde est vide.

Les dernières lueurs du soir caressent le sommet des collines.

Cette lumière n’est rien différente de celle que nous avons vue hier et avant-hier.

De même que la brise venue de la mer est exactement semblable à celle qui soufflait la veille au soir.

Le monde entier est vide…

Et il faut toujours laisser les morts ensevelir leurs morts »

 

Le Judas d’Amos Oz est comme rempli d’une nostalgie profonde, entre la frontière des soirs, liberté trempée jusqu’à l’os par la pluie et des no man’s land, reflets du couchant, envoûtant comme un parfum au sommet des collines arides.

Toutes les familles, Andrea Bajani

Ecrit par Malgorzata Kobialka , le Lundi, 12 Décembre 2016. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Italie

Toutes les familles, trad. italien Vincent Raynaud, 311 pages . Ecrivain(s): Andrea Bajani Edition: Gallimard

 

« Les temps survivants ne sont pas des temps enfouis, ce sont des temps enfouis juste sous nos pas, et qui resurgissent en faisant trébucher le cours de notre histoire. Dans ce trébuchement résonne encore étymologiquement le mot symptôme » (1) écrit Georges Didi-Huberman dans L’image survivante. Cette phrase pourrait en quelque sorte résumer le roman d’Andrea Bajani, Toutes les familles, où la mémoire de ce qui a été refoulé s’exprime d’une manière symptomatique dans la vie du narrateur. Et le symptôme secrète presque toujours la trace d’un autre, d’un fantôme secret souvent oublié de l’histoire.

Pietro est instituteur et son amie l’abandonne, leur relation s’est défaite peu à peu parce qu’ils n’ont pas réussi à faire un enfant. Le jour de son départ, elle lui laisse sur la table un petit mot disant que sa mère a appelé et que « Mario est mort ». Mais qui est Mario ? Il s’avère que c’est le grand-père de Pietro dont personne ne prononçait plus le nom depuis des années et qui n’avait pas le statut du grand-père : « Le père de ma mère était un homme auquel le temps avait soustrait même son visage. Je ne l’avais rencontré que quelques fois, puis il a disparu. Ce n’était pas assez pour mériter le nom de grand-père, mais son absence était trop encombrante pour qu’il ne soit qu’un monsieur passant par-là » (2).

Règne animal, Jean-Baptiste Del Amo

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 09 Décembre 2016. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Règne animal, août 2016, 432 pages, 21 € . Ecrivain(s): Jean-Baptiste Del Amo Edition: Gallimard

 

On pourrait résumer Règne animal en disant que ce roman révèle l’humanité des animaux en exposant la bestialité des hommes qui les ont forcés à vivre avec eux, pour les servir, les nourrir, les faire vivre et les enrichir au fur et à mesure qu’eux-mêmes sont engraissés, transformés. C’est aussi l’histoire d’une famille rurale qui vit à la marge d’un petit village du Sud-ouest de la France, nommé Puylarroque. Une histoire qui couvre un siècle, naturaliste à l’extrême, tout à la fois lyrique et organique, la chair, le sang et tous les fluides possibles que peuvent laisser échapper les corps, animaux comme humains, la merde et la décomposition, étant comme omniprésents.

L’histoire commence au début du siècle dernier, chez des petits paysans, avec un lopin de terre, quelques animaux, une porcherie, un père qui meurt lentement d’une grave maladie tout en continuant à travailler, une survie des plus rudimentaires, la mère que cette rudesse extrême, le dénuement, la frustration, a rendu mauvaise, dure et sèche comme un cal, et une petite fille en qui persiste un peu de rêve.