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Seuil

Les Éditions du Seuil sont une maison d'édition française créée en 1935.

Maison très respectée dans le milieu de l'édition, entretient de bons rapports avec ses auteurs. Elle a notamment publié les œuvres de Jacques LacanRoland BarthesPhilippe Sollers (première période) ou plus tard Edgar MorinMaurice Genevoix ou Pierre Bourdieu.

Un pays pour mourir, Abdellah Taïa

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 17 Avril 2015. , dans Seuil, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb

Un pays pour mourir, janvier 2015, 164 pages, 16 € . Ecrivain(s): Abdellah Taïa Edition: Seuil

 

Zahira, marocaine, immigrée en France, sans papiers, depuis dix-sept ans, se raconte, dans la majeure partie de ce roman rude, à la première personne, en mettant bout à bout, sans ordre linéaire, des fragments disparates, comme autant de morceaux épars d’un miroir brisé, de sa vie de prostituée envoyant régulièrement des mandats à sa famille qui, restée au pays, ignore la source véritable de cet argent.

Aziz, algérien, un des rares amis de Zahira, prostitué lui aussi à Paris, économise sou à sou sur ses prestations jusqu’à pouvoir se payer ce dont il rêve depuis son enfance : l’intervention chirurgicale qui fera de lui une femme.

Mojtaba, iranien, réfugié politique clandestin, erre dans Paris jusqu’à sa rencontre avec Zahira, qui le prend en charge, l’héberge, le nourrit, l’entretient et l’aime. S’ouvre alors dans la pauvre vie de Zahira et dans celle, chaotique, de Mojtaba, une parenthèse de bonheur qui se referme brutalement le jour où Mojtaba disparaît sans prévenir vers un possible vrai pays d’asile.

Le sommeil de Grâce, François Emmanuel

Ecrit par Olivier Bleuez , le Samedi, 11 Avril 2015. , dans Seuil, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le sommeil de Grâce, mars 2015, 192 pages, 17 € . Ecrivain(s): François Emmanuel Edition: Seuil

 

Grâce est dans le coma. Ses frères et sœurs se retrouvent dans la maison de leurs parents, maison sur laquelle le panneau « à vendre/vendu » est installé, peut-être comme une image de l’état de leurs liens familiaux. Le sommeil de Grâce est la suite de Regarde la vague, livre de l’auteur paru en 2007. Dans Regarde la vague, après la mort de leur père (dernier parent), les frères et sœurs se retrouvaient pour la dernière fois dans la maison familiale pour le mariage de l’aîné des cinq frères et sœurs, Olivier. Dernière fois car la maison était en vente depuis la mort du père. Cette dernière fois n’en était pas une : le drame de Grâce, son sommeil après un accident de voiture, sera l’occasion de recroiser les vies de ces membres d’une même famille, par petits morceaux, par évocations, mélanges de sensations poétiques, de descriptions d’émotions, de paysages, de relations. Ce qui servira le mieux ce livre est d’en citer des extraits pour situer la langue de l’auteur. La première phrase du livre donne une juste idée de son niveau :

Un Nageur dans la ville, Joaquín Pérez Azaústre

Ecrit par AK Afferez , le Vendredi, 27 Mars 2015. , dans Seuil, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Espagne

Un Nageur dans la ville, janvier 2015, trad. de l'espagnol Delphine Valentin, 203 pages, 18,50€ . Ecrivain(s): Joaquín Pérez Azaústre Edition: Seuil

 

Il paraît que c’est la fin du monde. Aucun fracas cependant. La terre n’est pas mise à feu et à sang. L’apocalypse se fait discrète. Il se trouve juste que les gens disparaissent, et la vie continue son cours.

Jonás, le protagoniste, est photographe, et va tous les jours nager en compagnie de son meilleur ami Sergio dans une piscine au nord d’une ville espagnole, anonyme mais assez grande pour qu’elle ait des quartiers bien définis entre lesquels on circule en métro. Jonás est aux prises d’une rupture douloureuse, qui le laisse tétanisé, et de la prise de conscience qu’il a peut-être perdu la vision esthétique qu’il pensait avoir, que le photographe artiste a laissé la place au photographe de presse. Les nuits d’insomnie, les moments d’amnésie et de migraines, les séances à la piscine et les repas avec Sergio ou Leopoldo rythment son existence. Et tout autour de lui, il commence à entendre parler de gens qui disparaissent. Son père d’abord, qui affirme que sa mère a disparu depuis deux mois. Un de ses collègues, qui reste injoignable.

Le cannibale de Crumlin Road, Sam Millar

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 19 Mars 2015. , dans Seuil, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

Le cannibale de Crumlin Road (The Dark Place), janvier 2015, traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Raynal, 296 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Sam Millar Edition: Seuil

 

Deuxième volet des enquêtes du détective privé Karl Kane et de ses hémorroïdes, Le cannibale de Crumlin Road, comme le précédent volume (Les chiens de Belfast, traduit en France en 2014), joue à la fois avec l’image du détective dur à cuire et avec les poncifs du thriller à base de tueur en série retors et bénéficiant si ce n’est de la protection active, à tout le moins de l’ignorance volontaire des institutions qui devraient tout mettre en œuvre pour l’arrêter. Ici donc Karl Kane affronte un riche notable déséquilibré rompu aux techniques de gavage de la volaille qu’il applique à de jeunes filles pour mieux manger leurs abats.

Sans doute convient-il de commencer par solder la question de l’intrigue abracadabrantesque du roman. Nul besoin d’être Sherlock Holmes pour y relever incohérences – à commencer par un Karl Kane hospitalisé et plâtré qui, dans les jours qui suivent, gambade à travers Belfast et combat le tueur – accumulation d’heureuses coïncidences et justes conclusions tirées d’on ne sait où, qui permettent de mettre Kane sur la piste de l’assassin. Il y a là, en effet, de quoi rebuter les esprits cartésiens.

Les coqs cubains chantent à minuit, Tierno Monénembo

Ecrit par Theo Ananissoh , le Samedi, 14 Mars 2015. , dans Seuil, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Roman

Les coqs cubains chantent à minuit, janvier 2015, 188 pages, 17 € . Ecrivain(s): Tierno Monénembo Edition: Seuil

Comment dire cela d’une manière simple et claire ? Il y a comme une double nature à ce onzième roman de l’écrivain guinéen Tierno Monénembo. C’est une lettre – pas un roman sous la forme imitée d’une lettre, non, c’est un récit romanesque pour ainsi dire classique, une longue narration qu’un Cubain nommé Ignacio Rodríguez Aponte, paumé et enfermé dans son île, adresse à un « ami » guinéen installé à Paris, du nom de Tierno Alfredo Diallovogui. Le récit est donc à la deuxième personne du singulier.

« Dans quel état seras-tu quand tu auras fini de lire cette lettre ? Prostré, hébété, hystérique ? Non, non… Plutôt muet, plutôt absent, perdu dans des pensées profondes et graves ; hiératique, marmoréen (une vraie statue maya) alors qu’un feu intérieur et vorace te dévore, viscères et âme. Granit angoissé, va ! »

De bout en bout, nous entendons la voix d’Ignacio et le silence de Tierno, et imaginons celui-ci tête penchée sur ce qu’il lit. A coup sûr, une lecture attentive, prenante, pensive car c’est rien de moins que l’élucidation du mystère qui recouvre les toutes premières années (décisives, comme on sait)  de sa vie et du sort de sa mère évaporée alors qu’il n’avait que cinq ans qui lui est livrée dans ces près de deux cents pages.