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Seuil

Les Éditions du Seuil sont une maison d'édition française créée en 1935.

Maison très respectée dans le milieu de l'édition, entretient de bons rapports avec ses auteurs. Elle a notamment publié les œuvres de Jacques LacanRoland BarthesPhilippe Sollers (première période) ou plus tard Edgar MorinMaurice Genevoix ou Pierre Bourdieu.

Le veau, suivi de Le coureur de fond, Mo Yan

Ecrit par Guy Donikian , le Lundi, 19 Novembre 2012. , dans Seuil, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Asie, Nouvelles

Le veau, suivi de Le coureur de fond, octobre 2012, 18,50 € . Ecrivain(s): Mo Yan Edition: Seuil

 

Mo Yan, prix Nobel de littérature 2012, présente ici deux nouvelles dans lesquelles il se fait le témoin de son temps, nouvelles intitulées Le veau et Le coureur de fond. Le temps qu’il met en scène est celui de son enfance, vécue dans un village de la Chine de Mao. L’auteur sait parfaitement utiliser les faits les plus anodins, ou qui paraissaient tels dans ces lieux, pour nous plonger dans une époque qui faisait de l’absurde un paramètre ordinaire de la vie quotidienne et pour croquer des portraits savoureux de naïveté.

Le monde rural que dépeint Mo Yan est un monde difficile, où survivre suppose des astuces et un savoir que les paysans chinois de l’époque s’étaient transmis de génération en génération. Ainsi, comme on avait toujours châtré les veaux sans se soucier ni de la douleur que les animaux pouvaient ressentir ni des suites qu’une hygiène défaillante remettait au hasard ou aux dieux, l’enfant qu’était l’auteur assiste à la castration de trois veaux, dont un pour qui les choses tourneront mal.

Cool, Don Winslow

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 16 Novembre 2012. , dans Seuil, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Roman

Cool (Kings of Cool), traduit de l’anglais (USA) par Freddy Michalski, septembre 2012, 379 pages, 21 € . Ecrivain(s): Don Winslow Edition: Seuil

 

Après le succès, doublé d’une adaptation cinématographique réalisée par Oliver Stone, de Savages, paru en France en 2011, Don Winslow reprend les mêmes personnages et recommence. Certes, la fin de Savages laissait peu de place à une suite éventuelle. Et, donc, Winslow de nous livrer non pas une suite mais ce que, selon un néologisme barbare tiré du mot anglais prequel, on appelle désormais un préquelle, c’est-à-dire un épisode prenant place avant la première aventure.

Pour le lecteur, cela ressemble à s’y méprendre à un coup marketing. Le premier roman mettant en scène le trio de jeunes californiens lancés dans le business du cannabis haut-de-gamme a été un succès ? Réutilisons-les !

C’est dire si l’on a pris ce livre avec des pincettes. Parce que ce n’est pas parce qu’on a aimé Savages (même si, avec le recul, il est indéniable qu’il avait un côté tape-à-l’œil qui dissimulait ses défauts) que l’on va aveuglément apprécier ce nouvel opus, surtout après la déception qu’a été il y a seulement quelques mois la sortie d’un autre roman de Winslow, L’heure des gentlemen.

Tombé hors du temps, David Grossman

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 22 Octobre 2012. , dans Seuil, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Poésie, Moyen Orient

Tombé hors du temps, traduit de l’hébreu par Emmanuel Moses, 199 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): David Grossman Edition: Seuil

« Il y a

Une respiration il y a

Une respiration dans

La douleur il y a

Une respiration » (p. 196)

 

dit la voix de l’enfant du centaure, en lui.

Une respiration, peut-être quelque chose qui prend à l’extérieur, et qui rejette de l’intérieur, quelque chose qui traverse, un passage. Une respiration, en musique, c’est aussi une pause, avec tout ce qui y passe (« elle peut – la respiration – alors être indiquée par un signe en forme de virgule ou d’apostrophe placée entre deux notes » (Larousse). Pause dans la douleur ? La douleur respirant, vivant d’elle-même ? Se reconstituant autour de son cœur même ? Accommodement de tous les êtres, dans la ville de ce livre-là qui ont pour point commun, point de fuite, d’avoir perdu un enfant.

Le voyage d'hiver, Georges Perec

Ecrit par Célia M. Grzegorska , le Jeudi, 18 Octobre 2012. , dans Seuil, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles

Le voyage d’hiver, octobre 1993, 33 pages, 5,10 € . Ecrivain(s): Georges Perec Edition: Seuil

 

Nous voici en août 1939. Dans l’immense bibliothèque de Denis Borrade, l’un de ses amis, le professeur de lettres Vincent Degraël erre en quête du livre qui lui dérobera son sommeil. Après avoir feuilleté quelques pages de différentes œuvres, il découvre un ouvrage nommé Le voyage d’hiver qui, dès les premières pages, se révèle si fascinant qu’il se retire immédiatement pour le lire entièrement. L’auteur, Hugo Vernier, est un illustre inconnu qui a forgé son histoire en deux parties : l’une minuscule, l’autre bien plus fournie, plus lyrique, plus puissante. Totalement captivé mais soudain saisi par une étrange sensation de déjà-vu, Vincent Degraël se rend compte, peu à peu, que l’ouvrage reprend mot à mot les formules les plus célèbres d’auteurs symbolistes ou de prosateurs renommés, de Victor Hugo à Mallarmé, en passant par le troublant Lautréamont. D’abord intrigué, voire quelque peu amusé par cet immense plagiat, le narrateur bascule dans un étrange vertige lorsqu’il comprend que l’ouvrage a été publié en 1864, soit avant que tous les auteurs « plagiés » n’aient encore écrit leurs propres ouvrages…

Infidèles, Abdellah Taïa

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 01 Septembre 2012. , dans Seuil, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Pays arabes, La rentrée littéraire

Infidèles, août 2012, 188 p. 16,50 € . Ecrivain(s): Abdellah Taïa Edition: Seuil

 

Un fils raconte sa mère. Elle s’appelle Slima, elle est prostituée. Jallal accompagne son quotidien, la protège, attire les clients. A travers ce chant d’amour, cette proclamation cent fois répétée, Jallal se dévoile, se dessine, se découvre, quitte l’enfance pour l’âge d’homme, il a dix ans. La voix de la grand-mère se fait entendre : dernières recommandations à sa fille, bribes du passé, invocations à la Kahina. « Notre passé n’existera pas, à Hay Salam. On l’écrira comme on voudra. Une autre fiction ». Mère et fils quittent un quartier pour un autre, recommencent leur pas de deux jusqu’à s’attirer à nouveau les foudres du voisinage. Comme une rengaine, les insultes tombent, pendant que tourne en boucle le film chéri et les paroles de sa chanson, River of No Return.

Mère et fils se partagent l’amour d’un soldat. Ce dernier devient l’amant, le père, le modèle. « Deux ans pour connaître de l’intérieur un homme, un être humain, un sexe masculin ». « Deux ans pour m’inspirer d’un homme, le copier, marcher comme lui, me tenir comme lui, tomber comme lui, inventer dans ce monde une place près de la sienne, un chemin parallèle au sien ». Les amants de Slima passent sans s’arrêter, Marilyn chante, autour d’elle, des hommes attablés. Au saloon comme dans la chambre. Une immense solitude, le rejet, l’errance, une immense sollicitude. C’est le fils qui sauve, c’est lui qui rééquilibre la balance d’un destin tragique, c’est lui qui réécrit l’histoire.