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Gallimard

Les éditions Gallimard, appelées jusqu’en 1919 les éditions de la Nouvelle Revue française et jusqu’en 1961 la librairie Gallimard, sont ungroupe d'édition français. La maison d'édition a été fondée par Gaston Gallimard en 1911. Le groupe Gallimard est actuellement dirigé par Antoine Gallimard. Considérée comme l'une des plus importantes et influentes maisons d'édition en France, notamment pour la littérature du xxe siècle et contemporaine, Gallimard possède en 2011 un catalogue constitué de 35 prix Goncourt, 36 écrivains ayant reçu le prix Nobel de littérature, et 10 écrivains récompensés du prix Pulitzer.


Nouvelles définitions de l’amour, Brina Svit

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 06 Mars 2017. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles

Nouvelles définitions de l’amour, Brina Svit, février 2017, 256 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Brina Svit Edition: Gallimard

 

Pour Brina Svit, écrire n’est pas forcément défendre la solitude dans laquelle ses personnages se trouvent mais la constater. Les nouvelles « actionnent » des isolements affectifs que les narrations rendent communicables, dans la mesure où à cause de l’éloignement de tous les êtres autres que les héros ou héroïnes, le dévoilement de leurs « relations » est rendu possible.

Selon la créatrice, la solitude n’a rien d’une nécessité qui doit être défendue, elle est même sans justification ce qui la rend plus âpre. Personne ne peut s’y retrouver sauf à être des ascètes ou une Maria Zambrano.

La romancière prouve que la solitude non choisie appartient à ces sentiments existentiels que nous assumons mal au moment où elle envahit et que sa pression vient du dehors. Elle est devenue un piège imposé par les circonstances (limogeage, décès, etc.). Et la parole de Svit ne prétend pas en libérer. Au contraire. Elle souligne une circonstance assiégeante et immédiate, un usage excessif obligé et qui désagrège.

Beauté, Philippe Sollers

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 01 Mars 2017. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Beauté, février 2017, 224 pages, 16 € . Ecrivain(s): Philippe Sollers Edition: Gallimard

« Et voici l’événement : un éclair en plein jour, un coup de foudre sans le moindre orage. C’est stupéfiant et très bref. Zeus vient de parler, on est traversé par cet éclat, on en pleurerait de joie. Il est donc toujours là le vieux Zeus, « l’assembleur de nuées », le Père ? On est pétrifiés, on ne bouge pas, on se tait ».

Commençons par le commencement : Beauté est un roman qui ne se lit pas comme un autre. En même temps que nos yeux fixent les lignes imprimées, les pages enchantées, nos oreilles écoutent Les suites françaises de Jean Sébastien Bach sous les doigts de Glenn Gould, la connexion nerveuse est parfaite, le roman des sens s’ouvre, comme un enchantement – Il a un drôle de geste hiératique pour souligner une brève interruption, il tend le bras en avant, paume ouverte –, et tout s’éclaire ! Le pianiste et l’écrivain : même concentration, même justesse de style, de ton, même vivacité, foisonnement, richesse, justesse, même légèreté, concentration, éloignement du monde et présence au Temps, même musique, et quelle musique ! Beauté est un livre heureux et musical, un livre enchanté. Preuve s’il en est, que la littérature s’entend, s’écoute, comme la musique se voit, elle vérifie la vérité d’un roman, son style, ses manières et sa matière. Les romans de Philippe Sollers s’écrivent et se lisent en musique, ce n’est pas un effet de style, rien de démonstratif, la musique est cette aventure romanesque, le roman cette partition éclairée et éclairante.

Le dimanche des mères, Graham Swift

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 24 Février 2017. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

Le dimanche des mères, janvier 2017, trad. anglais Marie-Odile Fortier-Masek, 142 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Graham Swift Edition: Gallimard

 

