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Gallimard

Les éditions Gallimard, appelées jusqu’en 1919 les éditions de la Nouvelle Revue française et jusqu’en 1961 la librairie Gallimard, sont ungroupe d'édition français. La maison d'édition a été fondée par Gaston Gallimard en 1911. Le groupe Gallimard est actuellement dirigé par Antoine Gallimard. Considérée comme l'une des plus importantes et influentes maisons d'édition en France, notamment pour la littérature du xxe siècle et contemporaine, Gallimard possède en 2011 un catalogue constitué de 35 prix Goncourt, 36 écrivains ayant reçu le prix Nobel de littérature, et 10 écrivains récompensés du prix Pulitzer.


Un jeune homme en colère, Salim Bachi (2ème article)

Ecrit par Fawaz Hussain , le Jeudi, 17 Mai 2018. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb

Un jeune homme en colère, février 2018, 198 pages, 18 € . Ecrivain(s): Salim Bachi Edition: Gallimard

 

Tristan ou Orphée ? Iseut ou Eurydice ?

Un jeune homme en colère n’est pas le premier roman que je lis de Salim Bachi, loin de là, mais c’est sans doute celui qui m’a le plus ému, au point que j’ai dû suspendre à plusieurs reprises ma lecture pour m’éponger les yeux. Il m’a également beaucoup fait rire, et réfléchir aussi. Dans cette narration à couper le souffle, la tragédie côtoie les scènes les plus loufoques et également les réflexions les plus sérieuses sur le temps qui passe et l’être humain qui trépasse.

Bien élevé, Tristan, le narrateur, se présente dès la première page. C’est la moindre des choses quand on descend d’une famille bourgeoise et qu’on fait partie, bon gré mal gré, des privilégiés. Ses parents lui ont donné ce nom en hommage à Wagner, sans se douter que leur rejeton deviendrait l’incarnation de la tristesse inconsolable. En baptisant sa sœur Eurydice, « par souci d’originalité », ils l’ont en quelque sorte condamnée au même destin que la bien-aimée qu’Orphée descend avec sa lyre chercher aux Enfers pour en revenir bredouille. Tout au long de sa confession d’enfant du XXIe siècle, Tristan vomira cette rage impuissante qui le fait souffrir dans sa chair et dans son âme.

La fin de Mame Baby, Gaël Octavia

Ecrit par Dominique Ranaivoson , le Lundi, 30 Avril 2018. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

La fin de Mame Baby, août 2017, 170 pages, 16 € . Ecrivain(s): Gaël Octavia Edition: Gallimard

 

Voici un texte surprenant : construit avec la plus extrême précision, son mécanisme vous rend totalement dépendant des révélations que la romancière instille à petites doses du début à la fin. Suspense donc, mais aussi analyse psychologique, fresque sociale, le tout sur le ton apparemment anodin voire simpliste du récit d’une jeune infirmière qui rend visite chaque jour à une vieille alcoolique recluse. C’est que la jeune Gaël Octavia, déjà dramaturge, novelliste et poète sait monter un scénario aux rouages serrés et des personnages qui ne se dévoilent qu’au rythme des étapes de ce qui s’apparente à une démonstration.

Revenons au cadre : une cité à peine décrite (des immeubles laids, un centre commercial, des « tours vertigineuses ») qui se réduit à son terme générique, « le Quartier » et qui fonctionne comme un monde à part dans lequel restent ceux qui y sont nés. Et là, vivent en circuit fermé des personnages et des institutions : les jeunes et leurs bandes violentes, les femmes qui se retrouvent dans leur « Assemblée » et l’église évangélique, en plein essor, conduite par des hommes admirés et autoritaires.

Centre, Philippe Sollers

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 24 Avril 2018. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Centre, mars 2018, 128 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Philippe Sollers Edition: Gallimard

 

« C’est maintenant l’œil du cyclone, le centre du tourbillon. Tout est d’un calme si extraordinaire que je n’ai plus rien à comprendre. Quelques phrases d’autrefois traînent encore, mais ne s’inscrivent pas, ma main les refuse. La seule vraie couleur est le blanc ».

Centre est un précieux roman écrit dans l’œil du cyclone, du centre du tourbillon contemporain. Un roman placé sous la protection d’étranges étrangers qui ont pour noms Freud et Lacan – Un juif athée, un catholique baroque, deux aventuriers de la vérité vraie –, et sous le regard complice de Nora, douée pour les langues et la psychanalyse, une voix vivante qui sait se taire quand il faut. Le narrateur sait de quoi il parle, il sait qu’écrire entraîne et engendre une résistance, que ses phrases font naître une vitalité, une joie profonde, et permettent de voir et d’entendre ce qui se joue, se noue et se dénoue sur un divan, qui est celui du Monde.

Vers la beauté, David Foenkinos

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Jeudi, 12 Avril 2018. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Vers la beauté, mars 2018, 224 pages, 19 € . Ecrivain(s): David Foenkinos Edition: Gallimard

 

C’est avec La Délicatesse que David Foenkinos signait son premier grand roman et c’est avec délicatesse justement qu’il nous invite à entrer dans l’univers pourtant tragique de Vers la Beauté.

Camille est une lycéenne un peu particulière, très solitaire et peu encline à partager les activités communément prisées par les adolescentes de son âge. Mais l’on comprend rapidement qu’elle est dotée d’une sensibilité artistique exceptionnelle, qui l’entraîne loin de l’effervescence qui devrait être celle de ses jeunes années. Sa mère, Clara, et son père, plus en retrait, tous deux profondément aimants, l’encouragent dans cette voie, à la fois contemplative et créatrice, puisqu’elle semble être la seule à même de garantir son épanouissement personnel. Et en effet, elle se transforme, se révèle, aussi bien à elle-même qu’à son entourage, à  compter du jour où elle s’initie à la peinture. Et puis survient le drame : deux minutes de violence irréversibles qui font basculer toute sa vie dans la béance de la terreur et du non-dit. Camille s’effondre, se terre dans le silence, s’abîme dans le désir de s’effacer, de disparaître, de ne plus être-au-monde.

Lettres IV (1966-1989), Samuel Beckett

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 09 Avril 2018. , dans Gallimard, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Correspondance

Lettres IV (1966-1989), avril 2018, trad. anglais Georges Kahn, 952 pages, 19 € . Ecrivain(s): Samuel Beckett Edition: Gallimard

 

Samuel Beckett : in media res

Ce quatrième tome accompagne le lecteur des années de gloire de Beckett à sa fin de Beckett. On ne peut pour autant parler de grandeur et misère. Beckett n’est pas saisi par effluves des lauriers du sentier de la gloire pas plus que par la mort qui rôde. Et ses lettres ponctuent par leur facticité une œuvre qui n’exprime pas la « vraie » vie, mais néanmoins n’est pas indifférente à toutes les variations qui peuvent s’y présenter. Elles permettent par leur actualitéde regarder le monde phénoménal tandis que l’œuvre en distille une musique particulière avecsa capacité d’abstraction et de dépouillement.

Un tel corpus est passionnant. Beckett y est affable, simple, jamais obséquieux. Toujours « vrai ». Et cela donne un autre écho à ce qui, dans romans, pièces, films, « textes », possède la généralité de la forme pure, dont la matière est presque absente et qui n’exprime de la vie et de ses événements que la quintessence. Les lettres à l’inverse expriment des universaliae in media res.