Les Editions

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Seuil

Les Éditions du Seuil sont une maison d'édition française créée en 1935.

Maison très respectée dans le milieu de l'édition, entretient de bons rapports avec ses auteurs. Elle a notamment publié les œuvres de Jacques LacanRoland BarthesPhilippe Sollers (première période) ou plus tard Edgar MorinMaurice Genevoix ou Pierre Bourdieu.

Du sang sur l’arc-en-ciel, Mike Nicol

Ecrit par Yan Lespoux , le Lundi, 04 Mai 2015. , dans Seuil, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Afrique, Roman

Du sang sur l’arc-en-ciel (Of cops and Robbers), mars 2015, trad. de l’anglais (Afrique du Sud) par Jean Esch, 493 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Mike Nicol Edition: Seuil

 

Après sa trilogie Vengeance, dont on attend d’ailleurs le troisième volet après La dette et Killer Country, Mike Nicol continue dans le roman noir en suivant un nouveau héros, le détective privé Fish Pescado. Surfeur, un peu dealer d’herbe pour boucler ses fins de mois et comptant plus ou moins sur sa compagne avocate, Vicki Kahn, pour manger à sa faim, Pescado n’est pas vraiment un de ces personnages rugueux et durs à cuire à l’image de Mace et Pylon, précédents héros de Nicol. Mais en acceptant d’enquêter pour le compte du cabinet de Vicki sur une affaire de délit de fuite, il se trouve entraîné dans une affaire qui le dépasse.

Comme dans les précédents livres noirs de Mike Nicol, le passé de l’Afrique du Sud ressurgit – à travers ici les exactions d’une sorte d’escadron de la mort opérant entre les années 1970 et 1990 – pour mieux éclairer le présent. Car ce que veut montrer l’auteur c’est avant tout ce qui se cache, souvent bien mal d’ailleurs, derrière l’image lissée de la nation arc-en-ciel. Corruption, collusions, trafics, et, bien entendu, la pauvreté extrême d’une bonne partie de la population, sont au cœur de Du sang sur l’arc-en-ciel.

Le sentiment de soi, Georges Vigarello

, le Samedi, 25 Avril 2015. , dans Seuil, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Histoire

Le sentiment de soi Histoire de la perception du corps (XVIe-XXe siècle), septembre 2014, 320 pages, 21 € . Ecrivain(s): Georges Vigarello Edition: Seuil

 

Georges Vigarello semble avoir une prédisposition pour la rédaction de sommes historiques à en juger par son impressionnante bibliographie, et l’on mesure toute l’expérience de l’auteur à la lecture de son dernier opus, Le sentiment de soi. Histoire de la perception du corps. On y décèlera même une méthode et un style proprement foucaldiens. Parmi les recoupements thématiques avec l’œuvre de Michel Foucault, l’on compte : une passion pour le corps, la santé, la gouvernance, la connaissance de soi, la médecine et le savoir.

Il y a comme une résurgence de l’intérêt pour le corps dans la société contemporaine qui se reflète dans l’édition avec de nombreux titres, dont celui de Daniel Pennac, Journal d’un corps (2012), cité dans l’introduction de Georges Vigarello. Depuis une décennie, ce corps que nous habitons de manière si naturelle ne va plus de soi puisqu’il fait tout à coup l’objet de nombreux séminaires et colloques (1), donnant lieu à de nombreuses investigations qui ouvrent de nouvelles pistes pour la recherche : les gestualités (petit hommage à Yves Citton (2), la corporéité, la kinésie (3), les émotions (du latin motio, mouvement, action de mouvoir), tout est prétexte à sonder – extérieur comme intérieur.

La Maison au toit rouge, Kyoko Nakajima

Ecrit par Stéphane Bret , le Mardi, 21 Avril 2015. , dans Seuil, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Japon

La Maison au toit rouge, traduit du japonais par Sophie Refle, mars 2015, 301 pages, 21 € . Ecrivain(s): Kyoko Nakajima Edition: Seuil

 

