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Les éditions Stock sont une maison d'édition française, filiale de Hachette Livre, elle-même filiale de Lagardère Media.


Un retraité, Véronique de Bure

Ecrit par Sophie Adriansen , le Mardi, 14 Février 2012. , dans Stock, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits

Un retraité, mars 2011, 120 p. 12 € . Ecrivain(s): Véronique de Bure Edition: Stock

Un retraité « comme les autres ». Evidemment, il ne l’est pas.

C’est précisément pour cela qu’on a envie d’ouvrir ce petit livre. Par curiosité ou voyeurisme. On cherche la confidence, le détail croustillant, l’indiscrétion. Ce n’est pourtant pas ce qu’on y trouvera.

Indiscrète, Véronique de Bure l’a toutefois été, retranscrivant ici ses rencontres régulières de 2009 à 2010, avec un proche de l’ancien Président de la République pour qui elle a beaucoup d’affection (pour qui, du proche ou de l’ancien Président en a-t-elle le plus ?).

Au fil des pages apparaît le portrait en creux d’un homme usé qui se doit de garder bonne figure. Véronique de Bure le croise, de plus ou moins loin (puisque la rencontre officielle espérée n’aura jamais lieu), mais le proche en question le lui rend familier.

Un portrait qui révèle aussi ce que la politique a d’impitoyable, milieu où l’exposition se paye ad vitam aeternam, où l’on ne pardonne rien, jamais, pas même les effets du temps sur le corps et l’esprit, comme ce qu’elle a de clanique, avec la protection des amis et de la famille, comme celle des dauphins, qui verrouille tout. De la protection à l’omerta, il n’y a qu’un pas…

La belle année, Cypora Petitjean-Cerf

Ecrit par Sophie Adriansen , le Jeudi, 09 Février 2012. , dans Stock, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

La belle année, 8 février 2012, 320 p. 19,50 € . Ecrivain(s): Cypora Petitjean-Cerf Edition: Stock


La belle année, c’est celle de Tracey Charles, onze ans, en classe de sixième au collège Jean-Lurçat de Saint-Denis dans le 9-3. Une année qui verra son amitié avec le beau Cosimo mise à mal, son changement de coupe de cheveux, le début de son histoire d’amour avec Rabah, l’idylle de son père avec Aminata, qui nettoie les cages d’escalier de la cité, ses premières vacances ailleurs qu’à Saint-Denis et la naissance de Saïa, sa demi-sœur, fruit des amours de sa mère d’origine portugaise avec son beau-père japonais.

Une année pleine de rebondissements, de tracas et de promesses.

« Mon père se méfie des “gens de l’extérieur”. Je lui ai demandé où commençait l’extérieur, selon lui. Il m’a répondu : – En bas de la cage d’escalier » (page 179).

Tracey, trop intelligente pour le milieu dans lequel elle évolue, est une petite fille fascinante, pleine de contradictions et déterminée. Persuadée d’être homosexuelle en raison de son admiration pour l’une de ses professeurs, ballotée entre des cultures aussi multiples que différentes, elle créé sa propre religion : le culte du Chiffre Huit, seule divinité à même de la comprendre.

Noces de verre, Philippe Routier

Ecrit par Paul Martell , le Dimanche, 15 Janvier 2012. , dans Stock, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Noces de verre, janvier 2012, 224 p. 18 € . Ecrivain(s): Philippe Routier Edition: Stock

La banalité du mal.

La formule d’Hanna Arendt pourrait s’appliquer au livre de Philippe Routier, Noces de verre, qui nous propose un voyage très éprouvant pour les nerfs.

Le père de Khadija, Tareq, est épicier à Puteaux. Après la mort de sa femme, il décide de retourner au pays, à Essaouira au Maroc. Khadija a 19 ans, elle travaille dans un magasin Relay et, pour elle, ce départ est le début d’une « cruelle solitude » qui durera de longs mois. Solitude que semble briser, un an plus tard, sa rencontre avec Virgile dans une laverie automatique.

Virgile suit des études pour devenir prothésiste dentaire et il est passionné de tuning. Ce n’est pas exactement le coup de foudre entre les deux gens, mais ils vont être amenés à se fréquenter et à se plaire l’un l’autre.


« Khadija voyait en son compagnon un garçon un peu fruste au charme puissant, plein de tonus, qui aimait potasser ses cours et qui saurait se bâtir un solide avenir. Elle avait besoin de s’appuyer sur un jeune homme de cette trempe pour entamer une nouvelle vie. Cette nécessité affaiblissait son discernement et lui ôtait toute méfiance. »

Esprit chien, Luc Lang

Ecrit par Didier Bazy , le Jeudi, 29 Décembre 2011. , dans Stock, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Esprit chien, 2010, 270 p., 19 € . Ecrivain(s): Luc Lang Edition: Stock


Luc Lang poursuit son travail avec cohérence. Il écrit après Malcolm Lowry et James Joyce. Joyce surtout. Et digérer Joyce n’est pas rien. Lang serait-il un Valéry Larbaud 100 ans après ? Plus drôle et cruel que cruels, les dernières nouvelles, Esprit chien est une œuvre cynique au sens strict et au sens courant. Qui donc sera réhabilité ? Diogène ou Antisthène ? Monime ou Onésicrite ? Cratès ou Métroclès ? Ménippe ou Ménédème ? Bion ou Cercidas ? Encore un effort, voici Hipparchia ! La cynique femme : Anne-Laure Chinon, fondatrice chic d’une fondation chic pour chiens chics, dans le Neuilly chic. Voisine du narrateur Dante Buzzati, elle le transformera en éperdu toutou amoureux pour mieux mettre le collier à son seul héritage : une maison familiale âprement acquise à coups de marteau de son père mineur italien manchot pas très chic et les pourboires de sa mère, serveuse dans un bistrot. La vie de chien ne saute pas toujours de génération. Délivrez Dante de sa descente aux enfers !

Les chapitres ont l’intitulé de races choisies. On se rappelle la construction cachée de l’Ulysse de Joyce. La langue de Luc Lang oscille entre les djinns de Victor Hugo et le parler djeuns. Un rap classique en somme. Un cocktail explosif où l’on suivra les quelques traces d’un certain Nicolas de Neuilly, d’une Cécilia, d’un Luc Ssébon (grand cinéaste du bleu) et de son copain Jean Nero (éternel plongeur sans bouteille)…

Les champs de Paris, Yann Suty

Ecrit par Sophie Adriansen , le Mardi, 06 Décembre 2011. , dans Stock, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Publications de nos contributeurs, Roman

Les Champs de Paris, janvier 2011, 384 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Yann Suty Edition: Stock


Les Champs de Paris, c’est un bar étrange autour duquel gravitent quatre protagonistes : Freddy, le beau garçon plein d’assurance et de fric, pour qui seules comptent les apparences, Anna, sa sublime petite amie qui s’ennuie à mourir, Cortès, le meilleur ami de Freddy, désespérément amoureux d’Anna, et Vanessa, la sœur de Cortès, qui a trouvé un refuge salutaire dans le bodybuilding.

Leurs points de vue s’entremêlent avec pour décor un Paris où la météo s’est totalement, définitivement déréglée.

Et, dans ce deuxième roman, Yann Suty ose même se mettre en scène.

Le rythme haletant, la force qui pousse à lire encore juste quelques pages, le suspense, les personnages plus vrais que nature, bien loin des clichés que l’on envisage de prime abord, les univers construits en quelques lignes seulement, des univers forts, marquants, qui restent, des images impressionnantes [qui font impression], un roman difficile, sans doute, à oublier, et que l’on a, de toute façon, pas envie d’oublier.