En gros, la pieuvre, c’est une tête et des bras multiples. Le dimanche des mères présente une forme (pas un aspect !) comparable à cela. Le narrateur – écriture limpide, traduction remarquable – se tient en quelque sorte fixement au mitan d’une journée de dimanche et compose un récit qui marie présent, passé et avenir avec un art de la variation focale tout simplement magistral. Le passé et l’avenir immédiats, un peu éloignés ou à plusieurs décennies de distance – d’où l’usage fréquent du futur dans le passé qui est un pur plaisir de lecture. Le corps fixe du propos, le pivot, c’est donc le dimanche ensoleillé du 30 mars 1924. Ça se passe à la campagne, dans le Berkshire, comté bucolique du sud de l’Angleterre parsemé de propriétés aristocratiques. Les employés de maison y sont à demeure ; laissant donc au loin, ailleurs, des parents, en particulier des mères auxquelles ils ne rendent visite qu’un dimanche précis dans l’année, celui donc dit des mères. L’absence pour ainsi dire générale des domestiques pendant cette fameuse journée, pour convenue ou contractuelle qu’elle soit, n’en est pas moins un « désagrément momentané » pour les maîtres. Afin de remédier à cela, les Niven et les Sheringham, voisins, se retrouvent chez les Hobday pour un « jamboree ». De plus, dans quinze jours exactement, Emma, la fille des Hobday, épouse Paul, le fils des Sheringham ; et les Niven sont invités d’honneur au mariage.

Chanson douce, Leïla Slimani

Ecrit par Isabelle Siryani , le Jeudi, 23 Février 2017. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Chanson douce, août 2016, 240 pages, 18 € . Ecrivain(s): Leïla Slimani Edition: Gallimard

 

Chanson douce, prix Goncourt 2016, est une berceuse cruelle qui nous garde éveillés. La première ligne n’a rien d’une comptine : « Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes ». Leïla Slimani s’est lancée dans un exercice dangereux, sans craintes, bien au contraire : « plus le sujet est difficile, plus je fonce ». C’est ainsi qu’elle fonce, « Adam est mort. Mila va succomber ». Double infanticide dans le 10e arrondissement de Paris, la coupable gît dans son sang à leurs côtés. Mais « elle n’a pas su mourir. La mort, elle n’a su que la donner ». Celle qui les a nourris, bercés, consolés, leur a appris à lire, à découvrir, à grandir. C’est elle. La mère ? Presque. La nounou. La confiance les a tués.

Sans pathos, sans trémolos, avec un style tantôt glaçant, tantôt poétique, tantôt journalistique, presque chirurgical, l’auteure nous fait vivre un thriller familial, psychologique et social, d’un réalisme presque surréaliste. L’impression de déjà vu happe le lecteur et très vite le confronte à ses propres difficultés. C’est limpide et efficace. Leila Slimani s’en tient aux faits, délaisse les fioritures, mais touche et enquête au cœur. Au cœur d’une femme misérable, malade, mais aussi d’une société qui souffre et fait souffrir. Les protagonistes sont tous victimes. Même elle, la coupable. Même si son crime est impossible à comprendre. D’ailleurs, l’auteure n’essaie pas, elle raconte : Chanson Douce est inspiré d’une histoire vraie.

Dieu, Allah, moi et les autres, Salim Bachi

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 20 Février 2017. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb, Récits

Dieu, Allah, moi et les autres, janvier 2017, 180 pages, 16 € . Ecrivain(s): Salim Bachi

 

Rompant avec une œuvre essentiellement romanesque initiée en 2001 par la publication remarquée du Chien d’Ulysse, ce dernier opus de Salim Bachi, auteur d’origine algérienne installé à Paris depuis une vingtaine d’années, est un récit très personnel où il nous raconte sa vie partagée entre l’Algérie et la France, s’interrogeant avec sincérité et lucidité sur sa religion, son rapport aux femmes et son destin d’écrivain. Un récit autobiographique empreint d’ironie et d’autodérision, de colère puis d’apaisement et dont émane, au-delà de sa vitalité, une profonde mélancolie.

Mort et vie, d’emblée intimement mêlées (tant du fait de la mort fondamentale de sa petite sœur que de sa propre maladie) sont au cœur de ce livre dont le déclic fut pour Salim Bachi le décès de son ami Hocine Ammari qui emporta avec lui tout un pan de lui-même : celui de sa jeunesse étudiante au cœur des années noires, de ce « féroce appétit de vivre et d’échapper à la guerre », que retraçait déjà son premier roman dont Hocine, le narrateur principal, accompagnait Mourad, son double fictionnel. Et « ce livre est en partie une tentative de sauvetage de ce qui n’est plus ».