Une dame d’âge respectable, Taki, rédige pour son neveu les souvenirs de ses années de service passées dans la famille Hirai, un foyer de la bourgeoisie tokyoïte. Le maître de maison est sous-directeur d’une entreprise de jouets, passablement prospère. Il a fait construire récemment une maison à Tokyo pour son épouse, Tokiko, et le fils de celle-ci. Tout le récit du roman de Kyoko Nakajima est articulé autour du basculement incessant entre deux époques, celle des années 30 du Japon de l’entre deux-guerres, conquérant, impérialiste, mais où il fait bon vivre, où les mœurs sont stables, confinent à l’immobilité ; et le Japon des années soixante, celui de la croissance économique, d’une entrée dans le monde occidental, au moins en apparence…

Ainsi, la narratrice souligne-t-elle le temps que les maîtresses de maisons dignes de ce nom devaient passer à préparer le nouvel an, à peaufiner la préparation des mets, à la visite systématique de tous les voisins… Tâches perçues pourtant par Taki comme nobles, valorisantes. Dans le domaine de la perception de l’histoire de son pays, Taki, peut-être à l’instar d’une grande majorité de ses compatriotes, revisite l’histoire de son pays d’une manière surprenante, qu’un observateur contemporain pourrait aisément qualifier de révisionniste. Le fils de son neveu, Takeshi, lui fait remarquer que le Japon faisait déjà la guerre en 1936 :

Le Castor, Mohammed Hasan Alwan

Ecrit par AK Afferez , le Lundi, 20 Avril 2015. , dans Seuil, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Pays arabes

Le Castor, janvier 2015, trad. de l'arabe Stéphanie Dujols, 367 pages, 22 € . Ecrivain(s): Mohammed Hasan Alwan Edition: Seuil

 

Mohammed Hasan Alwan fait partie de cette nouvelle vague de jeunes écrivains en langue arabe dont les livres, traduits peu à peu, font découvrir des cultures, des sociétés et des histoires jusque-là largement méconnues du public occidental (la traduction de Stéphanie Dujols dépeint d’ailleurs très bien la vie et la culture saoudiennes, sans jamais effacer les spécificités culturelles, ni les rendre « exotiques »), et, par-dessus tout, montrent à quel point certains thèmes transcendent toutes les frontières.

Prenez ainsi les dynamiques familiales : que ce soit ici ou ailleurs, les rancœurs et les mesquineries restent les mêmes. La famille est particulièrement compliquée pour Ghâleb, le protagoniste et cadet d’un premier mariage malheureux, quadragénaire saoudien avec une âme de déraciné. Ses parents se sont tous deux remariés, mais l’arrivée de demi-frères et sœurs complique bien les relations. Pour se sortir de cet enchevêtrement affectif, une seule solution : partir, et partir loin, car la proximité ne fait qu’entretenir la myopie, émousser les ambitions. Ghâleb choisit l’Amérique, la côte Ouest, l’Oregon, Portland, ville où il s’est déjà rendu pour étudier à une époque qui lui semble à présent à des années-lumière. Portland fait très bien l’affaire car elle a ainsi un léger aspect familier, tout en offrant un terrain entièrement neuf pour, peut-être, se régénérer, ou, tout du moins, chercher une nouvelle direction.

Un pays pour mourir, Abdellah Taïa

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 17 Avril 2015. , dans Seuil, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb

Un pays pour mourir, janvier 2015, 164 pages, 16 € . Ecrivain(s): Abdellah Taïa Edition: Seuil

 

Zahira, marocaine, immigrée en France, sans papiers, depuis dix-sept ans, se raconte, dans la majeure partie de ce roman rude, à la première personne, en mettant bout à bout, sans ordre linéaire, des fragments disparates, comme autant de morceaux épars d’un miroir brisé, de sa vie de prostituée envoyant régulièrement des mandats à sa famille qui, restée au pays, ignore la source véritable de cet argent.

Aziz, algérien, un des rares amis de Zahira, prostitué lui aussi à Paris, économise sou à sou sur ses prestations jusqu’à pouvoir se payer ce dont il rêve depuis son enfance : l’intervention chirurgicale qui fera de lui une femme.

Mojtaba, iranien, réfugié politique clandestin, erre dans Paris jusqu’à sa rencontre avec Zahira, qui le prend en charge, l’héberge, le nourrit, l’entretient et l’aime. S’ouvre alors dans la pauvre vie de Zahira et dans celle, chaotique, de Mojtaba, une parenthèse de bonheur qui se referme brutalement le jour où Mojtaba disparaît sans prévenir vers un possible vrai pays d’asile.